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Fanny Doumayrou | L’Humanité le 4 janvier 2006

Conditions de travail : aggravation pour les ouvriers

jeudi 4 janvier 2007 par Fanny Doumayrou
Rapport . Entre 1998 et 2005, le travail à la chaîne, les pénibilités physiques et les horaires atypiques ont progressé pour les travailleurs manuels.

Le fossé se creuse entre les ouvriers et les autres catégories professionnelles, si l’on en croit la dernière étude de la DARES sur les conditions de travail en 2005 [1] . Par rapport à la dernière enquête réalisée en 1998, l’institut de recherche et études du ministère du travail constate une « pause dans l’intensification du travail » à l’oeuvre depuis vingt ans, en soulignant qu’elle ne concerne pas la catégorie des ouvriers, dont les conditions de travail continuent de se détériorer.

une forme d’adaptation

Les améliorations relevées par l’étude sont toutefois très relatives. La proportion de salariés dont le rythme est « imposé par une demande extérieure à satisfaire immédiatement » est ainsi passée de 54 % en 1998 à 53 % aujourd’hui, toujours très loin devant les 28 % de 1984. Parmi les salariés en contact avec le public, 42 % disent vivre des situations de tension en 2005, contre 48 % il y a sept ans, mais 34 % en 1991. Par ailleurs, la polyvalence de type « bouche-trou » est vécue comme positive par 70 % des salariés la pratiquant, contre 66 % en 1998, et le fait de devoir abandonner une tâche pour une autre plus urgente est moins mal perçu. Il semblerait donc qu’il y ait une forme d’adaptation à des façons de travailler a priori perturbantes .

À côté de ces « progrès », des contraintes continuent de progresser. Le travail à la chaîne concernait en 2005 11 % des ouvriers contre 10 % en 1998, et un ouvrier sur quatre travaille en fonction du rythme d’une machine, une contrainte qui augmente surtout pour les tâches de magasinage et de manutention, plus tardivement automatisées. Le travail à la chaîne ou au rythme d’une machine concerne 50 % des ouvriers non qualifiés. Les normes de production et les délais à respecter s’imposent de plus en plus : 40 % des ouvriers qualifiés les subissent, contre 37 % en 1998, mais elles progressent aussi pour l’ensemble des catégories (25 % contre 23 % en 1998).

Les horaires sont également plus pénibles : le travail décalé en deux équipes (deux-huit) concerne 19 % des ouvrières, contre 16 % il y a sept ans, et 11 % en 1984. Le travail atypique de nuit, du dimanche, du samedi augmente aussi, et, d’après la DARES, s’« intensifie » : « Parmi les salariés concernés, de plus en plus nombreux sont ceux qui déclarent pratiquer ces horaires "habituellement" », et non plus « occasionnellement », pointent les auteurs de l’enquête.

Augmentation des pénibilités

Enfin, les pénibilités physiques « se stabilisent, sauf pour les ouvriers ». En 2005, les salariés déclarant au moins un effort physique dans leur travail ne sont plus que 69 % contre 72 % en 1998, mais le cumul de quatre pénibilités concerne 50 % des ouvriers qualifiées et 54 % des personnes non qualifiées, contre 47 % et 52 % auparavant. Pour eux, le port de charges lourdes, les mouvements douloureux ou fatigants, les secousses ou les vibrations se développent. De même, les nuisances sonores se stabilisent, sauf pour les ouvriers et pour le secteur de la construction en général. Autrement dit, les pénibilités augmentent pour les salariés qui y sont déjà les plus exposés.

[1] Conditions de travail : une pause dans l’intensification du travail, premières informations premières synthèses, nº 01.2, DARES, janvier 2007.

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