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Article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 1 aout 2006

EDF, qui souffre de ses sous-investissements passés, est obligé d’importer

mardi 1er août 2006 par Jean-Michel Bezat
Pourquoi EDF, grand exportateur d’électricité vers les pays européens (95 TWh en 2005), a-t-il besoin d’en importer en période de canicule ? Pour pouvoir assurer les exportations prévues et répondre à une consommation en hausse de 3 % par rapport à un mois de juillet normal, le groupe a récemment annoncé qu’il avait dû acheter de manière préventive 2 000 MW sur les marchés de gros pour assurer un bon équilibre entre l’offre et la demande. Et à des prix élevés : le PDG d’EDF, Pierre Gadonneix, a reconnu qu’ils s’échelonnaient de 100 à 160 euros par MW/h, soit deux à trois fois plus cher que la moyenne du marché au jour le jour.

L’augmentation de la consommation est surtout due à "l’utilisation accrue des systèmes de ventilation et de climatisation", a expliqué RTE, la filiale d’EDF chargée des lignes à haute tension et de l’équilibre entre offre et demande.

"Pendant quinze ans, nous avons passé ces pics sans encombre. Aujourd’hui, les importations traduisent la fin du suréquipement en centrales, même si EDF continue d’être exportateur sur l’année", explique Bernard Dupraz, directeur général adjoint responsable du parc de production.

Cette insuffisance des capacités est particulièrement sensible lors des pics de demande (1 000 heures par an sur un total de 8 760 heures), en hiver comme en été.

En pleine canicule, tandis que la demande augmentait, l’exploitation d’une partie des 58 réacteurs nucléaires a été freinée par la sécheresse : certains des 44 réacteurs situés au bord des fleuves ont dû tourner plus lentement ou s’arrêter, obligeant EDF à mobiliser davantage les 14 réacteurs de bords de mer. "Depuis plusieurs jours, ce sont 9 000 MW de manque à produire", a calculé M. Dupraz.

Car pour protéger la faune et la flore qui souffrent déjà du manque de débit des cours d’eau, les centrales situées au bord des fleuves n’ont pas le droit d’y rejeter l’eau des circuits de refroidissement afin de ne pas accroître une température déjà élevée. Le gouvernement a cependant autorisé EDF - "de façon temporaire et exceptionnelle" - à prélever et à restituer l’eau de refroidissement de trois centrales à des températures légèrement supérieures aux normes en vigueur. Le groupe assure, lundi 31 juillet, qu’il n’a pas encore usé de ce droit.

Cette situation "tendue" s’était déjà produite lors de la sécheresse de 2003 et les centrales avaient pu rejeter de l’eau un peu plus chaude qu’à l’ordinaire dans les fleuves. Sans dommage, assure EDF.

"Nous avons des dispositifs permanents de surveillance de la faune et de la flore. Ils sont renforcés en cas de forte chaleur, indique M. Dupraz. En 2003, un comité scientifique mis en place par le ministère de l’écologie avait conclu qu’il n’y avait eu aucun impact sur l’environnement."

Pour le réseau Sortir du nucléaire, EDF est en fait "dans l’incapacité de fournir un bilan exact des conséquences des dérogations données pendant la canicule 2003".

Une incapacité due, selon le mouvement, "à une stratégie qui consiste à faire des études inappropriées ou insuffisantes, afin... de ne rien trouver de problématique". Ces difficultés d’EDF, insiste-t-il, sonnent surtout le glas du nucléaire, qui serait "condamné par le réchauffement climatique". Le parc nucléaire "sera de plus en plus souvent mis en grande difficulté".

Greenpeace juge pour sa part que la politique du tout nucléaire (80 % de la production électrique française) "a créé un colosse aux pieds d’argile". Il est temps, selon l’association, de "diversifier nos sources d’énergie" et de "développer l’efficacité et la sobriété énergétiques". Les deux mouvements en profitent pour réitérer leur hostilité à l’EPR de Flamanville (Manche) en 2012, et au projet international de réacteur de fusion thermonucléaire ITER.

Pour les dirigeants d’EDF, ces pics de la demande posent d’abord la question de l’adaptation du système de production et de la sécurisation de la fourniture d’électricité. "La France est le pays d’Europe qui a la plus forte sensibilité aux écarts climatiques, que les températures soient à la hausse ou à la baisse. D’où des difficultés lors de phénomènes climatiques extrêmes", constate Philippe de Ladoucette, le président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

EDF a dû importer du courant de Suisse, mais aussi d’Italie. Depuis le black-out de septembre 2003, ce pays a beaucoup investi, notamment dans des unités au charbon et au gaz, plus adaptées que les centrales nucléaires pour passer les périodes de pointe. EDF qui n’avait pas investi depuis quinze ans dans de nouvelles centrales, veut rattraper son retard sur tous les types de production.

"Mais la priorité de nos investissements va à la production de pointe", explique M. Dupraz, assurant qu’"il vaut mieux produire nous-mêmes qu’acheter". D’ici à 2008, EDF relancera trois centrales et en construira une quatrième pour accroître sa puissance installée de 3 100 MW. Viendra ensuite un projet de grosse centrale au gaz (900 MW) à Martigues (Bouches-du-Rhône), dont la mise en service est prévue en 2010. Deux ans avant celle de l’EPR (1 650 MW).

La France n’est pas isolée. Pour répondre à une demande croissante d’électricité, l’Europe (des Quinze) devra investir 500 milliards d’euros dans les quinze prochaines années. L’équivalent d’une centrale au gaz de 400 MW par semaine ou d’un EPR de 1 650 MW chaque mois !

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