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Charlotte Noblet | L’Humanité du 15.11.2007

Deutsche Bahn : la grève se généralise

jeudi 15 novembre 2007 par Charlotte Noblet

Le syndicat allemand des personnels roulants de la Deutsche Bahn a annoncé hier une généralisation à partir d’aujourd’hui de la grève qui touche depuis plusieurs semaines la compagnie publique. Initialement limité au trafic régional, suite à la décision d’un tribunal, le mouvement a, en fin de compte, été autorisé par une autre instance judiciaire sur le fret comme sur les grandes lignes voyageurs. Le syndicat GDL exige des augmentations de rémunérations substantielles (jusqu’à 31 % de hausse) après plusieurs années de gel des salaires et s’oppose à l’entrée en Bourse de la compagnie, programmée pour l’année 2008. La grève commencera dès aujourd’hui midi dans le fret et concernera le trafic passagers à partir de cette nuit. Elle est programmée pour quarante-huit heures jusque dans la nuit de vendredi à samedi. Ce mouvement est le sixième engagé par GDL depuis le début du conflit.

« Si la Deutsche Bahn ne présente pas de nouvelle offre, la direction du syndicat ne sera plus en mesure de résister à la pression de ses syndiqués en faveur d’une grève illimitée », a prévenu hier Manfred Schell, le président de l’organisation. Selon les sondages le mouvement bénéficie toujours d’un taux très élevé de « compréhension » en dépit de la gêne occasionnée, parmi des usagers, souvent confrontés aux aussi à des problèmes aigus de pouvoir d’achat.


« Une grève illimitée n’est pas exclue en Allemagne »

Rail . Maik Brandenburger est porte-parole du syndicat des conducteurs de train allemand.

Les quelque 34 000 membres de la GDL, le syndicat des conducteurs de train et du personnel roulant des chemins de fer allemands, reconduisent la grève pour faire entendre leurs revendications vieilles de plusieurs mois. Cette fois, c’est l’ensemble du réseau ferroviaire qui est paralysé. Maik Brandenburger, dirigeant de la GDL, nous donne son point de vue.

Le trafic sur le réseau - ferroviaire allemand risque d’être fortement perturbé ces prochains jours. Aujourd’hui, les trains de marchandise, demain les trains régionaux et des grandes lignes… Certains évoquent la paralysie générale du réseau allemand pour le week-end. Une nouvelle stratégie de la GDL ?

Maik Brandenburger. Jusqu’à présent, nous avions opté pour le concept de grèves tournantes, tout d’abord avec les trains régionaux puis avec le fret. Mais cela n’a pas suffi à amener la direction de la compagnie de chemin de fer allemande, la Deutsche Bahn (DB), à nous présenter une meilleure convention collective. C’est pour cette raison que nous faisons maintenant monter la pression avec des grèves simultanées sur tout le réseau, qu’il s’agisse du fret, des trains régionaux ou des grandes lignes.

Les grèves menées par la GDL seraient onéreuses à la fois pour la DB, les passagers et les clients. Et pourtant, elles gagneraient en sympathie. Les autres syndicats de la DB qui ont signé des conventions collectives modérées en juillet dernier font-ils preuve de solidarité envers votre organisation ?

Maik Brandenburger. La population fait preuve d’énormément de compréhension envers nos mouvements de grève, cette fois comme les autres. La critique vient plutôt de la direction des autres syndicats de la DB - et notamment de Transnet, le syndicat majoritaire à la DB - qui craignent, paraît-il, que cela ne mène à une scission entre les cheminots allemands. Toutefois, plusieurs membres de ces syndicats ont fait part de leur solidarité avec la GDL. Il semblerait donc que la base approuve le mouvement.

La direction de la DB a dernièrement prié la chancelière Angela Merkel d’appeler les partenaires sociaux à la conclusion d’un accord. Comment interprète-t-on ce geste au sein de la GDL ?

Maik Brandenburger. La direction de la DB a appelé à l’intervention de la classe politique peu après le verdict du tribunal du travail de Chemnitz (Saxe) reconnaissant, le 2 novembre, le droit de grève à notre syndicat sur tout le réseau ferroviaire. Il s’agissait certainement d’un geste de désespoir de la direction…

La GDL avait également invité l’État, en tant que propriétaire de la DB, à intervenir dans le conflit social. C’était il y a déjà quelques mois. Mais, depuis, rien ne s’est malheureusement passé.

Nous restons fermes et ne retournerons à la table des négociations que lorsque la DB nous présentera une convention acceptable. Entendez : une convention collective autonome, une amélioration des horaires de travail et une hausse significative des rémunérations (jusqu’à 31 % pour les rémunérations les plus basses - NDLR).

La GDL est-elle solidaire du mouvement de grève reconductible mené par les cheminots français contre la réforme des régimes de retraite et la privatisation de la SNCF ?

Maik Brandenburger. Si la privatisation se fait sur le dos des cheminots français, c’est leur bon droit de s’y opposer. La GDL coopère étroitement avec quinze autres syndicats au niveau européen, au sein de l’organisme de coordination des syndicats autonomes des conducteurs de trains d’Europe (Autonome Lokomotivführer-Gewerkschaften Europas - ALE). Des échanges sur les différents plans de privatisation envisagés dans plusieurs États membres de l’Union européenne ont déjà eu lieu. Mais, pour l’instant, ce qui se passe en Allemagne, c’est avant tout le renforcement du conflit entre les partenaires sociaux. Si la direction de la DB refuse de prendre en compte nos revendications, une grève totale et illimitée n’est pas exclue.

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