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Entretien réalisé par Pierre-Henri Lab paru dans l’Humanité du 19 avril 2005

« Ce règlement est inacceptable »

mardi 19 avril 2005 par Pierre-Henri Lab
Didier Le Reste, secrétaire général de la CGT et vice-président de la section cheminot de la Fédération européenne des transports, estime que le règlement Barrot s’inscrit dans la logique de libéralisation.

Pourquoi vous opposez-vous au règlement relatif aux services publics de transports de voyageurs par chemin de fer et par route ?

Didier Le Reste. Ce règlement qui est en gestation complète la directive de libéralisation ferroviaire dite du troisième paquet ferroviaire. Après l’ouverture à la concurrence du trafic international de voyageurs, la Commission s’attaque à celle des transports régionaux et des transports urbains de voyageurs par le rail ou la route. Ce texte est inacceptable. La CGT et la Fédération européenne des transports (ETF) s’y opposent. Si d’aventure ce règlement devait être appliqué en l’état, il mettrait en péril la régionalisation des TER mise en place en 2002 par la loi SRU. Le règlement remet en question la cohérence et la cohésion de cette régionalisation, qui a été jugée positive par le Conseil économique et social français. Il y a un risque de balkanisation du transport régional. L’opérateur SNCF serait mis en concurrence avec des entreprises privées sur les lignes TER. Nous refusons la casse d’une régionalisation qui a permis une hausse sensible des trafics et de l’offre. Nous exigeons que les autorités organisatrices ne procèdent pas par appel d’offres pour organiser le transport de voyageurs.

Quelle est la cohérence de ce texte avec la politique européenne en matière de transport ?

Didier Le Reste. Ce projet de règlement et la plupart des directives, dont la directive Bolkestein, sont inspirés par la même logique. Leurs promoteurs ne conçoivent l’avenir des services publics que par le biais de la déréglementation, de la concurrence et la libéralisation. Ils font le lit des futures privatisations. Cette politique vise à casser les entreprises publiques pour construire des monopoles privés au détriment des salariés et des usagers. La politique qu’on nous impose ne contribue pas à augmenter le trafic ferroviaire de voyageurs ou de marchandises, mais aboutit à un transfert vers le privé. Elle aboutit également à subventionner le privé par la mise à disposition des infrastructures publiques. Enfin, cette politique organise et suscite le dumping social. Ainsi, l’entreprise privée Conex vient de gagner un appel d’offres de transport, par le rail, de chaux entre la Lorraine et la vallée de la Sarre, en Allemagne, sur la base du « moins-disant social ». A contrario, si nous estimons que l’espace européen est pertinent pour développer les transports, nous souhaitons en discuter les conditions sociales, économiques et politiques. La CGT et l’ETF revendiquent qu’on laisse aux États membres la possibilité d’organiser, comme bon leur semble, le transport de voyageurs. L’Union européenne devrait également travailler à favoriser les coopérations, en Europe, entre les opérateurs historiques du transport ferroviaire. Certaines coopérations sont déjà en oeuvre, en particulier dans le transport international de voyageurs et dans le fret. Nous appelons les cheminots à se rassembler autour de ces revendications le 3 mai prochain à Metz.

Y a-t-il un lien avec le débat sur la constitution européenne ?

Didier Le Reste. La constitution ne vise pas uniquement à doter l’Union européenne de règles de fonctionnement. La partie III de ce projet offre un cadre à la mise en oeuvre des politiques libérales. Dès lors, il y a contradiction à s’opposer à ce règlement et dans le même temps à approuver la constitution. La cohérence libérale de ce projet gène, d’ailleurs, le gouvernement et le commissaire européen, Jacques Barrot. Ce dernier aurait préféré que le débat sur son règlement n’intervienne qu’après le référendum du 29 mai prochain. Quant au ministère des Transports, il est pris dans une contradiction entre le rapport de force, les attentes fortes de la population en matière d’intérêt général et les exigences de libéralisation de l’Union européenne.

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