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Ludovic Tomas | L’Humanité du 08.04.19

Des patrons contraints à la solidarité avec les salariés sans papiers

lundi 21 avril 2008 par Ludovic Tomas
Emploi. La grève ne faiblit pas. Syndicats, associations, partis politiques et certains employeurs somment le gouvernement de régulariser.

Ils ne lâcheront rien. Lancée mardi matin, la grève des travailleurs en situation irrégulière avec occupation d’une quinzaine de lieux de travail dans cinq départements d’Île-de-France est une première en France. Au quatrième jour de la mobilisation, le mouvement rassemble de plus en plus de salariés. « Nous dépassons les 300 personnes », affirme Serge Fargeot, de la CGT-Paris, particulièrement investi au côté des agents de sécurité des magasins Fabio Lucci, en grève, eux, depuis trois semaines. Sans papiers mais également sans salaires depuis plusieurs mois, ils ont décidé, hier, de monter le ton d’un cran en bloquant complètement l’accès à la boutique située dans le 19e arrondissement de Paris.

Au-delà des premiers concernés, la lutte pour la régularisation reçoit un écho largement favorable dans le monde du travail, des milieux militants et, de façon plus générale, dans la population. Pour preuve, les innombrables témoignages de soutien de passants ou clients. Mais aussi le succès du rassemblement organisé dans l’urgence, mercredi après-midi, près du ministère du Travail. Outre l’association Droits devant et la CGT, des représentants de la FSU, de la LDH, de SOS Racisme et du syndicat SUD étaient présents. À cette occasion, Francine Blanche, secrétaire confédérale de la CGT, a révélé que les préfectures de Paris, de l’Essonne et de Seine-Saint-Denis « ont contacté » son syndicat mais que celui-ci exige « des discussions globales avec Xavier Bertrand », ministre du Travail.

Du côté des partis politiques, le PCF, les Verts et la LCR soutiennent fermement les grévistes sans papiers. « Ils sont l’illustration vivante de l’hypocrisie de la politique du gouvernement », a indiqué le parti d’Olivier Besancenot. « Ces personnes sont les délocalisés des emplois non délocalisables », explique de son côté Anne Souyris, porte-parole des Verts. « En exigeant qu’ils soient enfin considérés dans leur statut d’être humain et de travailleur, c’est toute la société dans son ensemble qu’ils font avancer, jusqu’aux travailleurs français qu’un patronat sans scrupule cherche à mettre en concurrence avec eux, parce que sous-payés, parce que taillables et corvéables à merci », estime, quant à elle, Marie-George Buffet, secrétaire nationale du Parti communiste.

Certaines organisations patronales s’expriment même publiquement en faveur d’une régularisation. C’est le cas de l’UMIH, principale organisation dans l’hôtellerie et la restauration. Idem pour le deuxième syndicat de la branche, le Synhorcat (Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs), dont le rendez-vous à Matignon hier a été ajourné. Autre initiative patronale, celle de Johann Le Goff. Dirigeant de l’entreprise de câblage informatique Konex, installée en Seine-Saint-Denis, il tente de fédérer les employeurs dans un réseau appelé Patrons solidaires, afin de créer un groupe de pression. Un élan de solidarité des patrons qui ne peut complètement les absoudre de leur complicité, voire de leur pleine implication dans ce qui s’apparente à de l’« esclavage d’aujourd’hui », comme le dénonce Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT .

Mais la compassion soudaine des employeurs a au moins le mérite de mettre les pouvoirs publics devant leurs responsabilités et leurs contradictions. Et le patronat ne cache pas ses propres intérêts. « Il y a la question des droits de l’homme, de la dignité de nos employés et puis le problème économique à une époque où nous n’arrivons plus à embaucher. Les hommes politiques ne se rendent pas compte du manque à gagner que ça représente pour nous », reconnaît Johann Le Goff. Car, depuis juillet 2007, la loi s’est durcie, imposant désormais aux entreprises d’apporter la preuve que leurs salariés sont en règle.

Une chose est sûre : si la réponse du gouvernement tardait, les acteurs du mouvement ne s’interdisent pas de l’étendre à d’autres régions de France.

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