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Un article de Alain Cwiklinski paru dans l’Humanité du 26 octobre 2005

Électricité dans l’air à Besançon

mercredi 26 octobre 2005 par Alain Cwiklinski
es électriciens francs-comtois démontrent la nocivité de la gestion de l’énergie pour les actionnaires.

I l y a deux ans, le CHU de Besançon pouvait se glorifier d’avoir fait mordre la poussière à sa facture d’électricité en transférant son marché de l’énergie à un opérateur privé. La bonne nouvelle aura pourtant été de courte durée. Le 1er novembre prochain, l’opérateur « le moins-disant » de l’époque appliquera sa nouvelle tarification et selon les syndicalistes CGT du CHU et d’EDF, la note risque d’être salée. « Selon nos calculs, le CHU Jean-Minjoz va voir sa facture d’électricité augmenter d’environ 50 % par rapport à l’ancien contrat. Celle-ci va s’accroître de quelque 450 000 euros pour une consommation annuelle moyenne de l’ordre de 19 millions de kW/h », annonce Christophe Lime, représentant CGT d’EDF. Le mégawatt/heure dérégulé connaît, en effet, depuis quelques mois, une augmentation exponentielle qui le porte à plus de 50 euros contre 40 pour le marché régulé.

Selon la CGT, cela devrait se traduire pour le CHU par des factures annuelles supérieures de 300 000 euros par rapport à celles qu’aurait fournies l’entreprise nationale encore régulée. Pour les syndicalistes de l’hôpital, la pilule est amère : « À budget constant, cette dépense incompressible risque encore de mettre un frein sur l’investissement humain dont nous avons tellement besoin. Pour les trois années à venir, c’est un million d’euros qui vont aller dans les caisses d’un opérateur d’électricité privé, soit l’équivalent de dix infirmières à plein-temps pendant la même durée. Non seulement il y aurait mieux à faire avec cet argent, mais il va falloir en plus le sortir des caisses de l’hôpital, donc de la Sécurité sociale. » La direction de l’hôpital défend son choix en s’interrogeant sur le coût de l’électricité régulé dans les prochaines années. Elle affirme également qu’il serait de toute façon impossible de faire marche arrière. « Faux », rétorque Christophe Lime, qui rappelle que la loi du 13 juillet 2005 permet aux usagers qui ont choisi des entreprises privées de réintégrer le système « régulé » d’EDF : « Devant l’inflation de cas identiques au CHU de Besançon, il faut que nos parlementaires revoient leur copie. Il faut permettre aux maires ou aux responsables de services publics ayant opté pour le système dérégulé et qui le regretteraient de pouvoir revenir plus facilement dans le système régulé. » Une campagne d’information est, par ailleurs, lancée dans la région.


À la porte de la députée UMP

Les agents EDF CGT franc-comtois ont fait, hier, le choix du concret pour manifester leur opposition à l’ouverture du capital de l’entreprise publique en s’appuyant sur l’exemple du centre hospitalier universitaire de Besançon, qui a choisi, il y a trois ans, un concurrent d’EDF, La Compagnie nationale du Rhône, pour lui fournir l’électricité. Résultat, sa facture a augmenté de 150 %. « 1 232 euros de plus sur la facture journalière d’électricité de CHU de Besançon à partir du 1er novembre prochain méritait bien que l’on aille rencontrer Françoise Branget, la députée (UMP) de la circonscription. Elle est la porte-parole du gouvernement Villepin, qui se fait le chantre du libéralisme en expliquant que l’ouverture du capital et celle de la concurrence font le bonheur du consommateur », souligne Marc Pautot, secrétaire CGT EDF de Besançon Sud. Une rencontre animée donc : « Elle n’a pas pu rester indifférente face à nos chiffres, car rien ne justifie le triplement de la facture d’électricité de l’hôpital, hormis le fait que les actionnaires de la CNR exigent un taux de rentabilité plus important. Demain, les actionnaires, même minoritaires, demanderont à l’entreprise EDF de leur fournir des dividendes à deux chiffres », met en évidence Christophe Lime, élu cégétiste. La députée a contesté cette logique purement financière exposée par les agents d’EDF, mais, selon les syndicalistes, elle a été obligée d’admettre que la facture de la concurrence pour le CHU était plutôt salée : « L’hôpital aurait fait le mauvais choix », mais, pour la députée, « il doit assumer maintenant », peste Gilbert Vialet, responsable cadre et maîtrise CGT. « Dogmatisme, quand tu nous tiens ! » reprend Marc Pautot, en démontrant l’absurdité économique de la réponse de la députée : « Comment des entreprises peuvent-elles être concurrentielles et éviter les délocalisations si elles payent ou paieront trois fois plus cher leur fourniture d’énergie ? Même Villepin l’a plus ou moins compris en fixant dans le contrat qu’il a signé avec EDF l’obligation de ne pas augmenter le prix de l’électricité au-delà de l’inflation. » La députée a écouté. « Dans un esprit d’ouverture totale », confie-t-elle. « Dans l’ouverture du capital d’EDF », réplique aussitôt Marc Pautot. Rendez-vous est pris maintenant pour le 10 novembre, lors du prochain conseil d’administration du CHU, qui examinera, à nouveau, la facture d’électricité. Dans l’immédiat, la députée n’est pas prête à défendre un projet de loi permettant le retour dans le marché régulé de la distribution d’énergie de ceux « qui ont fait le mauvais choix ».

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