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Déclaration de la CGT du 23 octobre 2006

Dialogue social : Une rencontre "très loin de l’urgence sociale générée par la précarité"

lundi 23 octobre 2006 par Bernard Thibault, Confédération Générale du Travail (CGT)

La rencontre de ce lundi 23 octobre au Medef s’est conclue par la création de trois groupes de travail sur l’assurance-chômage, les contrats de travail, la sécurisation des parcours professionnels. Les travaux devraient s’étaler sur plusieurs mois sans engagement de négociation tout en entérinant le flou sur les objectifs. Dans ces conditions, la Cgt réserve sa décision de participer à ces groupes de travail en attendant de consulter les instances de la confédération.

Après la concertation intersyndicale de ces derniers jours, la délégation de la Cgt s’est efforcée d’obtenir une clarification sur les intentions patronales, notamment leur volonté d’ouvrir ou non des négociations pour faire reculer la précarité du travail et la précarité au travail.

Force est de constater qu’en cherchant à afficher une capacité de dialogue avec les syndicats en période électorale, les organisations patronales continuent de revendiquer de nouvelles flexibilités dont les salariés seraient les premières victimes : l’extension du CNE aux entreprises de plus de 20 salariés, le licenciement "à l’amiable", la fin des 35 heures...

La Cgt a refusé d’approuver le relevé de conclusions à l’issue de la réunion dès lors que l’on est très loin de l’urgence sociale générée par la précarité. Elle a réservé sa décision de participer à ces groupes de travail en attendant de consulter les instances de la confédération.


RENCONTRE ENTRE ORGANISATIONS PATRONALES / CONFEDERATIONS SYNDICALES

Intervention liminaire de Bernard Thibault, secrétaire général de la Cgt

La dernière rencontre de ce niveau remonte à près de 7 ans, ce qui en fait un événement.

La mode à l’époque était à la « refondation sociale ». Je n’épiloguerai pas sur le peu de résultats pour les salariés.

Plusieurs interrogations légitimes viennent donc naturellement à l’esprit à propos de la rencontre de ce matin.

La première d’entre-elles est sans doute : pourquoi une telle réunion et pourquoi maintenant ?

S’agit-il d’une opération médiatique destinée à afficher une capacité de dialogue à un moment où les pouvoirs publics s’intéressent à la question ?

Faut-il occuper le terrain en période de campagne présidentielle pour limiter les ambitions des uns et des autres à se pencher sur la démocratie sociale ?

Nous serons peut être éclairés lorsque nous connaîtrons la nature du mandat dont disposent les organisations patronales. Nous avons décelé, en effet, une certaine improvisation et une absence de cohérence puisque nous sommes invités à la seule initiative du Medef.

La Cgt est présente, aujourd’hui, pour obtenir un cadre de véritables négociations se donnant pour objectif de faire reculer la précarité du travail et la précarité au travail.

Plusieurs déclarations récentes, concernant le licenciement à l’amiable ou la remise en cause des 35 heures, permettent de douter que nous soyons sur la même longueur d’ondes s’agissant des réformes à entreprendre.

L’année 2006 restera marquée par un mouvement syndical exceptionnel qui a mobilisé plusieurs millions de salariés et de jeunes étudiants et lycéens pour empêcher le CPE de voir le jour et, plus largement, pour contester le fait que l’insécurité sociale soit une fatalité !

Avec les autres confédérations, nous voulons obtenir la disparition du Contrat nouvelle embauche. La faculté donnée aux employeurs de pouvoir licencier sans motif valable demeure inacceptable.

C’est dire que la période n’est certainement pas à chercher à faire rentrer par la fenêtre ce qui a été rejeté par la grande porte.

La note du Medef du 20 septembre entretient des ambiguïtés sur les objectifs et la méthode. Il faut donc clarifier les choses.

Tout d’abord sur l’objectif : ce sont bien des négociations interprofessionnelles qui doivent être à l’ordre du jour.

Ensuite, sur la hiérarchie des thèmes à aborder, nous préconisons de travailler en 3 étapes successives.

1ère étape : une confrontation des diagnostics sur la précarité au travail et ses causes. Elle frappe des millions de salariés. Elle mine la société française. Elle entrave le développement économique et le progrès social. C’est donc une priorité.

Naturellement, l’examen des différents types de contrats de travail devra occuper une place importante dans ce diagnostic. Il y a aussi une série de questions structurelles comme l’organisation du travail, les rapports entre les donneurs d’ordre et sous-traitants, des éléments de politique fiscale et sociale, etc. qui sont autant d’actions participant à la précarité et qui doivent être analysées.

2ème étape : les revendications syndicales.

Elles existent mais ne sont jamais examinées. Plusieurs confédérations syndicales de salariés visent un statut du travail salarié rénové qui devra disposer, selon nous, d’une sécurité sociale professionnelle.

Cela suppose que les employeurs acceptent de concevoir un cadre de droits cumulables et transférables tout au long de la carrière interprofessionnelle ce qui, pour l’instant, n’est pas à la mode dans la culture patronale.

Ce doit être, pourtant, le centre des futures négociations.

3ème étape : Logiquement, il faudra, à ce moment là, en tirer un certain nombre de conclusions cohérentes s’agissant des contrats de travail, du système d’indemnisation du chômage.

Un programme de négociations, pour être crédible, doit aussi disposer d’un calendrier. Nous savons, d’expérience, la capacité qu’il y a parfois à vouloir discuter sans fin ou à ne pas vouloir conclure une négociation.

C’est le cas en ce moment pour la négociation censée répondre au besoin de reconnaître la pénibilité au travail.

Nous suggérons donc qu’un bilan d’étape soit d’ores et déjà programmé avant la fin de l’année 2006. Il permettra d’évaluer les approches respectives et les chances de réussite du processus défini aujourd’hui.

Une dernière remarque pour conclure.

Le Medef revendique un changement de la Constitution pour faire reconnaître l’autonomie de la négociation face au législateur. Nous sommes opposés à cette perspective. Vous avez cependant toute latitude pour démontrer que les employeurs sont disposés à négocier avec les syndicats et à produire du progrès social au travers d’accords pouvant obtenir un soutien unanime.

Je ne vois pas qu’elle candidate ou candidat à l’élection présidentielle pourrait s’en plaindre.

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