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Un article de Pierre-Henri Lab paru dans l’Humanité du 9 décembre 2005

EDF veut liquider plus de 6 000 emplois

vendredi 9 décembre 2005 par Pierre-Henri Lab, Sébastien Ganet
Privatisation en marche . La direction a confirmé son projet de réductions massives de postes d’ici à 2007. La CGT propose aux autres organisations de déposer un préavis de grève.

Après les licenciements boursiers, voici les suppressions boursières d’emplois. EDF a confirmé sa volonté de procéder à 6 000 à 6 750 suppressions d’emplois d’ici à 2007 dans le cadre de « son projet industriel » baptisé « Altitude 7 500 ». « En 2006-2007, le groupe va embaucher un peu moins de 1 000 personnes par an, ce qui veut dire qu’en effet nous ne remplacerons pas tous les départs (à la retraite), et je l’ai dit depuis un an : c’est à peu près un sur trois, un sur quatre qui seront remplacés », a indiqué hier le PDG, Pierre Gadonneix. Bien que l’entreprise se défende de tout lien entre cette suppression massive d’emplois et la récente ouverture de son capital, le dirigeant a néanmoins concédé que ce plan vise à « adapter EDF à l’ouverture du marché ». La réduction des effectifs permettrait de réaliser 20 % des 7,5 milliards d’euros de gains de productivité que l’entreprise veut faire d’ici à 2007.

Selon la FNME CGT, seule la branche commerce de l’entreprise serait épargnée par cette saignée. Avec une embauche pour quatre départs, le tertiaire et les fonctions centrales (la recherche pour l’essentiel) seraient les plus durement touchés. Suivent ensuite EDF-GDF distribution avec deux embauches pour sept départs et la branche production-ingénierie avec trois embauches pour huit départs.

Pour la CGT de l’énergie, qui propose aux autres syndicats d’organiser une journée de grève début janvier, « ces réductions massives d’emplois ont pour objectif de satisfaire les actionnaires et d’atteindre le niveau des dividendes que le gouvernement et la direction se sont fixés de leur verser ». Le syndicat, qui pressent une externalisation d’activités dans tous les secteurs, s’inquiète « des conséquences sur le savoir-faire, les compétences, les conditions de travail du personnel et pour le service public de proximité ». La CGT craint une remise en cause de « la garantie de fourniture, de la continuité de service, de la sûreté et de la sécurité des installations, des biens et des personnes et de la péréquation tarifaire ». La FCE CFDT dénonce, elle, « la volonté de la direction d’EDF de passer à un mode de gestion et de management de l’entreprise de l’entreprise guidé par la seule valeur de l’action ». FO de son côté estime qu’ « avec de telles annonces, les discours et autres codes de bonne conduite sur le service public et la République apparaissent pour ce qu’ils sont : des tigres de papier ».

Les partis de gauche ont réagi également avec virulence. Le Parti socialiste dénonce « une annonce fondée sur une logique exclusivement financière ». Le Parti communiste français dénonce une « décision scandaleuse et totalement injustifiable qui va peser sur les conditions de travail de tous les salariés d’EDF et réduire la qualité du service rendu aux usagers ». Le PCF estime que « la gauche se doit de bâtir dès aujourd’hui une politique audacieuse et crédible qui rende non seulement à EDF son statut pleinement public, mais crée également les conditions de la création d’un pôle énergétique 100 % public réunissant EDF et GDF ».


« Le cours de Bourse a quelque chose à y voir »

Pour Jean-Claude Dougnac  [1], la situation de l’entreprise devrait inciter au contraire à embaucher.

L’annonce de 6 000 suppressions d’emplois n’a pas tardé ?

Jean-Claude Dougnac. Si l’intention était déjà là au moment d’ouvrir le capital, le chiffrage par grande direction, lui, est nouveau. Pour 2006 et 2007, sur 7 200 départs en retraite, seuls 1 200 seront remplacés. Nous serons en situation de perte de compétence et de dégradation des conditions de travail.

Comment expliquez-vous cette annonce ?

Jean-Claude Dougnac. Même si direction et gouvernement s’en défendent, la stagnation du cours de l’action EDF sous son prix d’introduction (32 euros) à quelque chose à voir.

Manque-t-il des emplois à EDF ?

Jean-Claude Dougnac. C’est un vrai problème. D’ici dix ans, 55 000 agents partiront en retraite. Les embauches sont partout nécessaires pour renouveler les compétences et couvrir les besoins. Il faut pérenniser le savoir-faire d’agents qui ont trente-sept ans d’expérience. Plus de 20 000 emplois ont été supprimés en vingt ans. Dans le nucléaire, c’est là où il y aura le plus de départs en retraite d’ici 2015.

N’est-ce pas contradictoire à l’heure où le nucléaire est de nouveau appelé à pallier la hausse de la facture énergétique ?

Jean-Claude Dougnac. Nous aurions besoin de développer les compétences. Au contraire, de plus en plus de postes dans la maintenance nucléaire sont sous-traités au privé. Sur celui de Paluel (Seine-Maritime) par exemple, il y a plus d’employés non statutaires (sous contrat privé de sous-traitance) que d’agents EDF. Les embauches sont nécessaires car nous sommes dans la première phase de départs massifs en inactivité depuis la construction des premières centrales nucléaires dans les années soixante-dix.

Comment allez-vous réagir ?

Jean-Claude Dougnac. Nous voulons discuter sur la base des besoins de créations d’emplois statutaires dans le secteur de l’énergie. Nous souhaitons une initiative syndicale commune sur la question de l’emploi et nous avons proposé aux autres fédérations de déposer un préavis de grève pour la mi-janvier. Nous nous rencontrons aujourd’hui pour en discuter.

[1] Responsable branche industries électriques et gazières, fédération CGT mines énergies.

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