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Un article de Gérard Le Puill paru dans L’Humanité le 31 juillet 2001

Casser le thermomètre ne fait pas tomber la fièvre

samedi 1er janvier 2005 par Gérard Le Puill
Après la semaine de camping antinucléaire devant le laboratoire de Bure.

Les faits

1. L’opposition des antinucléaires

Durant toute la semaine dernière, plusieurs centaines de militants opposés à l’énergie nucléaire ont choisi de camper sur le site de Bure, dans la Meuse, pour protester contre les travaux autorisés par le gouvernement Jospin en août 1999 et engagés en février 2000. Les opposants à l’énergie nucléaire demandaient l’abandon des recherches pilotées par l’Agence nationale pour les déchets radioactifs (ANDRA) destinés à tester la résistance du sous-sol en créant une chaleur identique à celle que pourrait provoquer le stockage en profondeur de déchets nucléaires emballés dans leurs conteneurs. Dans cette même logique, les antinucléaires demandaient que la France annonce après l’Allemagne une prochaine " sortie du nucléaire ".

2. Le travail en laboratoire

Le site de Bure a été choisi en raison de la qualité supposée de sa masse d’argile située à une profondeur comprise entre 420 et 560 mètres. À cette profondeur, l’argile devient une véritable roche qui n’a plus rien à voir avec l’argile de surface, que la pluie transforme en terre glaise dans les champs. La mission présente du laboratoire de l’ANDRA est donc d’étudier le comportement de la roche pendant plusieurs années avant de remettre un rapport au Parlement qui devra décider en 2006 du stockage souterrain ou non sur le site de Bure. À la demande de Dominique Voynet, ministre de l’Environnement de juin 1997 à juin 2001, les sites éventuellement retenus seront " réversibles ". Autrement dit, les stocks de déchets devront pouvoir être récupérés dans plusieurs décennies, voire plusieurs siècles, en cas de découvertes scientifiques permettant un traitement plus approprié.

Les questions

1. Pourquoi ces études ?

Aujourd’hui, personne ne peut affirmer que l’enfouissement des déchets nucléaires en sous-sol soit une possibilité qui ne comporte pas de risques pour les siècles à venir. Le meilleur moyen de tenter de le savoir reste encore de créer artificiellement des conditions de température de stockage afin d’étudier les réactions de la roche durant plusieurs années afin de tester son comportement. Des travaux de ce type se déroulent depuis plusieurs années dans des pays comme la Belgique, la Suède et même la Suisse.

2. Quelle alternative pour les déchets ?

Même si la France décidait de renoncer à l’énergie nucléaire quand son parc actuel de centrales deviendra obsolète, d’ici 2050 environ, le problème des déchets accumulés pendant près d’un siècle continuera de se poser au pays. Actuellement, leur stockage s’effectue en surface dans des conteneurs étanches et vitrifiés. À l’issue du programme de recherche entrepris à Bure, on devrait savoir si le stockage souterrain en conteneurs étanches peut ou non s’accompagner d’une seconde garantie à travers le confinement dans une roche imperméable. Est-il anormal de vouloir rechercher cette double garantie ?

Notre conclusion

L’énergie nucléaire doit être maniée avec un maximum de précautions. Tchernobyl est toujours là pour nous le rappeler. Bien maîtrisé, le nucléaire reste pourtant une énergie de transition parmi les plus intéressantes pour la majeure partie du XXIe siècle, voire au-delà. Elle ne produit pas de gaz à effet de serre contrairement aux énergies fossiles que sont le charbon et le pétrole, ce dernier se trouvant en voie d’épuisement. Dans ce contexte, s’opposer à la recherche pour un meilleur confinement des déchets, c’est tenter de casser le thermomètre pour faire tomber la fièvre.

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