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Un article de Laure NOUALHAT paru dans Libération le 31 octobre 2005

EPR : les appels d’offre avant le débat

lundi 31 octobre 2005 par Laure NOUALHAT
Site à visiter: www.debatpublic-epr.org
Energie. EDF a devancé la première réunion publique sur le futur réacteur nucléaire.

« La dictature, c’est ferme ta gueule, la démocratie c’est cause toujours », disait Jean-Louis Barrault. Le débat public sur l’EPR, en ligne depuis le 19 octobre [1], c’est de la démocratie pur jus. Peu importent les conclusions de ce moment de démocratie participative, l’EPR se fera. C’est plié et Dominique de Villepin l’a rappelé dans son allocution du 24 octobre, à l’occasion de la signature du plan de service public d’EDF. « Au vu des conclusions du débat public en cours, EDF construira le premier réacteur EPR à Flamanville. Il sera opérationnel en 2012. » Les esprits logiques apprécieront qu’un « débat en cours » puisse déjà être auréolé de « conclusions ».

Pour tout ouvrage d’intérêt national, la loi exige de recueillir l’avis des Français. « Depuis huit mois, nous sommes confrontés au problème difficile de la coordination entre la démocratie délibérative ­ qui revient à nos députés ­ et la démocratie participative ­ qui doit recueillir l’avis des Français et qui peine à avoir son espace libre », explique diplomatiquement le président de la Commission particulière du débat sur l’EPR (CPDP), Jean-Luc Mathieu.

« Controverses ». La bourde du Premier ministre vient ajouter à la confusion qui règne autour du débat. Début octobre, quelques jours avant le top départ, la moitié des participants (associations écologistes, experts en énergie ou antinucléaires) avait décidé de s’en retirer. Mi-septembre, le Premier ministre avait refusé la levée du secret défense entourant des documents relatifs à la sécurité du futur réacteur. Pour finir, le débat a démarré le 19 octobre mais sur l’Internet ­ c’est dire sa portée ­ et pas du tout à Cherbourg, comme prévu. Jean-Luc Mathieu regrette le retrait des associations : « La complexité de certaines questions posées par le projet EPR rend en effet utile, sinon même nécessaire, l’intervention d’intermédiaires entre le grand public et EDF pour mettre en lumière les termes des nombreuses controverses apparues au sujet de l’EPR. »

Pour EDF, le débat n’est qu’une formalité faisant un peu partie du passé : elle a déjà lancé des appels d’offres fin septembre sur différentes parties de son futur EPR. Ce que confirme un porte-parole : « Le fait de les avoir lancés ne signifie pas qu’on choisit les entreprises ou qu’on commence les travaux avant la fin des débats. C’est comme récupérer des devis pour des travaux dans une maison. On peut toujours décider de ne jamais les faire. »

« Arnaque ». En l’occurrence, ce serait étonnant, d’autant que des études sont en cours sur le site de Flamanville (Manche). « Ce débat, c’est vraiment de l’arnaque. Il faut qu’on nous le dise franchement ou qu’on arrête tout », s’énerve Stéphane Lhomme, du réseau Sortir du nucléaire. L’association demande l’annulation du débat public. Mais jeudi, la CPDP organisera sa première réunion publique à l’université Jean-Moulin de Lyon. EDF viendra y exposer son projet et répondra aux questions de la salle.

[1] www.debatpublic-epr.org

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