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Un article de Marc Leras paru dans l’humanité du 16 avril 2005

Claudette Montoya L’âme de la révolte des salariés de Carrefour.

samedi 16 avril 2005 par Marc Leras

Trente ans de boîte et un salaire net de 970 euros pour un temps partiel non choisi à 30 heures comme équipière de vente. Déléguée CGT nationale de Carrefour Hyper et groupe depuis deux ans, Claudette Montoya tient, ce 7 avril, avec ses camarades son piquet de grève sur le parking de la grande surface de Port-de-Bouc, entre Martigues et Fos-sur-Mer. Un chariot pendu à un arbre, des tables et des chaises autour d’un brasero, et l’attente dans laquelle se relaient les grévistes jour et nuit. En grève depuis le 25 mars pour l’obtention de tickets-restaurant, la titularisation des CDD et le passage à temps plein pour les salariés qui le souhaitent, les Carrefour ne cèdent pas, malgré l’absence de dialogue social et la venue de 10 fourgons de CRS escortant les semi-remorques de livraison.

Claudette Montoya est l’âme de cette révolte contre les bas salaires, l’exploitation et l’érosion continue du pouvoir d’achat. Mère de deux garçons, âgée aujourd’hui de cinquante-quatre ans, Claudette est membre de la CGT « aussi loin que remontent ses souvenirs ». Le 25 mars, son syndicat a réussi à lancer un mouvement de débrayage dans 134 magasins sur 170 . Une première chez le géant de la grande distribution. Port-de-Bouc poursuit alors la grève face à une direction qui n’entend rien lâcher et cherche manifestement à faire un exemple.

« Le 2 avril 2004, en collaboration avec d’autres organisations syndicales, nous avons mené une opération au Carrousel du Louvre à Paris, où se tenait l’assemblée générale des actionnaires, se remémore Claudette Montoya. Ça a été un vrai succès. Collectivement, nous avons constaté qu’il existait un potentiel de revendications chez les salariés, qui sont avides d’informations. Ce n’était pourtant que des miettes que nous demandions, mais le ras-le-bol était palpable. »

Les salariés de Carrefour Port-de-Bouc ont lancé un appel à la population de cette cité ouvrière, lui demandant de boycotter le magasin tant qu’ils n’obtiendront pas satisfaction. Un appel à la solidarité plutôt bien suivi, ce qui ravit Claudette Montoya.

« La direction considère la CGT comme une organisation menaçante, à isoler et à éliminer, poursuit-elle. Chez les salariés de Carrefour, la culture de la lutte et de la revendication est récente. Il y a tout à faire ! C’est pour cela que la journée du 25 mars a été si belle. Plus que jamais, il est urgent d’obtenir une augmentation du pouvoir d’achat. Nous avons énormément perdu avec le passage aux 35 heures, quand le temps de travail a été annualisé. Nous avons d’ailleurs attaqué cet accord, qui est aujourd’hui devant la cour d’appel de Versailles. Si le directeur de notre établissement, récemment arrivé d’Asie, fait tout pour pourrir les négociations, c’est parce que je suis une cible en tant que déléguée nationale. Mais ils ne me déstabiliseront pas ! Je suis toujours la tête haute, car ce combat est digne. Tous les jours, je parle avec des gens qui travaillent mais n’arrivent pas à payer leur loyer, qui sont surendettés, dont les enfants ne mangent pas à leur faim. Pour une femme seule, le 15 du mois, c’est déjà la galère. Toutes ces situations me bouleversent, même si je ne les fuis pas. »

Claudette Montoya a déjà été reconnue victime de discrimination syndicale en 1992. Elle s’apprête aujourd’hui à entamer une nouvelle procédure, « pour le principe, pour moi et pour tous les militants CGT ».

Claudette Montoya espère une issue rapide au conflit, une grève qui, de toute façon, aura changé bien des choses : « Avant, on écoutait plus les chefs ou le patron que les autres salariés, on ne se connaissait pas, on ne se parlait pas. Aujourd’hui, une vraie fraternité est née, nous sommes comme une famille. Face à l’individualisme général, nous avons retrouvé le goût du collectif et de la lutte. Même si cela est très fatigant, c’est déjà un grand bonheur et un grand espoir. »

Quelques infos complémentaires sur le conflit de Carrefour Port de bouc dans cet article : Grève à Carrefour Port de Bouc : Face à un patronat de plomb
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