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Peter Avis | L’Humanité du 25.01.2008

Ce soir, les mineurs de Tower pleureront dans leur bière

samedi 26 janvier 2008 par Peter Avis
Pays de Galles . Ils avaient racheté leur puits en 1995 pour éviter la casse orchestrée par Thatcher. Treize ans plus tard, tout le charbon extrait, la mine ferme.

Dans une vallée du sud du pays de Galles, 240 mineurs partiront aujourd’hui en cortège, sous leurs bannières syndicales, de la mine qu’ils ont dirigée depuis treize ans. C’est la fin de la belle aventure de Tower Colliery, riche de toute évidence d’enseignements. Tower Colliery, le dernier et le plus vieux puits de fond en Grande-Bretagne, avait été racheté en 1995 par ses mineurs, avec les indemnités qu’ils avaient reçues pour la perte de leurs emplois à la suite de la décision de Thatcher de mettre à mort presque toutes les mines galloises. Les gueules noires ont formé une société, et ils ont mené à bien leur puits jusqu’au moment ultime, ce mois-ci, quand le charbon est venu à épuisement. On leur avait dit qu’ils ne pouvaient pas réussir là ou les profiteurs auraient échoué. Mais ils ont montré que, lorsqu’on ne cherche pas des bénéfices pour les financiers, des travailleurs déterminés avaient la capacité de diriger une entreprise avec succès. Tyrone O’Sullivan, bouillant président de la société, constamment réélu à la tête de la mine depuis 1995 et lui-même ancien responsable syndical de Tower, est fier de cette histoire exemplaire dans l’univers souvent cruel de l’industrie minière. « Les dernières treize années ont été les meil- leures de ma vie, nous a-t-il confié. La plupart des gens n’ont pas la possibilité de contrôler leur destin. Nous avons montré qu’il est possible de créer les conditions de gagner sa vie, avec nos propres capacités, même dans une société capitaliste, et de distribuer les bénéfices équitablement. »

Tower Colliery a produit 600 000 tonnes d’anthracite par an, et l’entreprise a pu payer ses ouvriers mieux que les dernières mines privées : 500 livres (650 euros) par semaine pour ceux travaillant sous terre et 390 livres pour les autres. En plus, on a veillé à la sécurité « là où il y a danger ». Tyrone, la soixantaine, s’y connaît sur le sujet : son arrière-grand-père et deux de ses garçons ont disparu lors de la catastrophe de Maerdy en 1885, et son père est mort en 1963 dans un éboulement !

Mais maintenant il faut penser à l’avenir. Tyrone espère que tous les salariés trouveront des emplois d’ici à quelques semaines, dans de nouveaux puits ou dans le creusage de tunnels. Puis il y a le site de 200 hectares, qui reste dans les mains de la société. Il y a la possibilité d’accorder à une entreprise spécialisée l’exploitation du charbon à ciel ouvert pendant quelques années avant de convertir le site en zone de logements ou en lieu de loisirs. Tyrone reste toujours optimiste. Il croit à un avenir pour le charbon, dans le pays de Galles et dans le monde, où l’énergie serait produite en captant le carbone par de nouvelles technologies.

Mais, au fait, et Margaret Thatcher, sa statue au Parlement et le « tea time » avec Gordon Brown au 10 Downing Street ? « Elle a fait de nos vallées un pays de tribus perdues, avec 20 000 emplois détruits en quatre ans. J’ai autre chose à faire de ma vie que de regretter le passé. Nous avons maintenant notre Assemblée galloise (dirigée par une coalition de travaillistes et de nationalistes - NDLR) et les emplois reviennent. Nous avons beaucoup à faire. » D’abord, il faut passer le cap de ce vendredi, et la veillée traditionnelle qui aura lieu dans le village de Hirwaun. « Ça sera une célébration, lâche Tyrone, bien qu’on puisse pleurer un peu dans nos bières… »

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