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LE MONDE le 23.01.07 | Guillaume Guichard

Des entreprises reviennent en France après avoir délocalisé

mardi 23 janvier 2007 par Guillaume Guichard
Si les délocalisations inquiètent toujours les opinions publiques, notamment en France et aux Etats-Unis, certaines entreprises effectuent, discrètement, le mouvement inverse. En septembre 2006, Samas, société néerlandaise, numéro un européen de l’ameublement de bureau, a rapatrié à Noyon (Oise) son activité délocalisée en Chine, près de Canton. Depuis 2000, le groupe y sous-traitait la fabrication de caissons de bureau.

La situation de Samas n’est pas isolée. "On peut estimer à environ une cinquantaine le nombre de relocalisations par an en France... Sur deux millions d’entreprises françaises", analyse Jean-Pierre Chanteau, économiste au CNRS. Le retour est souvent dû à une délocalisation "mal maîtrisée", souligne-t-il.

En 2000, au moment où le marché de l’ameublement est en pleine crise, Samas France, filiale du groupe néerlandais, décide de délocaliser sa production. Le prix d’achat du produit fini proposé par les sous-traitants chinois est de 20 % inférieur au coût de production à Noyon. Un calcul vite fait... mais mal fait. Sur ces 20 %, la moitié est absorbée par les coûts de transport. Et la délocalisation n’évite pas à Samas France un redressement judiciaire en décembre 2004.

A son arrivée en janvier 2005, la nouvelle direction reconsidère la stratégie de sous-traitance. D’abord, la qualité n’est pas au rendez-vous. Ensuite, l’entreprise connaît des problèmes de réactivité. "Nos clients veulent des produits personnalisés sous des délais de quinze jours à trois semaines. C’est intenable avec un sous-traitant à l’autre bout du monde qui ne propose que deux coloris : gris foncé ou gris clair", explique Vincent Gruau, PDG de Samas France. La solution : rapprocher le site de production des clients européens et des bureaux d’études du groupe.

Dans le même temps, l’usine de Noyon tourne au ralenti. "On atteignait le seuil de pérennité du site. Or, il était inconcevable de fermer, nous aurions perdu trop de compétence, explique M. Gruau. Nous avons donc décidé de produire les caissons à Noyon." Grâce à des gains de productivité et à un investissement de près de 400 000 euros, l’écart de coût entre Canton et Noyon est presque effacé. Depuis septembre 2006, le carnet de commandes de l’usine de Noyon est plein.

"MOUVEMENT DE BALANCIER"

Atol, le réseau coopératif d’opticiens, a, lui aussi, reconsidéré sa délocalisation chinoise. Fin 2005, il a rapatrié la sous-traitance de sa ligne de lunettes griffées Ushuaïa. "Il fallait quatre mois pour lancer une nouvelle monture, ce qui est trop long dans la lunetterie, où l’on travaille sur des séries courtes renouvelées fréquemment, explique Philippe Peyrard, directeur général délégué d’Atol. Et nous ne recevions pas ce que nous commandions : les références couleur chinoises sont différentes."

En septembre 2006, Atol a renouvelé pour trois ans son contrat de sous-traitance avec Oxibis, situé à Morbier, dans le Jura. Le surcoût est estimé à 500 000 euros par an, soit 10 euros par paire de lunettes. Le prix d’un positionnement "responsable", sur lequel ce réseau coopératif a bâti une partie de sa communication.

"Délocalisations, relocalisations : c’est un mouvement de balancier permanent pour les firmes qui ne dépendent pas d’un territoire", analyse El Mouhoud Mouhoud, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine. Il cite l’exemple d’une entreprise belge de textile-habillement qui a relocalisé ses unités d’assemblage à Roubaix, en 1997, pour réduire ses coûts de production. La même raison l’avait auparavant poussée à délocaliser cette activité à Bombay (Inde).

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