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Un article de Thomas Lemahieu paru dans L’Humanité le 22 novembre 2005

Deux années de mobilisation

mardi 22 novembre 2005 par Thomas Le mahieu
Un appel à une manif à Strasbourg en janvier vient d’être lancé.

La directive sur la libéralisation des services dans l’Union européenne aura beaucoup contribué à la renommée de son auteur, l’ancien commissaire néerlandais au Marché intérieur, Frits Bolkestein, même si elle doit sans doute autant en vérité à Romano Prodi ou encore à Michel Barnier qui, comme le reste de la Commission, l’ont adoptée sans moufter le 13 janvier 2004. Mais rien n’aurait été possible sans la vigilance, en Belgique, des mouvements syndicaux (FGTB, puis CSC) et altermondialistes qui, dès le mois de février 2004, alertaient la Confédération européenne des syndicats (CES) et les réseaux rassemblés dans le processus des forums sociaux sur les dangers. Fin connaisseur des rouages de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de l’accord général sur le commerce des services (AGCS), dont la directive Bolkestein constitue en quelque sorte une déclinaison continentale, le chercheur militant Raoul-Marc Jennar est, au même moment, l’un des premiers à décortiquer précisément le projet envoyé par la Commission au Parlement européen. À deux reprises, dès le printemps 2004, les rues de Bruxelles s’offrent aux manifestants belges contre cette opération de démantèlement des services publics et contre la course folle aux délocalisations que pourrait entraîner ce pas supplémentaire de libéralisation sans harmonisation sociale et fiscale. Début juin, au lendemain d’un de ces défilés (passés complètement inaperçus dans la plupart des journaux français) et à quelques jours des élections européennes, l’Humanité titre à la une sur ce « Missile Bolkestein » contre le « modèle social européen ».

En quelques mois, peu à peu, la directive, élaborée par la Commission dans le cadre des traités compilés au sein de la troisième partie de la constitution européenne et donc parfaitement compatible avec le projet soumis au référendum en France, devient un texte que plus personne n’ose défendre... En dehors de Frits Bolkestein lui-même qui, en avril dernier, viendra à Paris lancer les aventures de l’expression « plombier polonais ». Dans l’Hexagone, les partisans du « oui » tentent, non sans maladresse, de dresser la constitution européenne contre la « directive Bolkestein » : par exemple, en janvier 2005, c’est dans l’Humanité que le socialiste Dominique Strauss-Kahn choisit de condamner le projet. Au sommet européen des 22 et 23 mars, les chefs d’État et de gouvernement la balaient purement et simplement sous le tapis : elle est « enterrée », tente-t-on de faire croire aux électeurs français. Quelques jours plus tôt, le 19 mars, une euro-manif à l’appel de la CES et des mouvements altermondialistes a rassemblé près de 100 000 personnes pour le « retrait » du texte, et au Parlement européen, à l’initiative du groupe GUE-GVN et des ATTAC d’Europe, élus, syndicalistes et altermondialistes jettent les bases d’un réseau très large contre la directive.

Après le double « non » à la constitution européenne en France et aux Pays-Bas, la directive Bolkestein, pourtant emblématique du néolibéralisme dans l’Union, battue dans les urnes, réapparaît. Après une mobilisation européenne en demi-teinte le 15 octobre (une manif réussie à Rome et un meeting bondé à Paris, mais c’est tout), les réseaux européens pour une « autre Europe » relancent la mobilisation et proposent d’appeler, dans leur diversité, le mouvement syndical et altermondialiste, les organisations politiques, à converger dans une manifestation contre la directive Bolkestein le 14 janvier 2006 à Strasbourg, à la veille du débat en plénière au Parlement européen.

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