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Un article de Houda Benallal paru dans La Marseillaise du 4 mars 2005

Centrale Thermique de Gardanne : assignés au TGI pour avoir fait grève !

vendredi 4 mars 2005 par Houda Benallal
C’est à l’arrogance d’un patronat tout puissant que les 5 présumés “ coupables ”, défendus par une avocate percutante, ont du faire face hier. Ils comparaissent au tribunal de grande instance pour avoir fait grève la veille.

Seize heure : le constat d’huissier n’est toujours pas arrivé. La salle du TGI étant comble depuis déjà une demi-heure.

Quelques minutes après, la séance peut commencer. On aurait pu croire un film de fiction, de ceux qui rapportent aux grands groupes de production tandis que les pop corn craquent sous les dents des présents et que les regards hagards des grands seigneurs attendent une victoire volée....

Et bien non. C’est bien la réalité : 5 salariés (3 appartenant à la CGT, 1 à la CFDT et 1 à la CFTC) sont assignés au tribunal pour avoir, stipule le courrier de la SNET, partie attaquante : “ porté manifestement atteinte à la libre circulation des personnes et des véhicules... Par ailleurs ces faits mettant en péril la continuité de l’alimentation électrique de la région PACA et la sûreté du système électrique régional particulièrement en heures de pointe, privant d’électricité près de 200.000 foyers ” Dans les fait, la journée du 2 mars a été animée par une grève reconduite hier. Cette dernière portait sur un certain nombre de revendications liées à l’emploi. Aucune coupure dans la région ni ailleurs n’a été constatée.

Un piquet de grève qui gêne vraisemblablement

Ce n’est , bien entendu, pas ce qu’à rappelé l’avocat de la SNET, tentant de justifier qu’il ne s’attaquait pas au droit de grève des salariés, mais aux modalités : “ Le piquet installé empêche quiconque d’entrer dans la Centrale Thermique.... Le Directeur Général se voit refuser l’accès. ” Plus loin :“ Les textes législatifs ont été violés par le piquet de grève... on a manifestement des actes illicites... ” Pour ce piquet de grève , sur lequel s’attardera l’avocat de la SNET avant de souffler : “ Il a dégénéré en abus ”..., ce dernier demande au juge de prononcer“ une expulsion des requis et de toutes personnes présentes sur le site pour occuper les lieux communs, ainsi qu’une astreinte de 10.000 € par personne et par heure de retard durant les 2 premiers jours pour aller ensuite à 15.000 € (par personne et par heure de retard ”sachant conclue l’avocat de l’accusateur : “ que l’astreinte ne devra pas être inférieure à 3000 € ”

“ On essaie de se servir des tribunaux comme d’un jackpot ”

Prenant la parole à la défense, Maître Labare réplique en rappelant : “ Le droit de grève est fondamental ; il permet de pousser l’employeur pour que les salariés puissent obtenir leurs revendications. Les piquets de grève sont licites sous réserve du respect d’un certain nombre de lois ” Et là , il n’y a pas eu, manifestement violation, Elle poursuit : “ 7 attestations vous ont été fournies prouvant que l’accès au site était ouvert. De même un client a pu attester qu’il a pu livrer normalement ”. La défense poursuit : “ Quant à la mise en péril de l’électricité, on vous indique qu’il y a mise en péril. Mais jusqu’à aujourd’hui aucune coupure d’électricité n’a eu lieu ”. Enfin, ajoute Maître Labare, “ Nous sommes dans le cas d’un service privé, la SNET possède un article relatif à son exploitation où il est stipulé que faute de service minimum, il y a arrêt de l’exploitation ”

Quant au respect de sécurité du site, “ à l’heure actuelle aucun acte illicite n’a pu être constaté ” Et de conclure “ Quant aux sommes astronomiques qui sont demandées aux salariés, on essaie de se servir des tribunaux comme d’un jackpot ”

Un droit de grève bafoué

En attendant le délibéré , ce matin, on ne peut que constater un sérieux resserrement de la liberté de travail du salarié. Sans possibilité de revendication, et dans un monde rêvé par un certain nombre de patrons , le salarié serait soumis au silence, à ne pas utiliser son droit de grève, face aux menaces patronales et pire puisqu’il pourrait même alors (on peut resserrer loin l’étau !) faire l’objet de convocations au tribunal toutes aussi illicites.

Dans le cas de la centrale thermique, rappelons que ce recours est d’autant plus surprenant que la même SNET (Société Nationale d’Electricité Thermique) qui a été privatisée en 2004, attaque ses propres salariés, en dénonçant aujourd’hui, qu’ils ne respectent pas les règles du service public. Le monde à l’envers ... comme le précise l’un des cinq assignés, et représentant de la CGT, Nadir Hadjali : “ on est une entreprise privée aujourd’hui. On a tout fait, nous les salariés pour ne pas être privatisé. Ils en ont décidé autrement. Aujourd’hui, ils nous reprochent d’être soumis aux règles du privé Or, il y a une note de service claire : il faut un minimum de personnel pour lancer l’exploitation. si les salariés sont en grève, il y a donc arrêt de l’exploitation. ”. A l’heure de la surmédiatisation d’une certaine Europe qui veut sacraliser la concurrence, la question des droits fondamentaux du salariés a d’autant plus d’écho qu’elle semble menacée. La Banque Centrale Européenne , aurait, si le “ Oui ” l’emportait, tout pouvoir de surveiller l’évolution des coûts salariaux et autres indices de prix. Et donc pour beaucoup de décideurs qui dit coût , dit absence de grève et donc soumission des salariés

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