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Un article de Paule Masson paru dans l’Humanité du 9 juin 2005

Emploi : tout bénef pour les employeurs

jeudi 9 juin 2005 par Paule Masson
Dominique de Villepin choisit la fuite en avant. Il a hier clairement encouragé le sous-emploi, exonéré les entreprises de leurs responsabilités salariales et inventé la période d’essai de deux ans.

Loin de favoriser une grande « mobilisation pour l’emploi » Dominique de Villepin choisit la fuite en avant. À commencer par la confirmation de « la montée en puissance des allégements de charges sociales » qui dure depuis vingt ans sans avoir jamais fait la preuve du moindre bénéfice pour l’emploi. À cela s’ajoute le maintien d’une promesse chiraquienne de janvier 2005 : supprimer les charges patronales pour toute personne embauchée au niveau du SMIC à l’horizon 2007. Or cette mesure est une trappe à bas salaires, les entreprises étant fiscalement incitées à embaucher au niveau de rémunération le plus bas. Enfin, Dominique de Villepin propose que l’État prenne en charge « les cotisations supplémentaires dues à partir du dixième salarié », tout cela avec un budget qui reste enserré dans les clous des critères du pacte de stabilité européen !

Les « mesures nouvelles » ont un point commun : c’est aux salariés de faire l’effort de s’adapter au marché du travail. Un volet important de dispositions concerne les très petites entreprises. Pour « libérer leur esprit d’initiative », Dominique de Villepin invente un nouveau type de contrat de travail, le « contrat nouvelle embauche », qui accorde « plus de souplesse pour l’employeur ». Effectivement Villepin invente la « période d’essai de deux ans », période pendant laquelle le contrat de travail peut être rompu à tout moment, et vend cette nouveauté comme un progrès. Le premier ministre est tellement sûr que sa proposition va engendrer du « sous-emploi » qu’il prévoit « un complément d’allocations chômage ». C’est l’État qui finance une partie du travail fourni pour l’entreprise. Et le MEDEF jubile. La même logique est à l’oeuvre pour les chômeurs longue durée qui se verront verser une prime de 1 000 euros à la reprise d’activité et qui restent dans l’obligation d’accepter les emplois proposés sous menaces d’être sanctionnés.

Après le cumul emploi-chômage, Villepin propose « l’assouplissement des règles de cumul emploi-retraite ». L’annonce résonne comme un aveu sur l’appauvrissement programmé des futurs retraités avec la mise en oeuvre de la réforme Raffarin sur les retraites.

Enfin, les jeunes sont aux premières loges de cette nouvelle vague de déréglementation sociale. Dominique de Villepin leur offre un crédit d’impôt de 1 000 euros s’ils se tournent vers des secteurs en difficulté de recrutement, comme l’hôtellerie ou le bâtiment, autant de métiers durs, mal rémunérés et pour lesquels, une fois encore, les employeurs ne seront pas incités à relever les salaires. À ceux qui sont en rupture scolaire, sans diplôme, le premier ministre crée en métropole le « service militaire adapté ». Enfin, cerise sur le gâteau, les jeunes de moins de 25 ans ne rentreraient plus dans le décompte des seuils de 10 et 50 salariés, mesure qui, après la loi Fillon sur le dialogue social en décembre 2003, affaiblit à nouveau la représentativité syndicale dans les entreprises. Jusqu’à présent, à partir de 10 salariés, les syndicats peuvent faire élire des délégués du personnel. À partir de 50, l’employeur se doit de mettre en place un comité d’entreprise.

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