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Un article de Cécile Calla paru Le Figaro le 3 avril 2006

Emploi : la réforme patine en Allemagne

lundi 3 avril 2006 par Cécile Calla
SOCIAL Les désaccords apparus au sein de la coalition au sujet de l’allongement de la période d’essai de tout nouvel embauché risquent de faire capoter ce projet.

L’ALLEMAGNE n’est pas la France. La perspective d’un assouplissement de la législation sur le licenciement ne donne pas lieu à des manifestations de masse. En revanche, elle provoque un vif débat au sein du gouvernement de grande coalition.

Au lendemain des élections à l’automne dernier, SPD et CDU-CSU s’étaient mis d’accord pour prolonger la période d’essai de tout nouvel embauché de six à vingt-quatre mois, en supprimant en contrepartie les contrats à durée déterminée (CDD) instaurés sans motif particulier dans les entreprises. Ce dispositif devait compléter les réformes du marché du travail entrées en application depuis 2003.

A peine cinq mois plus tard, alors que le ministère du Travail s’apprête à présenter ce projet de loi, plusieurs chrétiens-démocrates, à commencer par le ministre de l’Economie, Michael Glos (CSU), remettent cette mesure en cause. « Je ne crois pas que l’on puisse en rester aux termes de l’accord de coalition », a pour sa part souligné Peter Müller, ministre président CDU de la Sarre, en début de semaine.

Surenchère syndicale

Pour les représentants du monde économique, l’accord conclu en novembre dernier n’apporte rien, voire alourdit la législation sur le licenciement. « Pour les petites entreprises de moins de dix salariés qui bénéficient d’ores et déjà d’une réglementation assouplie en matière de licenciement, le compromis du gouvernement n’apporte aucun avantage et risque au contraire de favoriser les recours en justice », explique la chambre de commerce et d’industrie (DIHK). De plus, l’organisation patronale souligne qu’un CDD de deux ans est bien plus valorisant sur un CV qu’un contrat à durée indéterminée interrompu pendant la période d’essai.

En guise d’alternative, le DIHK propose un modèle optionnel dans lequel les patrons auraient le choix entre la période d’essai de deux ans et le contrat à durée déterminée. D’autres représentants du patronat réclament un rallongement de la période d’essai au-delà des vingt-quatre mois. Devant cette cacophonie, le vice-chancelier Franz Müntefering (SPD) a suspendu la réforme. Pour les sociaux-démocrates, l’accord de novembre dernier avait déjà atteint « la limite de la capacité de compromis du SPD », souligne Klaus Brandner, porte-parole de la fraction parlementaire SPD.

Les syndicats font de leur côté de la surenchère en brandissant la menace de mouvements sociaux. « Ce qui est combattu en France est planifié chez nous », déplore le président de la Fédération des syndicats allemands (DGB), Michael Sommer, dans une interview au Hamburger Abendblatt.

La chancelière Angela Merkel a bien essayé de mettre un terme au débat en exhortant ses collègues de la CDU-CSU à « nous laisser d’abord faire ce que nous avons prévu ». En vain. Le lendemain, les chrétiens-démocrates continuaient de spéculer sur une « une législation dont personne ne veut ».

Le débat doit être tranché mercredi prochain lors d’une session en commission de coalition. En raison d’évidentes divergences, il est probable que le gouvernement enterre ce projet de réforme, ce qui constituerait une « capitulation sur l’un des dossiers les plus importants », estime le quotidien Süddeutsche Zeitung. « Cela ferait mauvais effet de la part d’une coalition qui a annoncé vouloir tout entreprendre pour l’emploi », renchérit le Financial Times Deutschland.

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