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Dominque Rodriguez | L’Humanité du 2 mars 2007

Dr Bernard Pécoul : « Le médicament considéré comme un bien public »

vendredi 2 mars 2007 par Dominique Rodriguez
Entretien avec le directeur du DNDI, fondation créée par Médecins sans frontières, à l’origine du projet de nouveau médicament contre le paludisme.

Ancien directeur exécutif de Médecins sans frontières (MSF), puis directeur de la campagne internationale de cette ONG pour l’accès aux médicaments essentiels, Bernard Pécoul dirige depuis 2003 la Drugs for Neglected Diseases Initiative (DNDI, Médicaments pour les maladies négligées). Basée à Genève, cette fondation, une émanation de MSF, est à l’origine du lancement de l’ASAQ, le nouveau médicament contre le paludisme.

Au-delà de la lutte contre le paludisme, quels sont les enjeux liés à la sortie de ce nouveau médicament ?

Bernard Pécoul. Le principal enjeu est d’avoir montré que l’on pouvait mettre au point un produit original et innovant à un prix coûtant, en renonçant à déposer un brevet, avec des partenaires publics, une petite entreprise de biotechnologie, et un laboratoire aussi puissant que Sanofi-Aventis. Nous avons lancé un nouveau médicament en le considérant comme un bien public. C’est une démarche originale.

Pourquoi un laboratoire privé comme Sanofi-Avantis a-t-il renoncé à faire des profits sur l’ASAQ ?

Bernard Pécoul. Comme nous sommes arrivés vers eux avec le produit, nous étions en bonne position pour négocier. Ils n’avaient pas besoin d’un retour sur investissement puisque des fonds publics européens et de Médecins sans frontières ont été utilisés pour la mise au point de l’ASAQ. Ensuite, je pense qu’ils étaient intéressés par le paludisme. Cela leur permettait d’amener un médicament en Afrique. C’est intéressant pour leur présence et leur image sur ce continent.

Cette nouvelle façon de procéder, ne pas breveter un médicament innovant, peut-elle changer la donne dans l’industrie pharmaceutique ?

Bernard Pécoul. En ce qui concerne l’ASAQ, nous avons fait un travail de recherches de cinq ans sur un produit déjà existant. Si nous voulons changer la donne sur quelque chose de totalement nouveau, il faudra le faire dès le début, soit huit à dix ans avant la mise sur le marché du produit. Pour que les conditions soient acceptées à la fin du processus, sur le prix par exemple, il faut qu’elles soient posées le plus tôt possible.

Est-ce que le bras de fer perdu en 2001 par 39 laboratoires pharmaceutiques contre l’Afrique du Sud à propos de l’utilisation de génériques contre le sida a changé l’attitude de ces multinationales à l’égard des pays pauvres ?

Bernard Pécoul. Totalement. C’est parce qu’il y a eu ce procès perdu en Afrique du Sud que Sanofi-Aventis est clairement entré dans notre projet. Ils ont compris qu’il y avait eu une prise de conscience mondiale. Je suis convaincu que ce qui s’est passé en 2001 a créé un environnement différent. Et il faut que cela continue à changer dans ce sens.

Cette première collaboration à ce niveau entre des partenaires publics et privés va-t-elle se répéter ?

Bernard Pécoul. Il faut suivre ce modèle de collaboration pour d’autres maladies comme la tuberculose ou la maladie du sommeil afin que l’on puisse parler plus souvent de success story.

Entretien réalisé par D. R.

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