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Economie : l’équilibre nécessaire ?

mercredi 25 janvier 2012 par UGICT CGT

L’équilibre des finances publiques est-il nécessaire pour sortir de la crise ? Le débat sur les solutions se concentre autour du déficit budgétaire.

Mais l’explosion de la dette publique est-elle une cause ou une conséquence de la crise actuelle ?

En France, depuis les années 1970, le chômage a beaucoup progressé. 1,9 million d’emplois industriels ont été supprimés (entre 1980 et 2007), au bénéfice des emplois de services, moins qualifiés, plus flexibles, plus précaires. La dette a progressé régulièrement.

La dégradation des finances publiques s’explique d’abord par une diminution des recettes dues à la récession économique (pertes de l’impôt sur les sociétés et sur la TVA). Cette récession s’est traduite par une augmentation des dépenses sociales notamment l’assurance chômage (+ 5 milliards en 2009).

Les niches fiscales (dont le paquet fiscal de 2007) et les exonérations de cotisations patronales sont l’autre raison fondamentale de l’augmentation de la dette publique. Selon les sources, le manque à gagner dans le budget de l’Etat s’élève entre 70 milliards et 160 milliards d’euros annuels soit l’équivalent du déficit (96 milliards prévus en 2011) ! De plus, l’efficacité économique de ces « incitations » est contestée : la baisse des impôts a concerné avant tout les plus riches qui ont utilisé les gains réalisés en épargne, notamment sur les marchés financiers dans des placements spéculatifs. Certaines exonérations de charges patronales sont contreproductives : celle concernant les salaires inférieurs à 1,6 fois le Smic encourage les employeurs à maintenir les salaires sous ce plafond, entretient la sous-qualification et donc handicape la productivité des entreprises et le financement de la protection sociale. Elles ont un effet limité sur l’emploi et contribuent au tassement du pouvoir d’achat des salariés.

Plutôt que de remettre en cause l’injustice sociale et la stratégie des entreprises vis-à-vis de l’emploi et de l’investissement, c’est du côté de la réduction des dépenses que se tournent les gouvernements.

La CGT propose d’autres pistes : contrôler les aides publiques aux entreprises, les contraindre à des alternatives aux licenciements, réformer la fiscalité en profondeur.

L’intersyndicale se prononce pour la suppression des exonérations fiscales et sociales sur les heures supplémentaires et le conditionnement de toute aide publique à son efficacité sociale et économique, aux politiques sociales dans les entreprises.

N’est-ce pas néanmoins de bon sens que de viser un budget de l’Etat à l’équilibre ?

Tout d’abord, attention à ne pas transposer le bon sens concernant la gestion du budget d’un ménage à celle du budget de l’Etat. Le rôle d’un état c’est de faire de l’investissement collectif de long terme : dans les infrastructures, les équipements collectifs. Donc par nature, le budget de l’Etat est déficitaire. Certaines dépenses qualifiées « de fonctionnement » sont aussi à classer dans les investissements de long terme.

Le salaire des enseignants est directement lié à l’investissement futur d’éducation. Le nombre de jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification stagne à 140 000 par an. C’est un handicap pour l’économie de demain. Le nombre de fonctionnaires conditionne le bon fonctionnement d’une nation (cf. les difficultés de la Grèce). Par contre, certaines dépenses mériteraient d’être reconsidérées comme les niches fiscales consenties aux plus riches ainsi que les exonérations qui profitent majoritairement aux grandes entreprises et qui coûtent environ 160 milliards d’euros chaque année à la collectivité.

« L’autre problème de l’Europe est que trop de gens y estiment que l’austérité budgétaire est la bonne réponse. Rappelons pourtant qu’avant la crise, l’Espagne et l’Irlande enregistraient un excédent et un faible ratio dette/PIB.

Renforcer l’austérité n’aura pour résultat que ralentir la croissance de l’Europe et d’accroître ses problèmes budgétaires. »

Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001

Par ailleurs, beaucoup d’économistes s’accordent pour dire que l’équilibre des finances publiques n’est pas une bonne chose en temps de crise car il interdit à l’Etat de mener une politique volontariste de relance économique. La CGT propose d’orienter les investissements dans le développement industriel, la recherche et la préservation de l’environnement et créer les emplois nécessaires liés à ces investissements, de stopper la suppression d’un poste de fonctionnaire sur deux et de créer de nouveaux postes dans la fonction publique et les services publics, outils de cohésion sociale et d’efficacité économique.

D’ailleurs, tout le monde a noté que la France avait mieux résisté que les autres pays à la crise de 2008 grâce aux amortisseurs que constituent les services publics et les systèmes de protection sociale « à la française ». Des systèmes de protection sociale qui sont aussi un moteur pour l’économie : dans la santé, les services, la culture, le tourisme, le commerce…

Néanmoins, la charge de la dette (intérêts) est considérable et sous l’emprise des marchés financiers. Il convient donc de la réduire à terme et de modifier le système bancaire français et européen.

Quel peut être le rôle des entreprises dans la réduction de l’endettement ?

Le patronat, surtout le Medef, ne cesse de crier à l’étouffement de l’entreprenariat et de la compétitivité des entreprises par les charges sociales et l’impôt sur les sociétés. Notons que, là aussi, l’inégalité de traitement règne entre les grandes entreprises du Cac 40 et les PME [1] et TPE [2]. Les entreprises devraient plutôt s’interroger sur leur productivité, qu’elles font peser sur les seuls salariés. Le résultat est d’une part une intensification du travail qui n’est plus tenable et qui favorise le délitement des liens sociaux, d’autre part une absence de réflexion stratégique sur les investissements à opérer sur le long terme pour retrouver des gains de productivité : dans les organisations du travail, dans l’utilisation des nouvelles technologies, dans le financement de la recherche, dans l’établissement de contrats de sous-traitance favorisant un emploi stable, qualifié et bien rémunéré. Mais pour cela, il faut qu’elles réorientent l’utilisation des richesses créées par le travail et qu’elles revoient leurs stratégies financières. Dans l’énergie, les grandes entreprises dégagent des dizaines de milliards d’euros de bénéfices et constituent d’énormes provisions financières. Ces milliards pourraient utilement alimenter une politique industrielle, sociale et de recherche.

Les grandes entreprises veulent peser sur le fonctionnement de la société mais sans contribuer à son développement social (par exemple en participant à l’augmentation du financement de la protection sociale ou à l’effort de logement des salariés) et c’est le budget de l’Etat et les ménages qui financent !

[1] Petite et Moyenne Entreprise

[2] Très Petite Entreprise

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