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Jacqueline Sellem , Pierre-Henri Lab | L’Humanité du 23.10.2007

Comment transformer l’essai

lundi 22 octobre 2007 par Pierre-Henri Lab, Jacqueline Sellem, Didier Le Reste
Les syndicats de la SNCF et de la RATP se rencontrent avant d’entamer les discussions avec le gouvernement.

Trafic « normal » sur le réseau de la RATP et « quasi normal » à la SNCF, annonçaient hier les directions des deux entreprises. Certains, comme le Figaro, veulent y voir un essoufflement, feignant d’ignorer que la CGT, syndicat majoritaire à la SNCF et à la RATP, a toujours appelé, pour ce premier temps de la mobilisation, à une grève de 24 heures sans caractère reconductible. Du côté des syndicalistes, l’appréciation de la journée du 18 est unanime : « Plus de grévistes qu’en 1995, une grève historique… » Un bilan qui n’incite pas à garder l’arme au pied. « Nous sommes déterminés et confiants dans la bataille des idées », souligne Éric Ferreres, responsable des cheminots CGT de Toulouse, en insistant sur les rapports positifs entre grévistes et usagers au cours de la journée de grève. Un acquis apprécié aussi par Éric Nabet, de la CGT métro et RER, « on est conscients qu’on ne gagnera pas seuls. Il faut construire une mobilisation plus large encore » dit-il. Pour Cyrille Brown, responsable de la CGT bus, « c’est un coup de semonce, si le gouvernement ne l’entend pas, il faudra remettre ça, mais en étant encore plus nombreux ».

Cet après-midi, les fédérations syndicales de cheminots ont rendez-vous pour décider des suites à donner. Mardi ce sera au tour de celles de la RATP. Enjeu de ces rencontres : l’unité syndicale. Même si le gouvernement a réussi à détacher, momentanément peut-être, du mouvement la Fédération autonome des agents de conduite (FGAAC), qui a négocié en solo avec la direction de la SNCF, la force de la journée de jeudi pousse à lé. C’est ainsi que SUD rail, qui avait, contre la majorité des autres organisations, lancé un appel à reconduire immédiatement la grève, indiquait hier dans un communiqué qu’« au-delà des débats sur la suite à donner au mouvement commencé le 18 octobre, l’unité syndicale s’impose », et se déclarait « disponible ».

Aux manettes du côté du gouvernement, le ministre du Travail Xavier Bertrand annonçait hier qu’il rencontrerait les organisations syndicales à partir de mercredi et multipliait ses offres de dialogue, tandis que le conseiller spécial du président de la République, Henri Guaino, estimait, pas plus tard que vendredi : « Les syndicats veulent discuter des modalités, ce qui est bien normal, mais sur les principes il n’y aura sans doute pas grand-chose à discuter. »


« Le gouvernement doit revoir sa copie »

18 octobre . Didier Le Reste, secrétaire général de la fédération des cheminots CGT, souhaite une réunion de l’ensemble des syndicats des professions concernées pour décider de suites unitaires.

Quel bilan tirez-vous de la mobilisation de jeudi dernier ?

Didier Le Reste. C’est un mouvement d’une ampleur exceptionnelle. Avec un taux moyen de 75 % de grévistes à la SNCF, 50 % chez les cadres et 75 % chez les agents de maîtrise, nous atteignons des records historiques. Ce résultat valide la stratégie proposée par la CGT et reprise par d’autres fédérations syndicales. Notre recherche permanente de l’unité syndicale et du rassemblement interprofessionnel le plus large possible a fait le succès du 18 octobre. Tant dans l’ampleur de la mobilisation des cheminots que dans l’accueil plutôt favorable que lui a réservé l’opinion publique. Avec cette « grève carrée », nous avons mis en difficulté le gouvernement qui tente depuis de long mois d’isoler les cheminots et de rendre leur lutte impopulaire auprès des autres salariés et de l’opinion publique en général. L’idée que la remise en cause des régimes spéciaux est le prélude à une troisième réforme du régime général en 2008, porteuse de nouvelles régressions pour l’ensemble des salariés, progresse parmi la population. Ne gâchons pas cet acquis.

Préavis de reconduction de la part de SUD et de FO, négociation entre la FGAAC et la direction de la SNCF, l’unité n’est-elle pas mise à mal ?

Didier Le Reste. Les prolongements ultraminoritaires (75 % de grévistes le 18, seulement 7 % le 19 octobre) souhaités par certains en dehors de toute démarche unitaire et contre l’avis des cheminots eux-mêmes ne peuvent conduire qu’à renforcer les oppositions entre cheminots et usagers. Cette attitude ne peut qu’aider le patronat et le gouvernement qui spéculent sur la division des syndicats et l’hostilité de l’opinion publique pour imposer leur réforme. Je m’interroge sur les motivations réelles des organisations syndicales qui prennent cette responsabilité. De la même manière, les négociations entre la FGAAC et la direction de la SNCF, cautionnées par le gouvernement, posent problème. Comment peut-on négocier dans le cadre actuel de cette réforme alors que celui-ci est contesté par les cheminots avec une telle ampleur ? La question de la validité d’une négociation entre la direction et une seule organisation syndicale est posée. Il est nécessaire de clarifier la situation. à la CGT, nous nous en tenons à un processus de mobilisation qui porte sur le cadrage gouvernemental de la réforme.

Le gouvernement doit recevoir cette semaine les organisations syndicales. Comment abordez-vous cette échéance ?

Didier Le Reste. Cet élément est à mettre à l’actif de la grève. L’ampleur de la mobilisation dans toutes les entreprises concernées a contraint le gouvernement à se remettre autour de la table pour rediscuter de sa réforme. Ce qu’il n’avait pas prévu puisque les grands principes de son projet devaient être arrêtés en quinze jours. Nous attendons du gouvernement qu’il formule de nouvelles propositions. Il ne peut pas conserver la même attitude qu’avant le 18 octobre.

Les fédérations de cheminots se réunissent aujourd’hui. De quelles propositions serez-vous porteur ?

Didier Le Reste. La CGT fera deux propositions. D’abord, à l’issue des rencontres de cette semaine entre le gouvernement et les organisations syndicales, nous souhaitons par souci de transparence que soit organisée une table ronde sur les régimes spéciaux réunissant l’ensemble des organisations syndicales des entreprises concernées, les directions et le gouvernement. Nous souhaitons aussi organiser une rencontre entre toutes les organisations syndicales des professions concernées par la réforme. Cette rencontre doit permettre des suites unitaires et interprofessionnelles au mouvement du 18 octobre.

Envisagez-vous de nouvelles mobilisations ?

Didier Le Reste. Tout dépend de l’attitude du gouvernement, qui doit revoir sa copie. Si les rencontres démontrent qu’il persiste à refuser de remettre en cause le cadre de sa réforme, la CGT proposera de nouvelles actions, y compris dans le cadre d’un mouvement de grève plus long.

Entretien réalisé par Pierre-Henri Lab

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