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Un article de Christelle Chabaud paru dans l’Humanité du 5 aout 2005

Chantiers de l’Atlantique. Les négriers boivent la tasse

vendredi 5 août 2005 par Christelle Chabaud
Sous le coup d’un procès-verbal pour délit de marchandage, Gestal, le sous-traitant français des Chantiers de l’Atlantique, a été obligé d’avancer les salaires des treize ouvriers polonais en lutte depuis deux semaines.

alves d’applaudissements, sifflets et brouhaha. Épuisés mais soulagés, les treize ouvriers polonais ressortent de la mairie avec leur dû en poche : 33 215 euros, la totalité de leurs arriérés de salaire, que personne ne voulait payer suite au dépôt de bilan soudain de Kliper, leur employeur. Il est 20 h 30, mercredi soir. Accolades, pleurs, émotion... On s’active. Un tel pour déboucher le vin moelleux, un autre pour faire la cuisine ou encore installer « la table des convives ». Visiblement ému, Robert Pawlowicz, un des grévistes, confie : « Cette victoire n’aurait pas été possible sans l’énorme mobilisation de la CGT et de tous les Nazairiens. Merci à vous tous. » Malgré l’ambiance de fête, le premier repas reste sobre pour les treize ouvriers. Purée à l’eau, biscotte et compote de pomme, « pour réhabituer doucement les organismes », explique Christian Duval, de l’union locale CGT. Après avis du médecin, les Polonais devraient pouvoir retourner

auprès de leurs familles dès dimanche prochain.

Il aura tout de même fallu deux semaines de lutte, dont six jours de grève de la faim et trois de grève de la soif, pour voir une heureuse issue à l’affaire. « Pour la première fois dans l’histoire de Saint-Nazaire, des salariés étrangers ont imposé au donneur d’ordres la prise en charge totale de la garantie de leurs salaires, et ce avec le paiement de la majoration des heures supplémentaires », s’enthousiasme André Fadda, de l’union syndicale multiprofessionnelle CGT, qui s’occupe des intérimaires et des sous-traitants des Chantiers de l’Atlantique. Au terme d’une réunion de trois heures à la sous-préfecture de Saint-Nazaire, pouvoirs publics, syndicats et grévistes se sont mis d’accord sur une résolution de fin de conflit. C’est Gestal, le donneur d’ordres direct de la société polonaise mais aussi le sous-traitant français des Chantiers, qui assume la « défaillance » de Kliper. À lui, maintenant, de se retourner contre son sous-traitant en Pologne. « Nous comptons utiliser la voie juridique pour attaquer Kliper », a ainsi confirmé mercredi soir Alain Allaire, le PDG de l’entreprise. Mais alors qu’il refusait jusqu’à mercredi d’assumer la responsabilité de l’attitude de Kliper, Alain Allaire tente aujourd’hui de présenter le versement des 33 000 euros comme un « geste humanitaire ». Attitude un peu grossière si l’on rappelle que Gestal est sous le coup d’un procès-verbal de l’inspection du travail pour délit

de marchandage.

En contrepartie du versement des salaires, les treize salariés ont accepté d’interrompre leur contrat de travail à Saint-Nazaire et de rentrer en Pologne, sous réserve d’engagements écrits de

l’État polonais qu’aucunes représailles ni discrimination à l’embauche ne seront exercées contre eux. « Même si la victoire n’est pas totale, car il n’y a pas continuité de leur contrat de travail, ce conflit a mis en exergue les problèmes sociaux liés à la sous-traitance et aux pratiques mafieuses du milieu des chantiers navals, analyse André Fadda. La modification du fonctionnement syndical a permis de modifier les formes de lutte. L’USM a tissé des liens de solidarité entre les salariés d’un même site, quel que soit leur statut ou leur employeur. Et à Saint-Nazaire, une prise de conscience s’est produite dans les esprits. » Suite au mouvement entamé par les Polonais, des employés de l’entreprise sous-traitante italienne Imprecons se sont aussi mis en grève en début de semaine pour demander la régularisation d’un salarié sans contrat de travail et non rémunéré. Dans un tel contexte de révolte, la société a rapidement accédé aux revendications dès mardi soir. « Ces victoires doivent être un point d’appui dans la dynamique créée par le référendum du 29 mai, conclut André Fadda. Sur le site des Chantiers, on mettra Bolkestein KO ! »

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