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Alain Cwiklinski | L’Humanité du 08.10.2007

Colère sur les chaînes de Smart

mardi 9 octobre 2007 par Alain Cwiklinski

Automobile . Les négociations salariales déraillent dans l’usine d’ Hambach en Moselle. L’entreprise connaît son plus dur conflit depuis une décennie. 80 % des salariés en CDI sont en grève.

« C’est historique chez Smart. 80 % des salariés en CDI sont en grève », constate avec satisfaction Jean-Luc Bielitz, membre CGT du collectif interprofessionnel Smart. Depuis jeudi dernier en effet, sur 400 salariés, ce sont 270 ouvriers mais également quelques cadres qui bloquent toutes les entrées de l’usine Smart à Hambach (Moselle).

L’objectif est de paralyser la production en empêchant l’alimentation des chaînes de production en pneumatiques nécessaires pour évacuer les véhicules. « On ne bloque pas les voitures, mais seulement les camions qui emportent les roues », précise un gréviste du piquet de grève du rond-point de l’Europôle.

1 200 euros pour dix ans d’ancienneté

Ce coup de colère des salariés de Smart a pour origine, au départ, le refus de la direction d’ouvrir les négociations salariales obligatoires : « Elle voulait que nous discutions d’abord des économies à réaliser en 2008 et 2009 avant de parler de salaires. Sentant la pression monter, elle a proposé une enveloppe globale représentant à peine 2 % d’augmentation, et encore, elle émettait des conditions. Ridicule ! », souligne Patrice Wilhem, délégué CGT.

Fiches de paie à la main affichant en brut 1 200 euros pour dix ans d’ancienneté, des salariés ironisent : « Si on fait le compte, cela représente autour de 30 euros sur la feuille de paie. Et en brut. » Une rallonge salariale nettement insuffisante pour les organisations syndicales CGT et CFDT, qui demandent des augmentations de salaires s’étalant de 120 à 150 euros selon les catégories de personnel. « Avec le gel des salaires négocié lors du passage aux 35 heures, on a perdu 10 % de notre pouvoir d’achat », précise Jean-Luc Bielitz. Vendredi après-midi, la négociation avec la direction a tourné court. Devant les salariés réunis, les responsables syndicaux ont dénoncé l’inflexibilité des dirigeants de Smart : « C’est à prendre ou à laisser nous a-t-on dit. Pire, après les menaces de délocalisations, maintenant ils parlent de fermeture si nous n’accédons pas à leurs propositions. »

Le dialogue s’avère donc difficile, d’autant que Smart envisage également de réduire encore ses effectifs en ne renouvelant pas les contrats à durée déterminée. Les emplois chez Smart risquent, une nouvelle fois, de fondre comme neige au soleil : « Il y a deux ans, nous étions 235 à la production pour réaliser 110 000 véhicules par an. Aujourd’hui, on est 157 pour en fabriquer 138 000. Une productivité qui ne fait que le bonheur des actionnaires du directoire de Daimler. »

refus D’ une nouvelle baisse des effectifs

Les organisations syndicales refusent évidemment cette nouvelle baisse des effectifs et réclament l’embauche de l’ensemble des CDD et intérimaires : « Ici, nous sommes à l’inverse des propos de Sarkozy, nous devons travailler plus pour gagner moins », peste Jean-Luc Bielitz. Ce même Nicolas Sarkozy, en compagnie d’Angela Merkel, doit assister au dixième anniversaire de l’entreprise à la fin du mois. Cette venue est plutôt mal perçue dans le contexte actuel : « Nous ne serons pas les ouvriers modèles tels qu’ils les entendent », prévient une gréviste. Devant l’intransigeance affichée par la direction, les salariés grévistes ont reconduit le mouvement jusqu’à aujourd’hui où une nouvelle rencontre est prévue avec les dirigeants. Si ce nouveau tour de table n’aboutissait pas, Smart connaîtrait son conflit le plus long de sa courte existence.

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