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Un article de Pierre Avril paru dans Le Figaro du 11 aout 2005

Electrabel : le rachat critiqué en Belgique

jeudi 11 août 2005 par Pierre Avril
ÉNERGIE Le groupe français Suez cherche à rassurer l’opinion et les élus sur ses intentions

« Comment convaincre les Belges qu’il est nettement moins grave pour l’énergie que pour les yaourts et les friandises en pot de passer complètement sous contrôle étranger ? » Avec ce clin d’oeil ironique à la mobilisation « patriotique » française ayant accompagné les rumeurs d’un rachat de Danone par PepsiCo, le quotidien bruxellois Le Soir donnait le ton hier. Chez les éditorialistes belges, l’amertume et la résignation dominent après l’annonce de l’achat par Suez de la totalité des actions d’Electrabel.

Côté politique, l’heure est plutôt à la méfiance, voire à l’inquiétude chez les socialistes et les Verts. Les libéraux préfèrent afficher la neutralité. Prévisible depuis la fin des années 80, lorsque Suez avait mis la main sur la puissante société générale de Belgique, l’annonce n’a guère surpris. Mais force est de constater que « la Belgique perd une entreprise à succès », note le quotidien néerlandophone De Tijd. Son homologue De Standaard appelle ses lecteurs à se résoudre à ce que « la politique énergétique de la Belgique soit déterminée à Paris et pas à Bruxelles ». En territoire flamand, toute prise de pouvoir française, a fortiori économique, est souvent vécue comme une agression.

Certes, le président de Suez, Gérard Mestrallet, a apporté des « garanties » à Bruxelles afin de conserver l’identité « franco-belge » du groupe. C’est « le maximum exigible », estime Le Soir. Le réinvestissement des actionnaires d’Electrabel dans Suez sera facilité - les titres Electrabel seront échangés contre 322 euros en liquide et quatre actions Suez ; la future société européenne Suez sera cotée à la Bourse de Bruxelles ; l’appellation Electrabel sera conservée ; la direction du pôle énergétique de l’entreprise sera basée à Bruxelles...

Discret, le premier ministre, Guy Verhofstadt, a pris acte des engagements du patron français et il a plaidé pour l’instauration d’un dialogue « structuré » entre les pouvoirs publics et le nouveau groupe. Mais, dans l’ensemble, la presse belge ne se fait guère d’illusions. Pour elle, l’essentiel ne réside pas forcément dans ces engagements écrits.

« On espère que le gouvernement sera particulièrement attentif à ce que les 3 milliards d’euros provisionnés par Electrabel, avec l’argent des consommateurs, en vue du démantèlement des centrales nucléaires belges, ne seront pas confondus avec du cash d’Electrabel remontant vers la maison mère française », écrit La Libre Belgique.

Pour sa part, le ministre des Finances, Didier Reynders, affirme avoir reçu l’assurance de Suez qu’il respectera ses engagements en matière de garanties d’approvisionnement du pays. En revanche, son homologue socialiste de la région wallonne, Jean-Claude Marcourt, s’inquiète pour l’autonomie énergétique du pays. De même, les syndicats craignent « des désinvestissements dans le parc de production ». Le courant électrique n’équivaut pas à un pot de yaourt.

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