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Propos recueillis par Michel Alberganti et Rémi Barroux publiés dans Le Monde du 31 décembre 2006

Choisir son métier pour 2015

dimanche 31 décembre 2006 par Rémi Barroux, Michel Alberganti

Vous allez, le 3 janvier, rendre public un rapport sur les métiers dans dix ans. Pour un jeune, quelle orientation choisir aujourd’hui pour avoir un travail en 2015 ?

Dans les dix prochaines années, nous allons assister à une bipolarisation du marché du travail avec des emplois très qualifiés, d’une part, et un volume important d’emplois peu qualifiés, notamment dans les métiers de service, d’autre part. En clair, les jeunes qui vont arriver sur le marché du travail dans les dix ans ont intérêt, si possible, à suivre des formations supérieures menant aux emplois hautement qualifiés et spécialisés. Dans cette catégorie, les métiers les plus prometteurs concerneront logiquement les cadres, que ce soit dans le secteur juridique, la gestion ou encore la comptabilité. Tous les métiers de support technique, logistiques, transports, les emplois très spécialisés connaîtront un bel avenir.

Par ailleurs, compte tenu du vieillissement de la population, l’essor des métiers de la santé ou de l’aide à la personne va se poursuivre avec des emplois aussi bien qualifiés (médecins, infirmiers...) que moins qualifiés (aide-soignant, auxiliaire de vie...). Plus de 210 000 emplois d’assistante maternelle et d’aide à domicile vont être créés d’ici dix ans, et près de 150 000 d’aides-soignants.

Comment va évoluer globalement le marché du travail ?

Nous estimons que vont être créés quelque 1,5 million d’emplois nouveaux, en solde net, dans les dix ans à venir : 650 000 environ concerneront des cadres, 450 000 des emplois peu qualifiés du tertiaire. Ce scénario est basé sur une hypothèse de croissance annuelle de 2 % et de chômage de 7,5 % en 2015. Dans le même temps, 6 millions de personnes partiront à la retraite, soit 600 000 par an environ, chiffre quasi équivalent au nombre de jeunes qui arriveront sur le marché du travail.

Quelles peuvent être les conséquences sociales de cette bipolarisation des emplois ? Ne va-t-elle pas accentuer la division du travail ?

C’est un risque. Théoriquement, la formation en continu et la qualification par l’expérience permettent des trajectoires individuelles ascendantes. Mais nous avons un problème en France. Environ 13 % des moins de 25 ans sortent du système scolaire avec un niveau inférieur au brevet des collèges, ce qui est dans la moyenne européenne. Seulement, chez nous, ces jeunes ne progressent pas alors qu’outre-Rhin, les salariés sont formés et ont des emplois de plus en plus qualifiés au fil de leur carrière. Nous devons changer ce système.

Le taux d’activité des femmes va-t-il augmenter ?

En France, il est déjà élevé, de l’ordre de 80 % dans la tranche d’âge des 30-45 ans. Bien au-dessus de la moyenne européenne. Il peut encore progresser si les emplois proposés sont assez attractifs pour modifier les comportements d’inactivité des femmes, d’une part, et si les services offerts en matière de garde d’enfants, mais aussi de prise en charge des personnes âgées, leur permettent effectivement de rentrer sur le marché du travail, d’autre part.

Par ailleurs, il apparaît nécessaire de rompre avec le caractère sexué de certains métiers : masculin dans le BTP et féminin dans l’aide à la personne. Les entreprises du bâtiment commencent à s’engager dans ce sens.

La prochaine décennie va-t-elle marquer la fin des ouvriers en France ?

La tertiarisation des emplois n’implique pas la fin des métiers de production, mais ils seront bien plus qualifiés. Et le nombre d’ouvriers non qualifiés va continuer à baisser. Nous n’aurons plus besoin de fondeurs de base, d’autres pays feront ce travail, mais la fonderie de pointe va rester. Les secteurs industriels ne vont pas disparaître, mais les emplois vont changer à l’intérieur de ces secteurs.

Les filières de formation actuelles sont-elles adaptées aux futurs besoins ?

Certaines filières professionnelles se sont déjà adaptées, comme le BTP et l’artisanat. Par contre, d’autres doivent impérativement évoluer. Par exemple, nous savons que la formation en BEP de comptabilité n’offre quasiment plus de débouchés. Il faut donc absolument réorienter les enseignants et réduire le nombre de ces formations. A l’inverse, il manque des cursus adaptés à l’évolution de certains métiers, comme celui de garagiste, de plus en plus complexe à cause de l’électronique. Là, il faut effectuer une remise à niveau de l’enseignement dispensé.

Où sont les manques les plus criants ?

Le problème est que nous n’avons pas de vision globale des filières de formation, initiale ou continue. Les données sont très dispersées entre les différents acteurs : éducation nationale, région, organismes consulaires ou branches professionnelles. Nous manquons donc d’outils de pilotage permettant de détecter les manques et d’y remédier, même si certains secteurs, confrontés à des pénuries de main-d’oeuvre, comme le BTP, la métallurgie ou l’hôtellerie-restauration, ont su s’organiser.

Nous avons également du mal à accompagner les besoins des métiers innovants qui nécessitent de concevoir des filières ad hoc, comme l’industrie graphique, en évolution permanente. Pour améliorer l’adéquation entre l’offre et la demande, nous allons lancer une étude sur six pôles de compétitivité afin de déterminer quels types de qualification rencontrent des difficultés de recrutement.


Les créations d’emplois d’ici à 2015

Assistants maternels, aides à domicile : 211 000 créations net prévues. Féminisation : 99 % (en 2002).

Informaticiens : 149 000 créations net prévues. Féminisation : 20 % (en 2002).

Aides-soignants : 149 000 créations net prévues. Féminisation : 91 % (en 2002).

Cadres administratifs et dirigeants : 131 000 créations net. Féminisation : 36 % (en 2002).

Employés administratifs : 100 000 créations net prévues. Féminisation : 76 % (2002).

Cadres commerciaux : 97 000 créations net prévues. Féminisation : 25 % (en 2002).

Ouvriers qualifiés manutention : 92 000 créations net prévues. Féminisation : 11 % (en 2002).

Employés de maison : 80 000 créations net prévues. Féminisation : 98 % (en 2002).$

Infirmiers, sages-femmes : 78 000 créations net prévues. Féminisation : 87 % (en 2002).

Ouvriers qualifiés, industrie de process : 77 000 créations net prévues. Féminisation : 23 % (en 2002).

Source : "Les Métiers en 2015". Centre d’analyse stratégique.

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