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Un article de Catherine MAUSSION paru dans Libération le 20 mai 2005

« De 7 h 30 à 21 heures », 6 jours sur 7

vendredi 20 mai 2005 par Catherine MAUSSION

Jean-Jacques Rios, 22 ans, célibataire, est l’un des 150 salariés portugais détachés chez Constructel pour travailler sur les lignes de France Télécom en Poitou-Charentes. Depuis huit jours, il est revenu chez lui, à Silvares, au Portugal, où nous l’avons joint.

Quand Viatel, une grosse boîte portugaise de travaux publics, a balancé ses annonces, en août, il n’a pas hésité : « On proposait de me détacher en France, chez Constructel, pour 900 euros par mois. Plus 550 euros pour les frais d’alimentation et 225 euros pour les déplacements. Ici, le salaire, c’est 400 euros par mois. » Pour ce prix, il est logé. Constructel a loué des maisons : « Une à Saintes, une autre à Cognac, une troisième à Angoulême. » Pour les congés, « on m’a dit que tous les trois mois, j’aurais une semaine pour rentrer chez moi ». Sa mission : « construire des abonnés », c’est-à-dire tirer une ligne de téléphone depuis le répartiteur jusque chez l’abonné. Comme il est parfaitement bilingue ­ ses parents, enfants d’immigrés portugais, ont été élevés en France, mais sont revenus depuis quelques années pour leur retraite au pays ­, il fait aussi « des déclarations d’intervention, et des attachements d’abonnés », c’est-à-dire du travail administratif dans le bureau régional de Constructel, à Saintes. A son arrivée, en septembre, ils sont trente comme lui, à sillonner les Charentes. « Au début, cela me plaisait. » Ensuite, beaucoup moins : « Je commençais à 7 h 30 et je finissais à 21 heures. On faisait parfois jusqu’à 400 kilomètres dans la journée. On travaillait aussi le samedi. Le dimanche, on allait à la laverie. » Aujourd’hui, dans les Charentes, ils ne sont plus que douze, le contrat avec France Télécom est fini : « A cause du mauvais travail. Trop de rendez-vous loupés avec les abonnés. La faute aux kilomètres à faire sur les routes. »

Il y a un mois, Jean-Jacques a craqué : il est retourné à Silvares pour un week-end de quatre jours, sans le feu vert de l’employeur. « Quand je me suis présenté, lundi, on m’a dit : "Mercredi, tu retournes au Portugal." » Du coup, Jean-Jacques est allé voir les syndicats. La CGT va défendre son cas devant les prud’hommes de La Rochelle pour réclamer le paiement des heures supplémentaires. Et obtenir bulletins de paie et contrat de travail. « J’ai signé un contrat mais je n’ai pas reçu le double. Et, pour les bulletins, il faut que je me rende au siège de Viatel, à Viseu », à 180 kilomètres de son domicile. Rapatrié au Portugal, et après huit jours de congés forcés, Jean-Jacques doit rejoindre lundi son prochain lieu d’affectation : à 50 kilomètres de chez lui sur un chantier d’électricité. « J’ai jamais touché à ce boulot-là. »

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