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Un article de Yves Housson paru dans l’Humanité du 3 mars 2005

Contre la pénibilité, la retraite anticipée

jeudi 3 mars 2005 par Yves Housson

« Comment ça va le boulot ? Pénible, de plus en plus pénible. »

Régulièrement, des syndicats de salariés le répètent, des médecins du travail le constatent, des enquêtes rigoureuses sur les conditions de travail le mesurent. Et maintenant, notre baromètre social l’Humanité/NVO le confirme : pour la majorité de nos concitoyens, la pénibilité est un sujet sérieux ; au-delà du ressenti de chacun, et des spécificités de tel ou tel poste, telle ou telle branche d’activité, elle peut être définie selon des critères objectifs applicables partout ; et elle appelle sans plus attendre des mesures sociales.

Des syndicalistes médusés

Alors que le patronat vient d’accepter, de force plus que de gré, d’engager des négociations sur le sujet, ces enseignements tirés du sondage CSA sont précieux. Dès la première séance de ces pourparlers, le 23 février, des syndicalistes, médusés, ont pu entendre le représentant du MEDEF, Denis Gautier-Sauvagnac, brosser un tableau quasi idyllique de la situation : « Les conditions de travail, loin de se dégrader et d’engendrer une détérioration de la santé des salariés, n’ont jamais cessé de s’améliorer. » « L’augmentation des maladies professionnelles ne traduit pas une dégradation de l’état de santé », mais seulement une meilleure connaissance de ces pathologies. De toute façon, a prévenu le négociateur patronal, il est impossible de donner « une définition interprofessionnelle de la pénibilité », qui contiendrait trop d’« éléments subjectifs ». En clair, mieux vaudrait refiler le bébé aux branches, voire aux entreprises où, au gré des rapports de forces, la pénibilité pourrait être relativisée. À l’évidence, le MEDEF redoute de voir exposer au grand jour, à l’occasion de ces pourparlers, les conséquences du traitement infligé au travail par le diktat de la recherche de la rentabilité financière à tout prix.

Eh bien non, notre sondage le montre, pour l’écrasante majorité de nos concitoyens, la pénibilité a un sens objectif, qui peut être défini assez précisément par des critères applicables partout. Qui dit « exposition aux produits toxiques », « port de charges lourdes », « travail à la chaîne ou sous cadences imposées » ou « travail de nuit ou en horaires alternants », dit, clairement, travail pénible. Et sans doute la liste pourrait-elle être allongée à d’autres critères, comme celui du stress, de la charge mentale, susceptible, des études l’indiquent, d’atteindre la santé. Une fois le problème cerné, quelles thérapies envisager ? D’abord, accorder un droit au départ anticipé à la retraite aux hommes et aux femmes ayant exercé des travaux pénibles, répondent 45 % des Français et, sans surprise, un plus grand nombre d’ouvriers (55 %). Le classement des réponses par tranches d’âge indique également que les 50-64 ans sont les plus nombreux (53 %) à réclamer une telle mesure. Une mesure de justice, tout simplement, comme l’a souligné la CGT à l’ouverture des négociations, alors que les patrons n’en ont pas dit un mot : elle permettrait à des salariés usés prématurément par le boulot de profiter un peu plus de la retraite. Les mesures de compensations financières (16 % seulement des Français les soutiennent), comme les primes pour travail de nuit ou pour intempéries dans le bâtiment, ne traitent pas cette inégalité : à 60 ans, un ouvrier a une espérance de vie inférieure de 5 ans à celle d’un cadre.

réparer cette injustice sociale

Quant à la prévention par l’amélioration des conditions de travail, évidemment nécessaire, elle ne dispense pas non plus, en attendant qu’elle produise ses effets, de réparer cette injustice sociale majeure. Les Français la placent au deuxième rang des objectifs de la négociation. On ne s’étonnera pas que les chefs d’entreprise l’inscrivent (à 42 %) au premier rang, alors qu’elle reçoit seulement 28 % des suffrages chez les ouvriers. Si elle n’est pas assortie de mesures tendant à les responsabiliser en la matière - et le droit au départ anticipé, dont le financement leur incomberait, aurait aussi cet effet - la prévention, dans la bouche des employeurs, risque fort de rester à l’état de voeu pieux. Déjà, en 1975, date du dernier accord interprofessionnel sur la question, le patronat avait pris des engagements pour prévenir la pénibilité. Les indicateurs de la santé au travail montrent que cela n’a pas suffi.

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