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Fanny Doumayrou | L’Humanité du 3 avril 2007

Des chèques de solidarité aux grévistes de PSA

mardi 3 avril 2007 par Fanny Doumayrou
automobile . Hier, au 23e jour de grève, les grévistes de Citroën-Aulnay se sont partagé les 90 000 euros des collectes de soutien.

« J’ai déjà averti mon propriétaire que je ne paierai pas le loyer ce mois-ci. C’est dur, mais on ne peut pas arrêter la grève maintenant », raconte Moussa, gréviste à Citroën-Aulnay, après avoir touché son « chèque de la solidarité ». Hier, sur le parking de l’usine, le comité de grève organisait un rassemblement pour distribuer solennellement entre les 550 grévistes l’argent ramassé depuis deux semaines lors des collectes de solidarité, devant les entreprises de la région parisienne, et dans les manifestations. Un total de 90 000 euros, que les grévistes ont décidé de répartir ainsi : 30 euros pour ceux qui ont fait grève moins d’une semaine, 70 euros jusqu’à deux semaines, et 200 euros pour ceux qui ont tenu plus, notamment depuis le début de la grève le 28 février.

Des sommes peu importantes, mais le moral des grévistes tient bon, en ce 23e jour de lutte pour 300 euros d’augmentation, l’embauche des intérimaires, et la retraite à cinquante-cinq ans. « Il y a encore 400 ouvriers en grève, et ce matin nous étions 300 à l’assemblée générale, avec toujours la même détermination », se félicite Jean-Pierre Mercier, délégué CGT. Jeudi dernier, la direction a convoqué une délégation de grévistes pour une « négociation » où elle n’a finalement rien proposé. Hier à 16 heures, elle devait de nouveau les rencontrer. « On ne retourne pas au boulot tant qu’on n’a rien », lance Mustapha, retoucheur dans l’usine depuis 1999. « Il faut que la direction cède, estime Moussa, ouvrier au montage. Mais même si elle ne cédait pas, on n’aurait pas de regrets, car avec cette grève on a tracé le chemin pour les suivants, pour l’avenir. »

« On reprendra dans la dignité, sinon c’est pas la peine, s’emporte Nasire, impliqué dans la grève depuis le premier jour. « Après six ans de travail ici je suis handicapé à 40 % à cause des cadences qui augmentent, du stress. On parle de démocratie mais derrière ces grilles, c’est Guantanamo, il n’y a aucun respect pour les ouvriers. Pour aller aux toilettes il faut appuyer sur un bouton, le moniteur arrive, repart, et revient 20 minutes plus tard pour dire qu’il n’y a personne pour vous remplacer à cause du manque d’effectifs. Je bousille ma vessie pour PSA ! » Un groupe de grévistes d’origine vietnamienne témoigne : « Le patron nous a augmentés de 20 euros, c’est quoi ça ? Un kilo de boeuf ! Avec des loyers de 600 euros, les factures, les enfants, on ne s’en sort pas. »

Après la remise des chèques, les grévistes attendent Ségolène Royal, qui a annoncé le matin même une visite surprise. « Il va y avoir les télés », se réjouit un ouvrier, qui ne se trompe pas puisqu’avec une demi-heure de retard, la candidate PS arrive entourée d’une nuée de journalistes, pour exprimer son soutien à la grève. En attendant que la direction de PSA « se mette à table », les grévistes gardent le rythme : ce matin, ils manifestent devant la préfecture à Bobigny pour demander une nouvelle médiation avec la direction. Par ailleurs, ils prennent contact avec des artistes pour monter le samedi 14 avril un gala de soutien à la grève, toujours à Bobigny.

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