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Un article de Yves Housson paru dans L’Humanité le 18 janvier 2006

Des « emplois vieux » promis aux seniors

mercredi 18 janvier 2006 par Yves Housson
Emploi . Gérard Larcher a confirmé son intention de mettre en place un nouveau contrat précaire pour les chômeurs de plus de 57 ans et de promouvoir le cumul emploi-retraite après 60 ans.

L’ambiance était plutôt froide à l’ouverture, hier, au ministère du Travail, de la réunion du groupe de travail, comprenant des représentants des syndicats, du patronat et du Parlement, chargé de préparer le « plan d’action concerté pour l’emploi des seniors ». Le ministre Gérard Larcher devait présenter un avant-projet du gouvernement et le soumettre à l’avis des partenaires sociaux. Mais, la veille, Dominique de Villepin lui avait volé la vedette en dévoilant les principales mesures de ce plan et en les présentant comme d’ores et déjà retenues. Méthode « inacceptable », comme l’a relevé d’emblée Mijo Isabet, représentante de la CGT. Sur le fond, le document mis sur la table par Gérard Larcher reprend donc les dispositions annoncées par Villepin et qui ont soulevé de vives protestations syndicales. Le gouvernement n’est certes pas avare de bonnes intentions : ce plan, dit-il, « doit avant tout permettre de mettre un terme à l’éviction des seniors du marché du travail et nous donner les moyens de les maintenir ou les ramener à l’emploi - jusqu’au moment de la retraite ». Actuellement, rappelons-le, deux salariés sur trois sont évincés des entreprises avant d’avoir atteint l’âge de la retraite.

statut précaire pour les plus âgés

Pour l’essentiel, la médecine choisie est celle de la précarisation du statut des salariés âgés. À l’exemple du CDD renouvelable (deux fois 18 mois) réservé aux chômeurs de plus de cinquante-sept ans. Un contrat qui « risque de devenir la norme d’emploi » pour l’ensemble des seniors, note la CGT. Le gouvernement se propose aussi de développer de « nouvelles formes d’emploi » atypiques, telles que le portage salarial - qui s’apparente en réalité à du prêt de main-d’oeuvre illicite et du délit de marchandage -, ou le « travail à temps partagé » pour un groupement d’employeurs, en passant allégrement sur la faiblesse des garanties sociales des salariés concernés. Pour les entreprises, nouvel assaut de générosité, il prévoit de « renforcer l’aide dégressive à l’employeur pour l’embauche de chômeurs de plus de 50 ans », et, surtout, de supprimer la « contribution Delalande », taxe réclamée aux sociétés licenciant de salariés de plus de cinquante ans, justifiée par le surcoût occasionné alors pour l’UNEDIC. Cette taxe est, aujourd’hui, la seule contrainte imposée aux patrons pour changer leur politique à l’égard des seniors.

D’autre part, aux fins « d’aménager les fins de carrière », le document contient une série de préconisations visant « à prolonger l’activité au-delà de soixante ans ». Sans craindre de restreindre d’autant les possibilités d’emploi pour les jeunes, dans le contexte d’un chômage massif persistant... Comme Villepin l’a annoncé lundi, la « retraite progressive », c’est-à-dire la poursuite d’un travail à temps partiel après soixante ans tout en bénéficiant d’une fraction de sa pension, serait promue. Les possibilités de « cumul emploi-retraite », dans la mesure où le total des revenus ne dépasse pas le dernier salaire d’activité, seraient étendues pour les bas salaires. Ces dispositions visent, sans le dire, à compenser la baisse annoncée du niveau des pensions. Elles tendent à effacer le repère collectif du droit à la retraite à soixante ans. Relevant en réalité du dossier retraite, elles ne devraient pas figurer dans la discussion sur l’emploi des seniors, souligne Mijo Isabet.

Au regard de ces mesures dangereuses, les quelques points apparemment positifs du document présenté par Gérard Larcher ne font pas le poids, qu’il s’agisse de la généralisation de la pratique des entretiens de deuxième partie de carrière, ou de l’accès, favorisé pour les seniors, à la - validation des acquis de l’expérience. Ce plan devrait être - finalisé début février. Pour la CGT, qui souhaite « une réplique syndicale unitaire » à cette menace de précarisation des seniors, la journée d’action du 31 janvier sera une première occasion pour les salariés de dire leur mot.


Une définition des seniors contestable

Pour le gouvernement, reprenant la norme fixée par l’UE, les seniors seraient « les personnes âgées de 55 à 64 ans » dont, dit-il, « seuls 37,3 % sont en emploi », « loin de l’objectif européen fixé à 50 % pour 2010 ». D’emblée, le débat est ainsi biaisé. C’est dès 50 ans que les seniors commencent à être écartés de l’emploi. D’autre part, et jusqu’à nouvel ordre, l’âge légal du droit au départ en retraite reste fixé à 60 ans... Enfin, mettre la moitié des 55-64 ans « en emploi » ne dit rien de la qualité de ces emplois. La Grande-Bretagne, mieux placée, statistiquement que la France, est une championne des petits « boulots vieux ».

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