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Pierre Ivorra | L’Humanité du 13.10.2009

Économiser le capital plutôt que le travail

dimanche 18 octobre 2009 par Pierre Ivorra

Par la voix de Philippe Séguin, les experts de la Cour des comptes ont, dans leur rapport sur les prélèvements obligatoires (lire l’Humanité de vendredi), mis en doute l’efficacité de la stratégie des gouvernements de droite et de gauche visant à « orienter prioritairement » les « allégements de prélèvements obligatoires vers le soutien à court terme de l’emploi peu qualifié ». Ils évaluent leur coût à environ 45 milliards d’euros. Pourtant, loin de tirer les enseignements de ce constat, Philippe Séguin propose d’aller plus loin. Constatant une « perte de compétitivité de la France » vis-à-vis de ses principaux concurrents, il en vient à considérer que « le soutien à la compétitivité des entreprises devrait passer par un allégement des charges pesant sur le travail qualifié et sur le facteur capital ». Lors de la discussion du rapport au Sénat, il est même allé jusqu’à approuver la suggestion d’un sénateur de transférer aux ménages les prélèvements actuels sur les entreprises. Si, en dix ans, les exonérations de cotisations des entreprises sont passées de 11 à 30,6 milliards d’euros, parallèlement, le déficit commercial de la France n’a cessé de se creuser (55,7 milliards d’euros en 2008) tandis que les exportations de capitaux se sont emballées : près de 160 milliards d’euros en 2008 pour ce qui concerne les investissements directs à l’étranger. Et surtout, aujourd’hui, le chômage explose. Une démarche alternative à cette politique pourrait viser, plutôt que de réduire les prélèvements sur les profits et le capital, plutôt que de baisser le coût du travail, au contraire, à économiser le capital pour augmenter les dépenses de développement humain : salaires, formation… En ce domaine, il y a de la marge. Au cours de la décennie 1998-2008, la part des revenus financiers dans les ressources propres des sociétés non financières est passée de 24 % à 40 % et leur montant de 85 à 255 milliards d’euros.

Ce changement de cap est d’autant plus nécessaire que les mutations technologiques en cours bousculent la donne, ce n’est plus la machine qui devient le facteur principal de progression de la richesse des nations, c’est le savoir humain. Tout le système de prélèvements sociaux et fiscaux doit être repensé en fonction de cela.


La vérité sur le coût du travail en France

Le conseil des prélèvements obligatoires démonte les dires de la droite. Il évalue les aides publiques aux entreprises à 65 milliards. Merci Sarkozy !

« Le coût moyen du travail en France reste… plus faible que celui de l’Allemagne, du Royaume-Uni ou du Danemark, malgré des cotisations patronales plus élevées. Les résultats sont les mêmes si l’on prend la productivité du travail. » Ces propos n’ont pas été tenus par un dirigeant syndical mais par le premier président de la Cour des comptes qui est aussi celui du conseil des prélèvements obligatoires (CPO), Philippe Séguin, à l’occasion de la présentation du rapport réalisé par ce même conseil pour le Sénat, début octobre. Il apparaît ainsi que le coût horaire industriel moyen est, selon une étude du département du Travail américain reprise par le CPO dans son rapport au Sénat, moins élevé en France qu’en Allemagne, au Canada, au Royaume-Uni et en Italie.

Si on pondère le coût du travail en prenant en compte sa productivité, la France se classe seulement au 8e rang en Europe en 2007 selon les données d’Eurostat. Ce rapport sur les prélèvements obligatoires des entreprises montre ainsi clairement que le coût du travail est en France moins élevé que chez les pays européens les plus développés, bien que « le taux de prélèvements obligatoires sur les entreprises » soit « en France plus élevé que dans la plupart de ses concurrents ». Le président de la Cour des comptes précise cependant que « ce niveau élevé s’est quasiment stabilisé depuis 1985, surtout au cours de la période récente grâce à des allégements massifs consentis aux entreprises ».

Merci Nicolas Sarkozy ! La responsabilité du président de la République dans cette affaire est particulièrement lourde. Si le total des aides aux entreprises est évalué à 65 milliards d’euros par le CPO, les choses vont en s’accélérant. En 2007 et 2008, les entreprises auront bénéficié de près de 12 milliards de réduction de prélèvements obligatoires supplémentaires, principalement au titre de l’impôt sur les sociétés et de la taxe professionnelle. En connaisseur, Philippe Séguin annonce même que « les lois de finances pour 2009 et 2010 devraient amplifier le phénomène ». Le rapport du CPO jette donc un gros pavé dans la mare des adeptes de la baisse du coût du travail et des pleureuses de la droite et du Medef qui affirment qu’en France, les entreprises seraient accablées par des salaires trop élevés et des charges exorbitantes.

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