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article de Hervé Rousseau paru dans Le Figaro le 15 avril 2006

Dividendes historiques pour les stars du CAC

samedi 15 avril 2006 par Hervé Rousseau
Les 40 premières entreprises françaises devraient verser plus de 31 milliards d’euros à leurs actionnaires au titre de 2005.

NOUVELLE preuve du dynamisme des grandes entreprises française : « En 2006, les sociétés du CAC 40 devraient verser plus de 31 milliards d’euros sous forme de dividende au titre de 2005, soit environ 35% de mieux que l’an dernier », selon Pierre Sabatier, stratège chez Facset JCF. Une performance au moment où la croissance du produit intérieur brut de la France plafonne à 1,4%. Preuve également que les géants français savent désormais capter la croissance là où elle se trouve. La palme du plus gros dividende revient d’ailleurs toujours à Total, groupe qui réalise 95% de ses ventes hors de France. Le pétrolier a décidé de reverser à ses actionnaires près de 4 milliards d’euros, plus fort dividende jamais versé par une entreprise française.

Surprise, en revanche, à la deuxième marche du podium, occupée désormais par France Télécom, avec 2,6 milliards d’euros. BNP Paribas se trouve relayé à la troisième place avec la bagatelle de 2,18 milliards d’euros ! Suivent Sanofi Aventis (2,13 milliards) et Société générale (1,95 milliard). Ces cinq groupes devraient ainsi verser près de 13 milliards d’euros à leurs actionnaires, et les dix premiers environ 20 milliards.

L’envolée des indices pouvait faire craindre une chute de la rentabilité. Il n’en a rien été. Dans leur ensemble, les sociétés du CAC offrent un rendement sur dividende de 2,7% (au 1er janvier 2006). Les chefs d’entreprise ont bien compris tout l’intérêt qu’ils avaient à se montrer généreux. Ainsi France Télécom, placé dans un secteur délaissé par les investisseurs, tente de fidéliser ses actionnaires avec un coupon en hausse de 108% et un rendement de près de 5%.

37,5% des bénéfices redistribués

Mieux encore, Arcelor offre actuellement un rendement de 5,73%, selon Facset JCF. Les plus forts rendements se trouvent ensuite chez les financières, dont les profits explosent littéralement : Société générale (4,33%), AGF (4,30%) ou encore BNP Paribas (3,80%). Autre nouveauté, désormais tous les groupes du CAC versent un dividende. Cap Gemini, qui était l’an dernier avec Alcatel la seule société de l’indice à ne pas récompenser ses actionnaires, fait un premier pas, avec 0,50 euro par action. C’est bien peu face aux 6,48 euros de Total ou aux 3,85 euros d’Air liquide, mais c’est le signe d’un retour à une meilleure santé financière. Résultat, le groupe récolte les faveurs des analystes et le titre fait un bond de 24% depuis le 1er janvier.

Au total, les actionnaires obtiennent 37,3% des bénéfices 2005, contre 35% en 2004. Et ce n’est visiblement pas fini. Pour 2006, les analystes attendent une croissance moindre des bénéfices, de l’ordre de 5 à 6% (contre 25% en 2005). Mais, pour Pierre Sabatier, les sociétés devraient compenser en distribuant une part encore plus importante du gâteau. « La part des bénéfices revenant aux actionnaires devrait passer à près de 40% en 2006, et les dividendes devraient augmenter d’environ 11%. »

Cette politique de distribution généreuse n’est pas exempte d’arrière-pensées. En effet, « la distribution d’un copieux dividende reste l’un des meilleurs moyens de protéger son cours des accès de faiblesse du marché », explique de son côté Pierre Chevallier, responsable des actions à la Française des placements.

Une arme contre les prédateurs

Le dividende devient alors une arme efficace contre d’éventuels prédateurs. Impossible, en effet, de ne pas rapprocher cette politique généreuse de distribution du spectre des OPA. Les actionnaires d’Arcelor, peu habitués à tant de générosité, vont ainsi recevoir un dividende en progression de 85%, alors que le groupe se retrouve sous la pression d’une offre hostile du géant Mittal Steel. De même, Danone a porté son dividende à 1,70 euro (+ 26%), « une réponse ferme aux spéculations autour de son indépendance », note l’analyste d’Aurel Leven.

Cette course à la rémunération a néanmoins ses limites. Pour l’heure, « la faiblesse des taux, la croissance des bénéfices et des cash-flows ont permis de doper la rentabilité financière », constate Pierre Chevallier. Mais « avec des bénéfices qui plafonnent et la reprise des fusions-acquisitions, il va nécessairement falloir opérer des choix », prévient Pierre Sabatier. Ces choix seront plus ou moins douloureux selon les secteurs. Pour lui, « les groupes de télécom, délaissés par les investisseurs, doivent impérativement rémunérer le risque ». En revanche, « dans des secteurs comme l’énergie ou la banque, qui font face à des marchés domestiques saturés, la croissance externe peut se révéler vitale ».

Mais, là encore, croissance externe et rendement ne font pas forcément mauvais ménage. Un groupe comme Total , né d’une importante fusion, en a déjà apporté la preuve. Le groupe a continué à verser de copieux dividendes tout en multipliant les rachats d’actions. L’an dernier, entre dividende (3 milliards) et rachat d’actions (3,4 milliards), il a reversé plus de 6,4 milliards à ses actionnaires. Il en va de même pour BNP Paribas ou Société générale. Deux groupes qui distribuent de beaux dividendes, multiplient les rachats d’actions et cela sans abandonner la croissance externe. Enfin, dans le cadre de son projet de fusion avec Gaz de France , Suez compte verser un dividende exceptionnel de 1,25 euro.

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