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Un article de Caroline Monnot paru dans Le Monde du 4 octobre 2005

Depuis dix ans, la protestation sociale s’est décentralisée

mardi 4 octobre 2005 par Caroline Monnot

e phénomène se constate depuis une grosse dizaine d’années. Depuis le conflit de l’hiver 1995 contre le plan Juppé sur la Sécurité sociale, les observateurs ont appris à être attentifs aux chiffres de mobilisation des sous-préfectures et chefs-lieux de canton. A évaluer l’importance relative des cortèges traversant des villes comme Pamiers (Ariège), Le Puy-en-Velay (Haute-Loire), Libourne (Gironde), Redon (Ille-et-Vilaine), Sainte-Menehould (Marne) ou Epinal (Vosges).

Pour juger de la profondeur éventuelle d’un mouvement de contestation sociale, le traditionnel défilé République-Bastille-Nation à Paris, celui où se retrouvent les responsables syndicaux nationaux, ne suffit plus, même s’il concentre une grande part de l’attention des médias. L’essentiel se passe en effet ailleurs : dans les métropoles et aussi les villes moyennes de province.

Le constat ne concerne pas uniquement le monde du travail. Ce dernier, en la matière, n’a fait que reproduire une évolution amorcée par les plus jeunes. A l’automne 1995, le mouvement étudiant avait davantage mobilisé dans les facultés de province que dans les universités parisiennes. Il en avait été de même lors des mouvements lycéens du début des années 1990 qui avaient joué le rôle de précurseurs.

Cette "décentralisation" de la protestation sociale s’est confirmée en de multiples occasions. Lors du mouvement des chômeurs de l’hiver 1997 où, en matière de rassemblements et d’occupations d’ANPE et d’Assedic, la province a largement fait jeu égal avec la région parisienne. Comme à l’occasion du conflit du printemps 2003 sur la réforme des retraites. Lors de la journée d’action du 13 mai, la police avait ainsi recensé 1,1 million de manifestants dans toute la France dont 75 000 "seulement" avaient été mis au pot commun par Paris.

CONSOLIDER LA MOBILISATION

Les syndicalistes qui assistent à l’ancrage de ce phénomène n’ont pas d’explication unique. Et multiplient les interrogations : est-ce le résultat de mutations sociologiques lourdes et de la "gentryfication" de Paris et de sa proche couronne ? Est-ce le fruit d’une resocialisation politique de proximité à travers les multiples collectifs locaux (à l’instar de ceux d’Attac) qui ont essaimé dans toute la France au cours des dix dernières années ? Faut-il voir précisément dans la réussite des mobilisations de province une défiance vis-à-vis du pouvoir central, de ses élites concentrées dans une capitale assimilée à la "porte de la mondialisation" comme l’avançait dans nos colonnes (Le Monde du 27 décembre 1995) Gérard Demuth, président de la société de conseil Cofremca ?

Les centrales syndicales s’accommodent en tout cas fort bien de la situation. En début de mouvement, la multiplication des lieux de rassemblement à travers le pays sert à asseoir et à consolider la mobilisation. Et permet désormais d’obtenir plus facilement une affluence certaine. La décentralisation des manifestations présente aussi un avantage budgétaire certain : elle réduit les affrètements de cars et de trains, donc les coûts d’organisation. Une fois qu’un mouvement a pris et s’est installé, la décentralisation des défilés limite enfin les débordements et tempère le pouvoir euphorisant qu’aurait, dans ces circonstances, une démonstration de forces massive à Paris.

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