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Un entretien réalisé par Véronique Guillermard paru dans Le Figaro le 23 aout 2005

Daniel Valot : « Les besoins mondiaux représentent l’équivalent d’une Arabie saoudite par an »

mardi 23 août 2005 par Véronique Guillermard
Daniel Valot, PDG du groupe Technip, un des leaders mondiaux du secteur parapétrolier, analyse les raisons pour lesquelles les investissements en exploration-production connaissent une forte

LE FIGARO ECONOMIE. - Quelles sont les conséquences de la hausse continue des prix du pétrole pour votre société et pour la filière parapétrolière ?

Daniel VALOT. - Contrairement aux compagnies pétrolières, nous ne produisons pas une goutte de pétrole, ni une molécule de gaz. La hausse du prix des hydrocarbures n’a donc aucun impact direct et immédiat sur nos résultats. En revanche, cette hausse conduit à augmenter et accélérer les investissements dans le secteur pétrolier et gazier, ce qui se traduit par une hausse massive de notre carnet de commandes, et par conséquent de notre volume d’activité et de notre capacité à générer des résultats plus élevés dans les années qui viennent.

Jusqu’où, à votre avis, le prix du baril peut-il continuer à monter ?

Bien malin qui pourrait le dire, tant le prix du baril a constamment déjoué les pronostics des meilleurs spécialistes dans le passé. A mon avis, il peut continuer de monter au cours des mois à venir, jusqu’à 80, voire 100 dollars. En fait, la hausse devrait continuer tant qu’elle n’aura pas déclenché des facteurs puissants de contraction de la demande, à savoir soit une récession chez les principaux consommateurs (Etats-Unis, Chine, Inde, etc.), soit un redémarrage massif de l’énergie nucléaire, sachant que, dans ce dernier cas, il faudrait de longues années avant que ce redémarrage puisse exercer un effet modérateur.

Comment ces nouveaux investissements se traduisent-ils en commandes fermes et avec quel décalage. Plus précisément y a-t-il plus d’appels d’offre pour des plates-formes, des pipelines, etc. Que représente votre carnet de commandes en termes d’années ou de mois d’activité ?

Les nouvelles commandes sont aujourd’hui passées de façon plus rapide par les clients pétroliers, qui souhaitent tous augmenter rapidement leurs capacités de production. Elles portent, en amont, sur de nouveaux complexes de production en mer profonde et sur de nouvelles usines de liquéfaction de gaz, en aval sur des unités de raffinage et des complexes pétrochimiques. La tendance générale est à un accroissement de la taille unitaire des projets : la recherche des économies d’échelle pousse en effet les pétroliers à demander des unités de plus grande dimension. Ainsi, dans le domaine de la liquéfaction du gaz (secteur dit du GNL), on est passé en quelques années d’unités de 2 millions de tonnes à des unités de près de 8 millions de tonnes. Dans la pétrochimie, les vapocraqueurs d’une capacité de plus d’un million de tonnes ne sont plus rares. Tout cela amène à des contrats qui peuvent être milliardaires en dollars.

Peu de contracteurs au monde ont la capacité nécessaire pour exécuter correctement des projets aussi importants. Technip est parmi ceux-ci, ce qui explique que notre carnet de commandes, exprimé en dollars, ait cru d’environ 70% au cours des 3 dernières années. Il s’élève fin juin 2005 à environ 10 milliards de dollars, un niveau historique, équivalent à 19 mois de chiffre d’affaires, du jamais-vu.

Anticipez-vous un rythme de croissance équivalent de votre carnet de commandes dans les années à venir ?

Sauf accident majeur sur le prix du baril, difficilement imaginable aujourd’hui, nous devrions pouvoir maintenir un niveau élevé de nouvelles prises de commandes. Par rapport au niveau de la demande pétrolière (stimulée notamment par la forte croissance des économies asiatiques), il n’existe pratiquement plus de capacité de production disponible (« spare capacity »), que ce soit en matière de production ou de raffinage. Il faudra donc de nombreuses années d’investissements très soutenus pour tout à la fois répondre à la hausse de la demande et reconstituer des marges de précaution, indispensables à un fonctionnement ordonné du marché.

Pour donner des ordres de grandeur, sachant que la production mondiale de pétrole est d’environ 85 millions de barils/jour, que la croissance de la demande pétrolière est de 2 à 3% par an, et que le rythme de déclin des productions issues des gisements actuellement développés est de l’ordre de 7% par an, il faut donc chaque année investir de quoi produire environ 8 millions de barils/jour - soit créer chaque année à peu près l’équivalent d’une nouvelle Arabie saoudite - juste pour faire face à la croissance de la demande, et il faudrait encore investir davantage pour recréer un volant de capacité de production disponible afin de faire face aux à-coups du marché.

Estimez-vous que le secteur parapétrolier qui vient de traverser plusieurs années difficiles est au seuil d’un cycle ascendant ? Quels en sont les moteurs ?

A l’évidence, nous sommes au début d’une phase ascendante du cycle pour notre industrie, comme en témoignent les carnets de commandes et les résultats de la plupart des entreprises dans ce secteur, qu’elles soient actives dans le segment des services aux puits (Schlumberger, Halliburton...), de la sismique (CGG, PGS...) ou du secteur de la production (Technip, Saïpem, JGC, Chiyoda...). Les principaux moteurs de cette croissance sont le recours au gaz lointain (gaz naturel liquéfié ou GNL), la production par grandes profondeurs d’eau, la valorisation de pétroles très lourds (comme les sables asphaltiques ou les schistes bitumineux), le raffinage et la pétrochimie de base : donc, en résumé, tout ce qui concourt à la production d’hydrocarbures non conventionnels et tout ce qui permet de faire face aux besoins croissants de l’humanité en produits pétroliers et en bases pétrochimiques. Il est intéressant d’observer que, dans son segment d’activité, Technip est la seule ingénierie mondiale à être bien positionnée sur l’ensemble des marchés en plus forte croissance, qu’il s’agisse d’offshore (plates-formes de production, conduites sous-marines) ou d’onshore (GNL, huiles lourdes, raffinage, pétrochimie). Ce positionnement, bâti patiemment au cours de ces dernières années, se révèle aujourd’hui un avantage stratégique majeur.

Quelle part de votre activité réalisez-vous en Chine ? Travaillez-vous avec les pétroliers chinois ? Quels sont vos projets dans le pays ?

Technip a de longue date initié sa stratégie de développement en Chine, en créant un joint-venture local avec un des principaux instituts d’ingénierie chinois, en développant son implantation à Shanghaï (où notre filiale compte aujourd’hui près de 500 collaborateurs) et en nouant un partenariat stratégique avec Sinochem. Nous sommes de ce fait aujourd’hui très bien placés pour tirer avantage de l’extraordinaire développement du marché chinois.

Acceptez-vous des contrats dans des pays sensibles tels que l’Iran, l’Irak, le Nigeria ou encore le Venezuela ?

A l’exception de l’Irak où nous avons cessé de travailler depuis le conflit du Koweït, nous sommes actifs dans tous les autres pays ayant un fort potentiel pétrolier et/ou gazier, comme notamment l’Iran, le Nigeria ou le Venezuela. Pour tous les projets réalisés dans ces pays, nous prenons toutes les précautions utiles pour protéger les intérêts de nos actionnaires, notamment en matière de sécurisation des paiements.

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