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Article de Patrick Le Hyaric paru dans L’Humanité du 2 octobre 2006

Deux questions supplémentaires sur la privatisation de GDF

lundi 2 octobre 2006 par Patrick Le Hyaric

Le premier ministre avait présenté il y a plusieurs mois la fusion GDF-Suez, comme une priorité nationale absolue. Il s’agissait, selon ses dires, d’empêcher une offre publique d’achat hostile du groupe italien ENEL sur Suez. Pour protéger un groupe privé, il fallait sacrifier sur le champ une entreprise publique, en la privatisant, au lieu de s’atteler à la création d’un pôle public de l’énergie avec EDF. Cette privatisation restera emblématique du renie- ment de la parole du gouvernement de droite et des députés de l’UMP qui avaient juré, la main sur le coeur, que l’État conserverait les trois quarts du capital de GDF. Ces mêmes députés ont voté l’abaissement de la participation de l’État dans GDF à 34 %. D’autre part, plutôt que de développer une coopération fertile au service de l’intérêt général avec EDF, la droite crée un concurrent à EDF, au risque de déstabiliser cette grande entreprise nationale. Et elle crée un monopole privé du gaz.

Pour rentabiliser leurs actions, les futurs actionnaires du nouveau groupe en gestation ne manqueront pas d’exiger des réductions d’emplois et une augmentation des tarifs de l’énergie. De quel droit les seuls députés UMP peuvent-ils, à la veille des échéances électorales nationales, s’attaquer à l’une de nos entreprises publiques alors qu’une large majorité du peuple a voté contre de tels projets lors du référendum sur la Constitution européenne ?

Au-delà, on peut maintenant se demander si nous n’assistons pas à une tromperie de grande ampleur. Au moins deux autres questions graves sont posées. Elles interpellent jusqu’aux parlementaires de l’UMP. Première question. Le gouvernement est passé d’un argumentaire sur la nécessité de privatiser GDF pour préserver Suez à un autre. Le 26 septembre au soir, le ministre de l’in- dustrie, François Loos, déclarait à l’Assemblée nationale : « Il s’agit de permettre à GDF d’ouvrir son capital afin de se développer sans s’endetter [...]. Cela n’empêche en rien d’envisager ensuite d’autres partenaires que Suez. » Qui ? ENEL ? Gazprom ? La cage est ouverte pour les vautours.

Et le maintien à 34 % de la participation de l’État dans le capital de GDF ne constitue en rien une garantie : les exemples de Renault, France Télécom, Air France, montrent à quel point la prétendue garantie dite de « la minorité de blocage », qui permet à l’État de conserver une partie du capital des entreprises privatisées, n’est que chiffon de papier.

La guerre économique sans précédent impulsée par le capitalisme financier mondialisé déstabilise toujours plus le capital des entreprises. Qui aurait pu penser il y a quelques années que la sidérurgie française deviendrait propriété de Mittal, que Renault deviendrait propriété de fonds de pension, qu’Alcatel serait entre les mains de l’américain Lucent ?

Qui aurait cru que des capitaux russes accapareraient subrepticement, en l’espace d’un week-end, une partie du capital d’EADS ?

Derrière ces mécanos capitalistes, combien de chômeurs supplémentaires ?

Combien d’an- goisses, de souffrances, de vies brisées ?

Tout le monde sait que le nouveau groupe énergétique privé pourrait demain être racheté par des groupes prédateurs étrangers. Le main- tien d’un tissu industriel solide et son développement coordonné à l’échelle mondiale, la création et la sécurisation des emplois appellent un double saut révolutionnaire : d’une part, une appropriation publique et sociale d’un certain nombre de grands secteurs indispensables au développement économique et au progrès social ; d’autre part, des pouvoirs nouveaux d’intervention des salariés sur la gestion de leur entreprise.

Seconde question. La presse économique fait état avec étonnement depuis quelques jours du ralliement tardif du baron Albert Frère, majoritaire dans le capital de Suez, au projet de fusion-privatisation de GDF-Suez. A-t-il reçu des assurances sur la valorisation de l’action Suez en cas de fusion avec GDF ?

A-t-il été décidé de transférer des milliards d’euros de GDF vers Suez pour désendetter cette entre- prise ?

Ne va-t-on pas demain utiliser une partie des surplus des recettes de l’État, qui s’élèvent à 5 milliards d’euros, pour aider à réévaluer l’action Suez de façon à obtenir l’ac- cord de l’Assemblée générale des actionnaires de Suez pour ce projet ?

Tout cela sent l’escroquerie ! Il n’est pas trop tard dans chaque circonscription pour interpeller les parlementaires de l’UMP sur leur responsabilité devant l’histoire. Vont-ils à la fois affaiblir la filière énergétique française, mentir sur les objectifs réels de la privatisation de GDF et se rendre complices d’une dilapidation de fonds publics pour satisfaire des actionnaires privés ?

Ne baissons pas la garde !

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