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Un article de Grégoire BISEAU paru dans Libération le 10 décembre 2005

Centrales nucléaires : la Chine alterne le courant

samedi 10 décembre 2005 par Grégoire BISEAU
Areva de nouveau bien placé pour la vente de quatre réacteurs EPR.

En décollant hier après-midi de Nice pour la Slovaquie, l’avion du Premier ministre chinois, Wen Jiabao, laisse derrière lui beaucoup de patrons français comblés. Même si le dossier textile a été diplomatiquement snobé (Libération du 6 décembre), l’aéronautique, l’aérospatial et le nucléaire ont été à la fête. La mise en scène du voyage a certes été orchestrée au millimètre autour de l’énorme commande des 150 Airbus 320. Mais la coulisse, elle, a été le lieu de négociations autour du nucléaire.

On a surtout parlé du mégacontrat (environ 8 milliards de dollars) des quatre réacteurs de troisième génération. A commencer par Jacques Chirac. « Il en a fait une priorité », assure un proche du dossier. D’autant que le vainqueur de cet appel d’offres a de grandes chances de devenir l’unique partenaire technologique des Chinois en vue de développer leur parc nucléaire.

Aujourd’hui, outre une offre russe, le français Areva (et son EPR) se retrouve nez à nez avec l’américain Westinghouse. L’affaire semblait plutôt bien emmanchée pour le français. Après avoir rendu sa copie en février (plusieurs bottins techniques de 70 000 pages), Areva pensait que son EPR ­ déjà acheté par la Finlande et EDF ­ disposait d’un vrai coup d’avance sur la technologie des Américains, qui n’a pas encore fait ses preuves. Mais en octobre, après la visite de Bush à Pékin, le climat change. Le bureau chinois d’Areva s’inquiète d’une campagne d’intoxication sur le thème : « l’offre française est trop chère ». Puis Pékin décide de repousser de six mois une décision initialement prévue pour la fin de l’année. Mauvais ou bon présage ?

La veille de son arrivée en France, Wen Jiabao délivre dans un entretien au Figaro une première bonne nouvelle : la Chine aimerait signer un partenariat global qui couvrirait toute la filière nucléaire (de l’extraction d’uranium au retraitement en passant par la production de combustibles et la construction de centrales). Ça tombe bien puisque Anne Lauvergeon, PDG d’Areva, avait proposé le même package en juin 2004. Lundi soir, elle s’entretient avec Wen Jiabao et lui remet une nouvelle offre commerciale pour les quatre tranches. Le Premier ministre chinois aurait applaudi l’effort. Deuxième bon point. Mais le lendemain, à l’Ecole polytechnique, il déclare : « La Chine espère que la France, en matière de transfert de technologie, et de prix, pourra offrir des conditions encore plus attirantes. » Un point de perdu. Le soir même à Cadarache, sur le futur site d’Iter ­ le projet de réacteur de fusion thermonucléaire ­, Anne Lauvergeon vante une fois de plus les mérites de son EPR. « Rien n’est fait, mais on a remonté la pente vis-à-vis des Américains », dit-on côté français. En février, le président chinois se rendra aux Etats-Unis. A quelques mois de la décision.

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