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L’Humanité | Vincent Defait

Des solutions pour le climat

lundi 29 janvier 2007 par Vincent Defait

L’« écofiscalité », une usine à gaz ?

Nous ouvrons aujourd’hui - et jusqu’au 2 février, dernier jour de la réunion du groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (GIEC) - une série d’articles sur le thème du réchauffement climatique et des principales propositions en discussion pour contrer ou, à tout le moins, freiner le phénomène.

La situation

Dans l’essence, les vêtements et, de façon indirecte, dans les assiettes... Les hydrocarbures sont partout. Problème : leur exploitation dégage des gaz à effet de serre. Comment, dès lors, orienter la production et la consommation vers une utilisation moindre de carbone ? En attendant le pic de production du pétrole et du gaz, prévu pour bientôt et qui promet des hydrocarbures plus chers. Ou en le taxant dès à présent, de façon progressive et ciblée. Cette taxe carbone a été popularisée en France par l’ingénieur Jean-Marc Jancovici, auteur du livre Le plein, s’il vous plaît et membre de l’équipe de Nicolas Hulot. Le but, aux yeux des défenseurs de cette « écofiscalité », est aussi simple à énoncer que complexe à mettre en place : payer le « vrai » coût de l’énergie, avant que le dérèglement climatique et l’épuisement des réserves ne s’en chargent.

Les perspectives

Le but est d’inciter, par le porte-monnaie, à préférer les activités et les biens peu gourmands en carbone. Les énergies nucléaire et renouvelables, peu ou pas émettrices de gaz à effet de serre, auraient alors devant elles de belles années. De substantiels moyens seraient ainsi dégagés pour l’État, qui pourra ensuite les réinjecter dans la construction de bâtiments plus économes en énergie, de lignes de chemin de fer, de transports en commun, la formation à de nouveaux métiers et technologies plus sobres, et toutes sortes d’investissements moins polluants. Pour l’heure, la France préfère ménager des aides fiscales en faveur des énergies renouvelables. Pourquoi pas ? Mais ça n’a jamais fait décroître l’usage des énergies fossiles.

Certains, parmi lesquels les Verts et Ségolène Royal, préfèrent une taxe carbone-énergie qui, pour le nucléaire, serait moins avantageuse qu’une simple taxe carbone. Pour les lobbys patronaux, dont la Chine est l’aiguillon économique et social, la compétitivité française et européenne serait mise à bas. Or, au début de janvier, la Banque centrale de Chine et l’Agence gouvernementale de protection de l’environnement (SEPA) ont annoncé qu’elles accorderont des crédits aux entreprises suivant leurs performances environnementales.

Les limites

Taxer le carbone, c’est augmenter le prix de l’essence pour la voiture, du gaz pour le chauffage, mais aussi des baskets du petit dernier et de la viande pour toute la famille. Les foyers les moins argentés seraient pénalisés quand les plus riches s’en accommoderaient. Du côté des industriels, ceux qui pourront se le permettre paieront pour continuer à polluer.

Faire payer 100 euros la tonne de CO2, par exemple, induit « une hausse de 30 centimes sur le prix du litre d’essence, mais une augmentation de 50 % du prix du gaz pour les foyers et une multiplication par quatre du prix du charbon pour l’industrie », d’après une estimation de l’équipe de Nicolas Hulot. D’où la nécessité de moduler cette taxe suivant les domaines : transports, logement, industrie... Et de la rendre progressive et accompagnée d’une aide particulière aux plus démunis. La droite, de son côté, plaide pour un allégement de la fiscalité sur le travail.

Il faut aussi accompagner cette taxe d’une bonne dose de pédagogie, de patience et de motivation : la proposition de la Commission européenne, en 1991, d’une taxe carbone-énergie n’a jamais vu le jour.

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