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CAROLINE DE MALET | Le Figaro le 23.10.2007

Davantage de CO2 dans l’atmosphère que prévu

mardi 23 octobre 2007 par Caroline de Malet
La hausse accélérée du dioxyde de carbone s’explique par la baisse de l’efficacité énergétique et une capture réduite par les océans et la végétation.

MAUVAISES nouvelles pour la planète sur le front du CO2. La teneur en dioxyde de carbone dans l’atmosphère a augmenté de 35 % entre le début des années 1990 et la période 2000-2006, passant de 7 à 10 milliards de tonnes de gaz carbonique par an, si l’on en croit les résultats d’une étude publiée par une équipe de chercheurs internationaux dans les Proceedings of the National Academy of Sciences.

Le grand responsable de cette augmentation ? La croissance économique, à laquelle on impute les deux tiers de ce dérapage. Quelque 17 % de cette hausse de la teneur en dioxyde de carbone dans l’atmosphère est par ailleurs à mettre sur le compte de la stagnation de l’efficacité énergétique au niveau mondial. Depuis une trentaine d’années, ce paramètre ne cessait de s’améliorer. Or, depuis 2000, on ne constate plus aucune amélioration. « Depuis 2000, l’intensité énergétique moyenne en carbone s’est détériorée, autrement dit a augmenté, et aucune région ne montre de signe encourageant à cet égard », s’inquiète Pep Canadell, directeur exécutif du Projet global sur le carbone, qui a mené ces travaux. Certaines régions industrialisées, comme le Japon ou l’Europe des Quinze, se situent même en deçà des prévisions. Les États-Unis sont, eux, en ligne avec ce qui était prévu.

Les pays en développement tirent naturellement le bilan vers le bas. « La substitution du gaz naturel et du pétrole par le charbon, surtout en Chine, participe grandement de ce phénomène », explique Corinne Le Quéré, chercheuse à l’université d’East Anglia et au British Antarctic Survey, et coauteur de l’étude.

Rejets polluants

Mais qu’on ne se méprenne pas sur ces chiffres, qui pourraient être utilisés par certains pays industrialisés, comme les États-Unis, pour se défausser de leur reponsabilité planétaire dans la lutte contre le changement climatique. Et Michael Raupach, chercheur au CSIRO australien et coauteur de l’étude, de remettre les pendules à l’heure : « Les pays industrialisés, qui représentent seulement 20 % de la population mondiale, sont responsables de 60 % des émissions actuelles et de 80 % du cumul de celles rejetées depuis le début de la révolution industrielle. Or ces rejets polluants accumulés depuis des années sont la principale cause du changement climatique. »

Les 18 % restants responsables de cette augmentation de la teneur en dioxyde de carbone dans l’atmosphère sont liés à un déclin de la capacité d’absorption des gaz à effet de serre par les forêts et les océans, selon cette étude. « Il y a cinquante ans, pour chaque tonne de CO2 émise, 600 kilogrammes étaient éliminés naturellement. En 2006, seuls 550 kg ont été éliminés par tonne et ce chiffre diminue », affirme Pep Canadell. Le CO2 est ainsi moins capturé par les océans et la végétation, dont le rôle est prépondérant puisqu’ils absorbent chacun un quart des émissions de carbone à l’échelle de la planète.

« La moitié du ralentissement de ces puits de carbone vient du rôle moindre joué par l’océan austral », explique l’océanographe Corinne Le Quéré (voir ci-dessous).

Le stress hydrique et les sécheresses à répétition qui sévissent depuis quelques années contribuent également à accélérer les rejets de CO2 dans l’atmosphère, sans que ce phénomène soit pour autant quantifié. Car lorsque les précipitations sont insuffisantes, les forêts, au lieu d’absorber du carbone, ont au contraire tendance à en recracher. Il ne s’agit pour l’instant que de suppositions, mais pendant la vague de chaleur de l’été 2003 on avait bien assisté à un dégazage de CO2.

Ces résultats obligent à une révision à la hausse des prévisions du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec). Ce dernier a bien expliqué dans son rapport de janvier dernier que le ralentissement du rôle joué par les puits de carbone n’avait pas été pris en compte par les modèles climatiques et qu’il convenait de ce fait d’ajouter aux projections de température à l’horizon 2100 une hausse de 0,1 à 1,5 °C. « Il faut viser le haut de la fourchette », en déduit donc Corinne Le Quéré.

Dans ce contexte, la stabilisation de la concentration en gaz à effet de serre dans l’atmosphère va s’avérer encore plus ardue que prévu. Aussi le protocole de Kyoto, qui a fixé en 1997 pour objectif de ramener en 2012 les émissions de gaz à effet de serre de la planète à un niveau inférieur de 5 % par rapport au niveau de 1990, semble-t-il relever de plus en plus de la gageure.

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