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Un article de Lucy Bateman paru dans L’Humanité du 16 décembre 2005

Chez Bosch, le chantage à l’emploi continue

vendredi 16 décembre 2005 par Lucy Bateman
Métallurgie . La branche française du groupe allemand prétend imposer aux salariés un retour aux 40 heures payées 35. À défaut elle menace de licencier .

Le chantage à l’emploi avait très bien fonctionné à Vénissieux. À l’été 2004, les salariés de cette usine Bosch de la banlieue lyonnaise avaient été contraints d’accepter de travailler une heure de plus, sans hausse de salaire (lire ci-contre). La société envisage donc de renouveler l’expérience ; cette fois elle veut revenir sur les 39 heures, instaurées en 1982, et retourner aux 40 heures. Mercredi, à la veille d’un comité central d’entreprise convoqué à Saint-Ouen, Guy Maugis, le président de Bosch France, a annoncé qu’il « envisageait de négocier un retour aux 40 heures » par semaine pour les 10 000 salariés français du groupe. Le tout avec un salaire « maintenu », avec cinq heures de travail supplémentaires gratuites par semaine. Le plan concerne tout le groupe, mais aussi, affirme la CGT, ses filiales (BSFR, RBFM et Rexroth).

L’information n’étonne pas Serge Trucello, représentant syndical CGT à Vénissieux : la direction allemande avait indiqué en septembre à Vénissieux que les 40 heures étaient la solution aux problèmes de conditions de travail... Et « lors d’une réunion il y a quinze jours, notre direction a annoncé que 2006 serait l’année des 40 heures. Je n’ai aucune idée de la façon dont ils veulent y arriver », souligne-t-il.

Cette offensive semble en effet hasardeuse. « On envisage de négocier un retour à 40 heures, mais on n’en est pas encore dans les modalités et aucun calendrier précis de négociation n’est mis en place », a affirmé le président. Et pour cause : la durée légale du travail en France étant fixée à 35 heures, cela signifie qu’à partir de la 36e heure de travail le salarié doit être payé en heures supplémentaires.

des heures gratuites imposées

Elles peuvent être nombreuses, et pas chères - majorations de 10 % ou de 25 % jusqu’à la 39e heure (en fonction de la taille de l’entreprise), et de 50 % au-delà. Mais elles ne doivent pas être utilisées de manière structurelle, et surtout elles doivent être payées. Or Guy Maugis parle de « salaire maintenu » : pour lui, ces heures seront donc gratuites, ce qui est interdit. Son service juridique devra carburer pour lui fournir une solution.

Ses motivations ? Pour maintenir l’emploi, « l’innovation et la réduction de nos coûts de production par l’amélioration de nos procédés de fabrication ne suffisent pas. Or, comme nous n’envisageons pas de réduire les salaires, la seule solution c’est d’augmenter la durée du travail ». « Comment faire autrement pour maintenir la compétitivité d’un outil industriel en France, alors que nos clients nous demandent des réductions de prix de l’ordre de 3 % par an ? », a-t-il larmoyé.

Mercredi, la coordination des syndicats CGT de Bosch France a dénoncé cette « offensive » : « La direction générale du groupe Bosch a décidé de poursuivre dans le registre de la provocation sociale en martelant le retour aux quarante heures comme la seule solution à tous les problèmes sociaux rencontrés chez Bosch France », proteste Mohammed Brahmi, délégué CGT, pour qui « Bosch ne s’est jamais aussi bien porté » : la CGT estime que la société « réalisera un chiffre d’affaires global en 2005 qui sera en progression de 4 % par rapport à l’exercice précédent ».

un appel au respect de la loi

Pour la Fédération CGC de la métallurgie, « le chantage à l’emploi n’est pas une méthode de gestion, ni de mobilisation pour affronter la concurrence ». Elle n’écarte toutefois pas d’office la proposition de la direction : son président, Bernard Van Craeynest, a prudemment rappelé qu’il existe « des instances représentatives du personnel et des lois qu’il faut respecter », et qu’il « appartiendra à la direction de démontrer sur quelles données économiques et des marchés se fondent ses projets ».

Pour la Fédération CFDT de la métallurgie (dont le syndicat à Vénissieux avait signé, avec la CGC, l’accord de hausse du temps de travail), « le maintien de l’emploi industriel en France passe par d’autres moyens. Si le coût horaire était un handicap en France, la négociation de 2004 à Vénissieux n’aurait eu aucun sens, la différence des coûts entre la France et la République tchèque étant de 40 % ».


Le précedent de Vénissieux

Le 11 mai 2004, la CFDT et la CGC de l’usine Bosch de Vénissieux, dans le Rhône, signent l’accord intitulé « Avenir Vénissieux » : la direction s’engage à investir sur le site 12 millions d’euros qui permettront de « sauvegarder » 190 des 300 emplois qu’elle estime menacés à l’horizon 2008. En contrepartie est instaurée une réduction des coûts salariaux de 15 % à 20 %, qui passe notamment par une augmentation du temps de travail sans contrepartie de salaire : hausse de la durée du travail sur l’année de 35 à 36 heures via la suppression de jours d’ARTT, suppression de jours de congé, heures de nuit payées moins cher, baisse de la prime de congés payés, augmentation du prix de la cantine. Appelés à valider l’accord en signant un avenant à leur contrat de travail. Les salariés qui refuseraient cette modification substantielle de leur contrat de travail seraient licenciés. Confrontés à ce chantage, 70 % des salariés signent.

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