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Alexandrine Bouilhet Le Figaro le 13/03/2008

Climat : une facture salée

jeudi 13 mars 2008 par Alexandrine Bouilhet
Les industriels se plaignent des coûts de la lutte anti-CO2 imposée par Bruxelles.

Un an après avoir lancé, tambour battant, son plan énergie climat, à l’ambition inégalée sur la planète, l’Europe découvre, non sans effroi, le montant de la facture : 75 à 90 milliards d’euros par an, selon les estimations de Bruxelles. À l’échelle du continent, cela se traduira par une perte de 0,5 % du PIB à l’horizon 2020. Soucieux de rassurer les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Sept, qui se retrouvent en sommet ce soir à Bruxelles, José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, répète que cette somme ne représentera que 3 euros par personne et par semaine. « Le coût de l’inaction serait bien plus important », plaide-t-il. Le rapport de l’économiste britannique Nicholas Stern, une référence sur le sujet, évalue à 20 % du PIB le prix du statu quo face au changement climatique.

Dénoncés comme les principaux responsables de la pollution atmosphérique (40 % des émissions de gaz à effet de serre), les industriels s’inquiètent. D’après les propositions législatives de la Commission, qui auront force de loi en 2013, ce sont eux qui paieront l’essentiel de la note. Les consommateurs seront également touchés au portefeuille : 150 euros de plus par an sur leur facture énergétique.

Risques de perte de compétitivité

L’argent public, quant à lui, ne sera que faiblement mis à contribution. Les États membres devraient même y gagner. Leurs gouvernements empocheront le fruit de la mise aux enchères des quotas de CO2, soit 75 milliards d’euros par an. Ce cadeau fiscal n’est pas étranger à l’enthousiasme des États européens. Première à applaudir, la France table sur un accord politique sous sa présidence de l’Union européenne, en décembre 2008.

Sommée de payer l’addition, l’industrie européenne menace de gâcher la fête. Les entreprises fortement consommatrices d’énergie  acier, aluminium, ciment, chimie  se plaignent des risques de perte de compétitivité. Elles menacent de délocaliser leur production dans des régions du monde moins sourcilleuses pour l’environnement. ArcelorMittal a été l’un des premiers à tirer la sonnette d’alarme. « Pour certaines industries, ce plan européen représente une hausse des coûts de 50 %, plaide Ernest-Antoine Seillière, président du patronat européen. En l’absence d’un plan international, l’Europe prend le risque de pénaliser sa croissance et ses emplois. »

Très puissant sur le continent, le syndicat allemand de l’industrie lourde (VIK) dénonce les « coûts exorbitants » du plan climat de Bruxelles, qui coûterait à l’industrie allemande 12 milliards d’euros par an. « La facture pour l’économie et les ménages est énorme et occultée », déplorent les dirigeants du syndicat VIK. La Commission européenne admet que la note d’électricité augmentera de 15 % en moyenne en Europe. Impitoyable sur la hausse des prix, la Banque centrale européenne (BCE) surveille de près le dossier.

En attendant, le chantage à la délocalisation a déjà porté ses fruits à Bruxelles. José Manuel Barroso a promis d’accompagner son projet de deux garde-fous : des quotas d’émission de CO2 gratuits pour l’industrie lourde et une taxe sur les importations de produits carbonés. Ces filets de protection font cependant débat au sein de l’Union européenne, ce qui ne rassure pas les industriels.

L’option la plus controversée est la « taxe carbone », une idée française à l’origine Dominique de Villepin fut le premier à l’évoquer lorsqu’il était à Matignon. Elle pourrait poser problème devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les Etats-Unis et l’Inde ont déjà fait part de leurs inquiétudes.

Flou législatif

« Le risque de se faire retoquer est important », reconnaît un expert de la Commission européenne. « Politiquement, la taxe carbone passe mal à Bruxelles, car elle est synonyme de protectionnisme, explique l’économiste Jean Pisani-Ferry. Elle serait techniquement très compliquée à mettre en œuvre. »Comment calculer le coût en carbone d’un iPod, produit dont les composants viennent du monde entier ? Mission impossible, disent les experts. Plus facile à instaurer, les allocations gratuites de CO2 font râler les écologistes, car elles s’apparentent à une prime aux pollueurs.

Faute de garanties suffisantes, certains industriels ont déjà suspendu leurs investissements sur le Vieux Continent. C’est le cas du cimentier français Lafarge, qui a gelé un milliard d’euros d’investissements en Europe, « faute de connaître les normes de la future législation ». Le géant de la chimie Rhodia s’inquiète également du flou législatif : « Certains investissements risquent d’être reportés ou déplacés dans d’autres pays du monde », a mis en garde son président, Jean-Pierre Clamadieu.

Face à cette levée de boucliers, sept pays de l’Union, dont la France et l’Allemagne, ont récemment écrit à Bruxelles une lettre de récriminations. « Nous ne pouvons pas accepter la délocalisation d’emplois et de centres de production », ont indiqué les ministres de l’Économie des pays signataires. Le coût du plan climat pour la compétitivité des entreprises européennes sera au cœur des débats entre chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Sept lors du sommet de Bruxelles.

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