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Sonya FAURE | Libération le 19 avril 2007

Chômage : fronde contre les chiffres menteurs

jeudi 19 avril 2007 par Sonya FAURE
Social. Les statisticiens exigent que les taux d’avril ne soient pas publiés entre les deux tours.

Ne pas publier les chiffres du chômage fin avril. Et priver la droite d’une occasion de pavoiser sur la baisse du nombre des demandeurs d’emploi à la veille du second tour... C’est ce que réclament les syndicats du ministère de l’Emploi, de l’Insee et de l’ANPE, les trois institutions responsables des statistiques du chômage. A l’appel de la plupart de leurs organisations syndicales, les statisticiens manifestent aujourd’hui pour appeler à la tenue d’états généraux des chiffres du chômage. Car « le taux publié par l’Insee et la Dares [le service statistique du ministère de l’Emploi, ndlr] et commenté mensuellement par le gouvernement ne reflète plus, depuis 2005, les évolutions du taux de chômage », estiment-ils.

Embarrassants. Les syndicats poursuivent une polémique née en début d’année, quand l’Insee a décidé de reporter à l’automne 2007, et donc après la présidentielle, la révision du taux de chômage sur la base de son « enquête emploi » annuelle, publiée traditionnellement en mars. Selon eux, le gouvernement aurait fait pression sur l’institution pour retarder la diffusion des « vrais » chiffres du chômage, bien plus embarrassants ( Libération de lundi). Selon l’enquête de l’Insee, le taux de chômage s’élève en moyenne annuelle à 9,8 % en 2006. « Soit le même niveau qu’en 2005, trahissant qu’aucune baisse significative du chômage n’a été enregistrée en moyenne sur les deux dernières années », décrypte l’intersyndicale.

La direction de l’Insee, elle, a démenti toute pression : les chiffres seraient impubliables pour cause d’ « incohérence » méthodologique. Mais la polémique ne s’est pas apaisée : mardi, le porte-parole du PS sur les questions de l’emploi, Gaëtan Gorce, a annoncé qu’il saisirait « la commission d’accès aux documents administratifs afin de contraindre le ministre de l’Economie à publier les véritables chiffres » .

Versions. Concrètement, il existe deux façons d’évaluer le chômage. L’enquête emploi de l’Insee, annuelle et plus proche des normes internationales, est déclarative : les personnes qui se disent en recherche d’emploi, et qui n’ont pas travaillé la semaine précédant l’enquête, sont comptabilisées comme chômeuses. L’ANPE, elle, fournit chaque mois un nombre de demandeurs d’emploi ­ sur lequel se jette un gouvernement boulimique de chiffres, surtout quand ils baissent ­ tiré de ses listes d’inscription. Version Insee : le taux de chômage stagne. Version ANPE : le nombre de demandeurs d’emploi ne cesse de diminuer. « Ce qui s’explique aisément, éclaire Thomas Coutrot, statisticien et membre du collectif ACDC (les Autres chiffres du chômage) qui a dénoncé la situation dans une note de 15 pages, le mois dernier. Depuis 2005, l’ANPE a modifié les règles de gestion de sa liste de chômeurs. Elle a, par exemple, réduit le délai pour actualiser son inscription : si un demandeur d’emploi tarde, il est radié. Les contrôles et les radiations pour sanction ont aussi progressé. De plus, avec le suivi mensuel personnalisé, certains demandeurs d’emploi ont estimé qu’il était inutile de se déplacer, vu le peu d’offres d’emploi qu’ils trouvaient. » Enfin, la proportion de chômeurs indemnisés a baissé et les demandeurs d’emploi en fin de droit n’ont aucun intérêt à pointer. Selon le collectif ACDC, 200 000 chômeurs se seraient évaporés des listes de l’ANPE.

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