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Un article de Yves Housson paru dans l’Humanité du 5 avril 2005

Des patrons de choc sourds aux demandes des salariés

mercredi 6 avril 2005 par admin
Les signes de durcissement du patronat se multiplient face à la montée du mouvement social.

Jusqu’où pousseront-ils le bouchon ? De toutes parts, les signes d’une radicalisation des positions et des comportements patronaux se multiplient. La tendance n’est certes pas nouvelle : le lancement de la « refondation sociale », offensive de longue haleine du MEDEF contre tout acquis social, toute législation un tant soit peu protectrice, remonte à 1999. Mais, à l’heure où Ernest-Antoine Seillière tire sa révérence pour prendre la tête de l’organisation du patronat européen (UNICE), rien n’indique le moindre infléchissement de la ligne de fer adoptée sous son règne. Bien au contraire. Dans le secteur privé comme dans le public, les salariés sont remontés, comme on ne l’avait pas vu depuis de longues années, pour la défense de leur pouvoir d’achat ? « Il n’y aura pas de négociation sur les salaires », assène Guillaume Sarkozy, l’un des prétendants à la présidence du MEDEF. Dans la majorité des branches professionnelles, les patrons bafouent la loi en imposant des premiers niveaux de salaires inférieurs au SMIC ? Ne rêvez pas, une mise à niveau est utopique, répond Seillière, pour qui le salaire minimum est « trop élevé ».

Les retraités ne sont pas mieux lotis : il ne faudra pas moins de neuf séances de négociation, dans les régimes complémentaires AGIRC et ARRCO, et une unité sans faille des syndicats, pour amener les hommes du patronat à tout simplement respecter leur signature au bas d’un accord - le b.a.-ba de la démocratie sociale - et accepter de revaloriser les pensions en 2005 du niveau de l’inflation. Neuf séances durant lesquelles ils ont tenté, toute honte bue, de grignoter... 0,2 % d’augmentation, au détriment des retraités. Et la série noire continue. Après plus d’un an et demi de tergiversations, le patronat ouvre, en février, des pourparlers sur la pénibilité du travail et l’éventualité d’un droit au départ en retraite anticipé, comme la loi Fillon de 2003 sur les retraites l’exigeait. Mais, dès la première séance, il affirme son hostilité au principe même du départ anticipé, prétendant, contre toutes les évidences, que la santé, la sécurité au travail « s’améliorent »sans cesse. Et quand la deuxième séance approche, il l’annule, sans autre forme de procès.

Du gouvernement Raffarin, depuis 2002, les patrons ont déjà obtenu, en faveur « des entreprises », plus de mesures qu’ils n’en avaient gagnées sous les précédents, depuis longtemps. Même Seillière a dû l’admettre. Mais cela a encore un goût de trop peu. À la dernière assemblée générale du MEDEF, une autre prétendante à la succession du baron, Laurence Parisot, affiche la nouvelle cible : le Code du travail dans son entier. « La modernité et la liberté d’expression s’arrêtent là où commence le droit du travail », ose-t-elle. À force de répéter que les « entrepreneurs » seraient les garants de l’intérêt général, qu’ils détiennent, seuls, la vérité en matière économique et sociale, que les profits d’aujourd’hui assureraient forcément le bien-être de la société demain, etc., des patrons dérapent, deviennent sourds à l’expression de cette société. Et en viennent parfois à maltraiter les règles élémentaires du droit, de la démocratie. Est-ce un effet collatéral de la course à la présidence du mouvement patronal ? Ou bien signes de fébrilité, trahissant une vive inquiétude devant la montée en puissance d’un mouvement revendicatif profond, de salariés de moins en moins disposés à avaler les dogmes, les « vérités racontées aux enfants » des Seillière et Cie, de plus en plus résolus à réclamer justice ?

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