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Un article de Christophe Deroubaix paru dans l’Humanité du 14 octobre 2005

Contre le dépôt de bilan, les marins votent pour la reprise du travail

vendredi 14 octobre 2005 par Christophe Deroubaix
« Les marins sont des salariés responsables. Nous ne mettons pas un genou à terre mais nous faisons un pas en arrière. Le combat prendra d’autres formes et n’est pas terminé », commente Bernard Marty, responsable CGT.

Nombre de votants : 592. Oui à la reprise de l’activité pour éviter le dépôt de bilan : 519. Non à la reprise de l’activité = dépôt de bilan : 73. À l’annonce du résultat, aucun applaudissement ne monte de la salle de cinéma du ferry Méditerranée. « En revanche, on peut applaudir notre mouvement », glisse au micro, un responsable syndical. Jean-Paul Israël, secrétaire du syndicat CGT des marins, lance un « Tous ensemble, tous ensemble », repris par les centaines de salariés présents. Entre esprit de responsabilité et amertume, voire rancoeur, les marins grévistes, réunis en assemblée générale, viennent de voter la fin de leur mouvement de grève entamée il y a vingt-quatre jours contre le projet gouvernemental de privatisation de la compagnie. Prévu dans un premier temps à mains levées, le vote s’est finalement effectué à bulletins secrets, cette procédure permettant de ne consulter que les grévistes. Chaud, Bernard Marty, secrétaire CGT du comité d’entreprise, commente : « Les marins sont des salariés responsables. Nous ne mettons pas un genou à terre mais nous faisons un pas en arrière. Le combat prendra d’autres formes, mais il n’est pas terminé. »

Avant l’ouverture de cette assemblée générale, hier matin, le même Bernard Marty livrait son sentiment à quelques journalistes : « Nous avons fait une AG tard hier soir [mercredi- NDLR] pour que tous les salariés aient le même niveau d’information. J’ai rencontré le président du tribunal de commerce qui m’a dit : "C’est la loi. Même si je voulais entamer une procédure de dépôt de bilan, je ne le pourrais pas, sauf à me mettre hors-la-loi." Si on reprend le travail, ça ne signifie pas que je ne dirais plus ce que je pense, ni que je m’interdis, une fois dépassée la situation de dépôt de bilan, de mobiliser pour faire entendre ce que j’ai à dire ».

À la menace du dépôt de bilan brandie par le gouvernement depuis plusieurs semaines, s’est ajoutée celle, avancée par le PDG de la SNCM, de la liquidation pure et simple de la compagnie. Avant le vote crucial, les grévistes avaient également appris que les CCI (chambres de commerce et d’industrie) de Nice et d’Ajaccio ont déposé des saisines au tribunal de commerce afin d’obtenir le paiement de leurs créances. « Ils se positionnent pour le dépeçage. On ne peut pas courir ce risque », affirmait un élu CGT. « On est dans la situation d’une partie de poker. On ne sait pas vraiment ce que le gouvernement a en main. On peut toujours décider de faire tapis en continuant la grève, mais la SNCM ne nous appartient pas. On ne peut pas prendre cette immense responsabilité », estimait un marin gréviste. Après le résultat du vote, Salim, un autre marin, constatait, amer : « On ne peut pas lutter contre la justice. Mais j’espère que cette dernière mettra son nez dans les comptes de la SNCM. On verra alors qu’il s’agit d’un holp-up créé de toutes pièces. » « Notre lutte aura peut-être permis de jeter la lumière sur toutes les autres privatisations. Le combat pour la maîtrise publique, on l’a perdu », reconnaissait Jean-François Coti, administrateur CGT de la SNCM, avant d’insister sur l’avenir de l’entreprise. « La priorité, c’est de définir le périmètre de l’entreprise. Trois débats doivent être ouverts. Un : la délégation de service public (DSP). Le gouvernement doit faire pression sur la collectivité territoriale de Corse pour une reconduction de cette DSP. Deux : le RIF (1). Le gouvernement s’est engagé à ne pas l’appliquer sur les lignes en direction du Maghreb. Désormais, il ne serait plus question que d’en exonérer la compagnie mais pas les concurrentes. Enfin trois : on nous promet le maintien de l’ensemble de la flotte mais avec moins de personnel. Il faut regarder ça de près. » En attendant, les responsables de la CGT-marins se sont rendus hier en préfecture, afin d’aller négocier le protocole de sortie de conflit. Les propositions de la CGT sont au nombre de trois : mesures pour rendre la flotte exploitable au plus vite, pacte de non-agression disciplinaire à l’encontre des grévistes, paiement des jours de grève. À l’heure où ces lignes étaient écrites, la réunion de négociations était toujours en cours.

(1) Voté par l’Assemblée nationale, le Registre international français, véritable « Bolkestein des mers », selon la CGT, permet aux armateurs d’embarquer à bord d’un navire jusqu’à 75 % de personnels hors Communauté européenne.

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