Liste des auteurs

GILBERT LAVAL | Libération le 25 avril 2008

Chez Airbus France, le ton monte contre les cessions

vendredi 25 avril 2008 par Gilbert LAVAL

Sur les trois câbleurs de l’usine Clément Ader arrivés pour embauche à 8 heures, un seul est passé. « Laisse filer, il fait ce qu’il veut » : derrière leurs drapeaux syndicaux et leur pile de tracts, les airbusiens de l’A230 de Colomiers, près de Toulouse, préfèrent s’occuper du petit réchaud à café qui s’est déjà renversé deux fois. Ce non syndiqué explique, en cherchant un sucre au fond de sa poche : « On ne bloque pas, ici. On filtre ! » L’agressivité n’est pas de mise. « Je suis trop content de pouvoir manifester à Louis Gallois que je ne suis pas une pauvre bille qui gobe tout », sourit ce jeune homme à lunettes Ray-Ban. Il dit son sentiment de représenter « une nouvelle génération » d’airbusiens, moins prompts que leurs aînés « à se laisser balader par les patrons ».

Le PDG d’EADS veut vendre le site de Méaulte (Somme) pendant que les sites allemands resteront dans la maison Airbus, contrairement à ce qui était prévu dans le plan Power8 ? « Pas de bol pour lui, reprend-il, je suis germanophone et j’ai des potes là-bas, à Hambourg, qui nous encouragent par mails ! » Eric s’assoit sur l’aile de sa voiture. Son portable vient de lui apprendre qu’ils sont aussi une centaine devant les entrées des sites de Saint-Martin et de Blagnac. En tout à Toulouse, 60 % des salariés se sont joints à la grève selon la direction. A Saint-Nazaire (50 % de grévistes) ou à Nantes (40 %), les airbusiens débrayent aussi.

L’opération « blocage des établissements, zéro production pendant quatre heures » est un succès. Les syndicalistes de FO préparent déjà ce qu’ils diront à la presse pour « saluer cette victoire ». « Il n’y a pas encore eu de communiqué de Gallois ? » Jean-Marc s’impatiente. Puis se met à douter avec son collègue : « Ils vont encore nous dire que tout ça n’est qu’un malentendu, qu’on n’a rien compris… » Son collègue acquiesce : « S’ils nous font ce coup-là, y’aura qu’à leur remettre un coup de grève dans les dents. » Le syndicaliste à côté d’eux fait une grimace, sur l’air de « c’est pas si simple ». « Ils me font rire, les syndicats, dit, pourtant sans rire, Nicole, qui arrive sur son vélo. Ils présentent cette matinée comme un produit de leur réflexion. C’est la base, en fait, qui les a poussés. On les trouvait un peu mous à ne jamais rien faire qui puisse fâcher les patrons et on commençait à leur en vouloir. »

Georges, de la CGT, admet la critique concernant les autres syndicats, mais pas le sien : « Ils accompagnent trop le plan Zéphir de cession des sites. Il ne faut pas se laisser endormir par de nouvelles soi-disant garanties. » Justement, Nicole pense que les airbusiens allemands, « par leur combativité », ont fait « la preuve » que la direction pouvait reculer. « Nous, se désole-t-elle, c’est comme si nous n’étions plus entendus. » C’est le délégué FO Julien Talavan qui traduit l’impression générale, sur les sites toulousains, de ne plus peser grand-chose dans le monde d’Airbus : « Toulouse est à l’origine de l’aéronautique européenne. Et c’est dans la soute que nous voyageons aujourd’hui. » Le discours syndical est comme le climat dans les ateliers. Il se durcit. La mairie socialiste de Toulouse devait recevoir l’intersyndicale en fin d’après-midi.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !