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Lucy Bateman | L’Humanité du 13 avril 2007

Chez Sogerma Services, on travaille plus sans gagner plus

vendredi 13 avril 2007 par Lucy Bateman
Temps de travail . La société de maintenance aéronautique, dont les carnets de commande sont pleins, impose à ses salariés une hausse du temps de travail sans vraies contreparties.

Dans les jours qui viennent, les 475 salariés de la société Sogerma Services de Mérignac devraient recevoir un avenant à leur contrat de travail, qu’ils seront invités à renvoyer, signé, dans les 30 jours. Ce texte leur propose de passer de 35 à 39 heures, payées 35. Ils devront choisir entre un allongement non rémunéré de leur durée de travail, et un licenciement économique, pour ceux qui auront refusé cette « modification substantielle » de leur contrat. La société de maintenance aéronautique emboîte le pas des Bosch, Seb, Doux, Solectron ou Sediver : ces entreprises ont trouvé des syndicats pour signer des accords remettant en cause les 35 heures.

prime pour salariés signant l’avenant

La direction de Sogerma Services, rachetée à EADS par le groupe TAT en 2006, a signé cet accord le 5 avril avec deux syndicats majoritaires, FO et la CFE-CGC. Il vise à « placer Sogerma Services dans une situation de meilleure compétitivité », en réduisant « les coûts salariaux de 20 % par heure travaillée », expliquent en préambule les signataires. Qui précisent que l’entreprise ne tiendra ses engagements que si les salariés respectent les leurs.

Quels sont ces engagements ? Du côté de la direction, on promet une prime exceptionnelle de 1 500 euros bruts, mais seulement pour les salariés qui signeront l’avenant. Ceux qui ne le signeront pas, mais sans le refuser explicitement, sont privés de prime, même si leur silence vaut acceptation. Enfin, ceux qui refuseront explicitement feront l’objet d’un licenciement économique. Pour le reste, les engagements sont flous : « La direction s’engage » à fournir aux salariés « un volume de travail permettant de maintenir leur rémunération antérieure à l’entrée en vigueur » de l’accord. La durée de cet engagement ? L’accord ne le précise pas.

Face à cette garantie aléatoire, les sacrifices demandés aux salariés sont beaucoup plus réels. À partir du 1er juillet, leur salaire horaire de base baisse de 12,5 %. Et pour maintenir le niveau de leur rémunération, la direction leur promet quatre heures sup par semaine, soit quatre heures de travail gratuit, 39 heures payées 35. Les cadres au forfait, eux, travailleront 7 jours de plus sur l’année.

« Il en va de la pérennité de l’entreprise », expliquait hier un porte-parole de Sogerma Services. « Nos coûts sont plus élevés que dans les autres sociétés du groupe », poursuivait-il, sans donner plus de précisions. « En rachetant Sogerma Services en juillet dernier, TAT n’a pas caché qu’il faudrait faire des sacrifices, tout ne maintenant le maximum d’emploi. »

Si Sogerma n’a pas utilisé le chantage à l’emploi pour arriver à ses fins, mais seulement la carotte des 1 500 euros, c’est que Sogerma Services se porte plutôt bien, de l’aveu de son porte-parole : « Les carnets de commande sont pleins au moins jusqu’en juillet, nous cherchons même à embaucher une quarantaine de salariés. » Il admet également que TAT, en rachetant la société, était intéressé par « l’outil industriel, et les compétences des salariés ».

rien ne justifie ces sacrifices

« On n’est pas prêts d’être en sous-activité », confirme Philippe Lozano, délégué syndical central CGT de EADS Sogerma Services. « En fait, cet accord permet à Sogerma Services de réduire sa masse salariale et de régler ses problèmes de sous-effectif à la production en faisant travailler plus les salariés. » Patrick Gally, délégué CGT chez Sogerma Services, juge l’accord « complètement disproportionné au regard des problèmes de productivité que nous connaissons comme partout dans l’industrie. Le sentiment profond des salariés, c’est que rien ne justifie de tels sacrifices ». Nous ne sommes pas parvenus hier à joindre FO et la CGC, signataires de l’accord. Les cégétistes, eux, accusent la direction d’avoir profité de l’inexpérience des sections syndicales, qui avaient été affaiblies lors du rachat de l’entreprise. Pris de court par l’accord - dont la direction ne leur avait toujours pas transmis hier la version définitive - ils conseillent aux salariés de réfléchir.


Une société issue d’EADS

Sogerma Services, située près de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, est issue de la reprise des activités de maintenance aéronautique de l’ancienne EADS Sogerma Services, rachetées par le groupe français TAT, spécialisé dans l’aviation. Le groupe TAT dégage un chiffre d’affaires consolidé de 450 millions d’euros.

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