Liste des auteurs

Jean-Michel Bezat | Le Monde le 27.09.2007

EDF veut prendre sa part dans la renaissance de l’énergie nucléaire aux Etats-Unis

jeudi 27 septembre 2007 par Jean-Michel Bezat

Mayo A. Shattuck est peut-être l’homme qui attachera son nom à la renaissance de l’énergie nucléaire aux Etats-Unis. Le patron de Constellation Energy partagera alors la palme avec le PDG d’EDF, Pierre Gadonneix. En scellant en juillet une alliance pour construire quatre EPR (European Pressurized Reactor), les deux groupes d’électricité ont engagé une course-poursuite avec leurs concurrents pour mettre en service en 2015 le premier réacteur nucléaire construit outre-Atlantique depuis l’accident de Three Mile Island en 1979.

L’industrie nucléaire américaine (19 % de la production d’électricité) sort d’un long marasme. Dans les années 1960, ses promoteurs vantaient une énergie "too cheap to meter" (trop bon marché pour être comptée). Les faits les ont démentis. Les coûts de construction ont explosé, des centrales n’ont fonctionné qu’à la moitié de leurs capacités et des réacteurs ont été démantelés avant même d’entrer en service, entraînant la faillite de certaines compagnies.

La situation s’est améliorée il y a dix ans. La NRC (autorité de sûreté nucléaire) a déjà autorisé la prolongation de quarante à soixante ans de la durée de vie de la moitié des 104 réacteurs en service. La relance s’est accélérée depuis l’Energy Policy Act de 2005 qui, selon le président George W. Bush, "permettra de développer l’utilisation de la seule source d’énergie complètement nationale, disponible en grande quantité, respectueuse de l’environnement et capable de produire beaucoup d’électricité : le nucléaire".

"LE PREMIER MARCHÉ MONDIAL"

La NRC va recevoir une trentaine de demandes de construction de réacteurs dont la mise en service s’étalera de 2015 à 2030. Elle a accéléré et simplifié ses procédures. Une demande des électriciens et des banquiers, qui ne voulaient pas revivre la situation des années 1970, où des délais d’autorisation à rallonges avaient compromis de nombreux projets. C’est dans un environnement plus sûr qu’EDF se lance aux Etats-Unis, un de ses quatre "pays cibles" avec la Chine, la Grande-Bretagne et l’Afrique du Sud.

"C’est le premier marché mondial, un formidable relais de croissance", souligne M. Gadonneix. D’ici à 2030, la consommation d’électricité va augmenter de 50 % et il faudra construire de 1 300 à 1 900 centrales (charbon, gaz, nucléaire...). EDF a signé avec Constellation un "partenariat stratégique" prévoyant une montée jusqu’à 9,9 % dans le capital du groupe américain et l’étude d’investissements communs aux Etats-Unis, où le secteur de l’électricité (8 000 entreprises) n’échappera pas à une consolidation. Ils ont aussi annoncé la création d’une co-entreprise pour exploiter des EPR. "Notre objectif est d’avoir un tiers des trente réacteurs construits d’ici à 2030", indique Bernard Estève, président de la filiale américaine d’Areva.

L’électricité nucléaire est devenue très rentable. Selon le Nuclear Energy Institute, le lobby du secteur, ses coûts de production sont au moins deux fois inférieurs à du courant produit par les centrales au gaz et au charbon, toujours à la merci d’une taxe sur le CO2. Le nucléaire renforce aussi la sécurité énergétique d’un pays qui a décidé de réduire drastiquement sa dépendance aux hydrocarbures du Moyen-Orient.

Les banquiers affichent pourtant une prudence renforcée par la crise actuelle des subprimes. Ils ont déjà obtenu des garanties : aide fiscale pour les 6 000 premiers mégawatts installés, remboursement des surcoûts en cas de retard des chantiers, responsabilité limitée des exploitants en cas d’accident. Mais ils exigent surtout que le gouvernement garantisse les prêts aux électriciens, qui devront débourser 4,5 milliards de dollars (3,2 milliards d’euros) pour un EPR. "C’est la question cruciale", reconnaît Mike Wallace, directeur général adjoint de Constellation.

Les deux groupes veulent engager les démarches de certification de l’EPR bien avant la présidentielle de 2008 - moins inquiets de l’issue du scrutin que des lendemains de l’élection où les projets seront retardés. "La concurrence sera rude", reconnaît M. Wallace : fournisseurs des électriciens américains, General Electric et Westinghouse (repris par Toshiba) sont en terrain conquis. Ni les dernières incertitudes financières ni la question en suspens des déchets ne contrarieront une renaissance sur laquelle ne pèse plus qu’un risque : un nouveau Three Mile Island.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !