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fusion Suez GDF : les analyses et proposition de la CGT

DE L’EUROPE DES MARCHES A L’EUROPE DE L’ENERGIE

jeudi 2 mars 2006 par Confédération Générale du Travail (CGT)
On voit mieux aujourd’hui ce que l’Europe de la concurrence produit dans un secteur comme celui de l’énergie.

Les gouvernements des différents états ont une conception très particulière en matière de concurrence et de marché européen. Ils sont tous d’accords pour que leurs « champions nationaux » fassent leurs emplettes dans les différents pays de la communauté, mais s’opposent, au nom d’un pseudo-patriotisme économique, à des opérations menées par des entreprises d’autres pays européens. On l’a vu avec l’Italie (Edison), avec l’Espagne (Endesa), et récemment avec la France (Suez).

La CGT, quant à elle, a une position claire et cohérente, elle préconise que la politique énergétique des états s’inscrive bien dans une logique de réponse aux besoins de l’ensemble des peuples de la communauté, ce qui participe à l’élaboration d’une véritable politique énergétique européenne.

Car les problèmes posés, s’ils nécessitent des impulsions gouvernementales fortes, appellent une coordination européenne de politiques ambitieuses menées par chaque Etat de l’Union ainsi qu’une coordination entre les différentes filières.

C’est pourquoi nous formulons la proposition de création d’une Agence Européenne de l’Energie.

Celle-ci aurait à s’intéresser aux questions énergétiques européennes sous le contrôle du parlement européen et en liaison avec le conseil des ministres de l’énergie représentant les différents intérêts nationaux.

Ainsi, il ne s’agit pas pour nous d’imposer un modèle à l’échelle européenne, mais de mettre l’ensemble des Européens en situation de disposer, tous, d’une électricité de qualité à des coûts aussi bas que possible, chacun dans la diversité des histoires, des développements des choix techniques et structurels.

Hier, c’était les Etats qui régulaient la politique énergétique. Depuis, les différentes directives européennes n’ont pas transféré ces compétences politiques à d’autres instances, par exemple régionales ou européennes. Elles les ont abandonnées au marché qui est myope par nature alors qu’il est nécessaire, dans ce secteur, de voir très loin. Cela demande de changer d’échelle car, si à l’époque de la création des monopoles nationaux il s’agissait d’assurer l’indépendance des nations, il est aujourd’hui urgent de prolonger cette vision à l’échelle de l’Union pour assurer sa maîtrise énergétique, sa sécurité et son indépendance énergétique.

Il convient à la fois de saisir les caractéristiques et de mesurer les enjeux du secteur énergétique et c’est en fonction de cela que l’on peut esquisser ce que serait le rôle d’une Agence Européenne de l’Energie.

Face à un secteur stratégique, hautement capitalistique, avec des cycles longs de plusieurs décennies et une Europe trop largement dépendante de ses importations énergétiques, il faut à la fois prendre en compte ce qui est technique (rendements croissants par exemple) et ce qui est structurel.

La crise Russo-ukrainienne doit pousser l’Europe à réagir et à prendre politiquement la main. Les différents pays qui composent l’Europe des 25 ont des dimensions, des niveaux de développement, des choix techniques, des atouts différents.

C’est tout cela qu’il faut prendre en compte et cela ne peut se faire sans une intervention publique qui doit avoir des composantes nationales et européennes. C’est ce qui nous conduit à penser qu’une telle agence européenne de l’énergie devrait, dans un premier temps, chercher à coordonner les différentes politiques nationales plutôt que de chercher tout de suite à établir une politique énergétique européenne.

Pour ce faire, elle doit s’appuyer sur l’ensemble des entreprises spécialisées et leur personnel qui, depuis plusieurs décennies, ont développé des compétences et un savoir-faire certain dans ce domaine.

Elle doit également fortifier leur dynamisme en leur donnant une visibilité d’ensemble sur les orientations du secteur et donc sur les perspectives d’investissement à réaliser, en sécurisant une rentabilité lissée sur le long terme. Cela doit permettre également une régularité du prix de l’énergie à un niveau aussi bas que possible reflétant les investissements à consentir.

Cette agence européenne de l’énergie devrait également s’intéresser aux aspects sociaux du secteur. D’une part, l’accès de tous à une énergie de qualité à un coût aussi bas que possible doit être garanti à tous et en particulier aux plus pauvres. D’autre part, un secteur aussi important sur les plans humains et industriels, pour ne pas dire stratégique, doit s’appuyer sur un personnel de qualité disposant de garanties sociales avancées.

C’est vital pour des disciplines aussi délicates que les tenues de réseaux, l’exploitation du nucléaire, la sécurité hydraulique ou gazière, etc.

Cette agence devrait également permettre une politique de recherche efficace et coordonnée au plan européen, car un seul pays ne peut plus assumer aujourd’hui l’ensemble des axes de recherche de la totalité d’un tel secteur. Elle devra également s’intéresser de près à l’existence et au développement des industries nécessaires au secteur énergétique : le ralentissement considérable des investissements dans ce secteur a conduit dans le monde entier à une asphyxie de certains outils industriels.

C’est intolérable à l’heure où les investissements mondiaux vont se chiffrer en centaines de milliards d’euros et où il va falloir construire d’ici vingt ans en Europe plusieurs centaines de milliers de MW de centrales de production, des infrastructures gazières et des capacités nouvelles de stockage.

Si cette agence européenne doit donner une visibilité à long terme à l’ensemble des acteurs, les Etats et les entreprises ont chacun leur propre rôle à jouer.

En particulier, les entreprises doivent avoir leur dynamisme propre en matière industrielle, sociale, de recherche et ne pas hésiter à engager des opérations pariant sur l’avenir plutôt que rechercher systématiquement une marge financière. Les entreprises aussi ont à être civiquement responsables.

C’est sur la base de ces différents constats que nous considérons qu’il est temps de "poser les valises" pour effectuer un bilan sérieux, pragmatique et donc dénué de toute idéologie, du processus de déréglementation opéré en Europe.

Un tel bilan doit être fait, selon nous, sous l’égide d’une conférence intergouvernementale, des parlements nationaux et européens. Non par mépris envers les commissions mais pour reprendre la mesure des enjeux qui sont d’ordre politique, économique, industriel et géostratégique.

Car si les enjeux énergétiques sont d’une nature plus complexe qu’au sortir de la 2ème guerre mondiale, ils mêlent besoins quantitatifs diversifiés et exigences qualitatives supérieures.

Sans attendre ce bilan, des décisions doivent être prises d’urgence par les différents pays dans une coordination européenne en termes de moyens de production et de réseaux permettant de passer les tensions actuelles ou prévisibles à court terme.

Parallèlement, il nous semble nécessaire d’établir des règles de politiques communautaires de long terme afin que l’Europe devienne un environnement énergétique le plus lisible possible pour permettre les conditions du développement économique et social.

Le gouvernement a annoncé la réalisation du bilan national, nous souhaitons y être associé.

Les expériences sont diverses en Europe, il est vrai qu’il n’y a pas « un seul chemin », mais l’ampleur des questions posées impose que nous les abordions en pragmatiques. Avec une seule préoccupation, l’intérêt des populations et des salariés.

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