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Pierre-Henri Lab , OLIVIER MAYER | L’humanité du 23.10.2009

EDF réprime les grévistes pour l’exemple

vendredi 23 octobre 2009 par Pierre-Henri Lab, Olivier Mayer
Avec 1 500 électriciens et gaziers, rassemblés hier à Toulouse contre la répression antisyndicale, le secrétaire général de la CGT énergie, a dénoncé la violence patronale.

« Procès staliniens », « méthodes dignes de la Stasi ». Le secrétaire général de la CGT énergie, Frédéric Imbrecht, ne mâche pas ses mots quand il décrit la répression contre le conflit social qui s’est déroulé ce printemps à ERDF et GRDF, filiales de distribution d’[EDF et de GDF-Suez. Devant 1 500 agents venus de toute la région Midi-Pyrénées et rassemblés hier sur le site ERDF-GRDF de Basso-Cambo à Toulouse, le responsable syndical a une nouvelle fois exigé « l’abandon des poursuites et la levée des sanctions » contre les 250 salariés qui font l’objet de procédures disciplinaires au niveau national. « Nous ne lâcherons rien et, s’il le faut, nous mettrons le temps qu’il faudra mais justice sera rendue à nos collègues », a-t-il averti. Électriciens et gaziers applaudissent vigoureusement.

Il faut dire qu’ici, « la répression antisyndicale » est sévère. Dix-huit procédures engagées et, pour l’instant, six demandes de licenciements en guise de sanction. Rodolphe Barres, Jacques Calva, Jean Chailan, Didier Desjacques, Laurent Goudy et Samira Ouandjli sont tous militants CGT. Cinq hommes et une femme que la direction locale accuse d’abandon de poste ou de « saccage de locaux » ou encore de « menaces ». Des faits que les six ne reconnaissent pas. Et « des dossiers sans l’ombre du début d’une preuve puisqu’ils ont tous été choisis au hasard », assène Marc Courdes, responsable régional de la CGT, avant dénoncer « des instructions à charge où les accusés et leurs défenseurs n’ont pas pu apporter des éléments favorables ».

Ni le devoir de réserve, ni la présomption d’innocence ne semblent en effet le fort de la direction locale, qui hier diffusait un tract expliquant que « les voyous » devaient être sanctionnés. Coupables en somme avant même d’avoir été jugés. Et même, « pour deux d’entre eux qui travaillent sur la plateforme téléphonique, déjà remplacés avant même d’avoir été virés », explique Marc Courdes.

Pourquoi un tel « acharnement » ? Sans doute parce qu’« ici, électriciens et gaziers ont conduit une lutte exemplaire en imposant l’abandon d’un projet d’externalisation d’activité qui avait vocation à être élargi au niveau national et en gagnant la création de près de 150 postes ». Un constat que partage Frédéric Imbrecht, qui dénonce « une clique revancharde qui ne supporte par votre victoire et veut vous la faire payer ». Pour le secrétaire général, « le déchaînement de la violence patronale dans toutes les entreprises en lutte » tient aussi à la volonté du gouvernement et du patronat de poursuivre leur politique du « toujours plus pour les actionnaires » malgré « les résistances ouvrières et les luttes sociales » et la défiance vis-à-vis de choix stratégiques qui a gagné, selon lui, comme à ERDF et GRDF, « une très grande majorité des cadres et du management ».

« Ni résignés, ni découragés », les sanctionnés de Toulouse entendent bien continuer de se battre. Ils ne seront pas seuls. Á peine le rassemblement terminé, déjouant le dispositif policier, électriciens et gaziers ont coupé l’électricité de la zone industrielle. Une coupure de rappel en somme.


GDF. Défenseur du service public et procureur de la stratégie libérale

Hier, à Saint-Ouen, Cédric Liechti comparaissait devant la commission de discipline de GDF-Suez. Le responsable parisien de la CGT énergie risque le licenciement.

« Militant, pas voyou », Cédric Liechti annonce la couleur sur son tee-shirt. Le jeune secrétaire général des syndicats parisiens des mines et de l’énergie CGT comparaissait hier à Saint- Ouen, au siège commercial de GDF-Suez, devant la commission de discipline. Sur la base d’un dossier vide, le syndicaliste est accusé pour entrave au travail, occupation illicite de locaux et menaces à l’encontre de cadres de l’entreprise. Son véritable « crime » est d’avoir été l’un des leaders du mouvement gréviste du printemps 2009. Trois mois d’une lutte nationale « historique » menée côte à côte par les agents des deux entreprises EDF et GDFSuez pour l’augmentation des salaires « au vu des 2,4 milliards d’euros distribués aux actionnaires d’EDF et 5 milliards à ceux de GDF-Suez ». Plusieurs dizaines de syndicalistes CGT d’EDF et GDF-Suez l’accompagnaient hier matin ainsi que des militants SUD et des personnalités politiques de gauche. On notait la présence de Ian Brossat, président du groupe communiste à l’Hôtel de Ville de Paris, Nicole Borvo Cohen-Seat, présidente du groupe communiste au Sénat, Alain Krivine, pour le NPA, et Hayat Dhalfa, du Parti de gauche. Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, témoignait en faveur de Cédric Liechti devant la commission en qualité de témoin de moralité (voir encadré). Devant les militants et face aux représentants de l’entreprise à la commission de discipline, l’accusé s’est fait à la fois le défenseur du service publique et le procureur des méthodes et de la stratégie des directions d’EDF et GDF-Suez et du gouvernement. C’est en effet à une vague de répression, « une véritable chasse aux grévistes CGT » à laquelle on assiste. 240 agents au plan national, 38 en Île-de-France, 8 à Paris sont traduits en procédures disciplinaires, certaines préconisations de licenciement ont été formulées. C’est aussi à cette peine que pourrait être condamné Cédric Liechti. Les jeunes syndicalistes en particulier semblent avoir repris le flambeau du service public. « Le patronat a volé EDF-GDF qui appartenait depuis soixante ans à la nation et à son peuple, aujourd’hui nous avons rejoint le maquis pour renationaliser nos entreprises », assure Cédric Liechti.


GDF. Marie-George Buffet Témoigne

« Monsieur Cédric Liechti a agi pour défendre un secteur de production utile à nos concitoyens, utile au développement de notre pays : l’énergie. Il l’a fait dans le cadre de la démocratie syndicale. Une société qui criminalise l’action collective, les faits de résistance, est une société qui régresse. GDF et EDF sont liées à l’histoire de la nation. L’énergie relève des entreprises publiques. Des syndicalistes ont décidé de porter cette filiation, de lui donner toute sa modernité. Ils le font contre le tout-marchand, le “management”, la précarité, le service bâclé… En sanctionnant Cédric Liechti, c’est beaucoup de cette entreprise, de sa mission que vous sacrifierez. »

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