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Marc Roche , Claire Gatinois | Le Monde le 24 mai 2007

En 2006, 260 entreprises françaises ont été rachetées par "LBO"

jeudi 24 mai 2007 par Marc Roche, Claire Gatinois

En france, la présence des fonds d’investissement dans les opérations de rachat d’entreprises est de plus en plus forte. Ils sont toutefois moins actifs dans l’Hexagone que sur le marché anglais.

Selon une étude réalisée par Barclays Private Equity, 260 rachats d’entreprises par des fonds via des montages financiers avec recours à l’endettement ("LBO") ont été opérés en France en 2006 contre 330 à 340 au Royaume-Uni. Huit milliards d’euros ont été investis dans les entreprises hexagonales, contre 14 milliards outre-Manche, un écart sensible.

Mais les acteurs du capital investissement observent un rattrapage du marché français (+ 12 % par rapport à 2005). "En 1998, les opérations en France représentaient le tiers de celles réalisées en Grande-Bretagne", indique Gonzague de Blignières, président de Barclays PE en Europe. "La psychologie des entrepreneurs évolue", renchérit Jean-Louis Mullenbach, conseil d’opérations financières. Les patrons sont moins réticents à transmettre leur entreprise à un fonds plutôt qu’à un industriel. D’autant que, pour un tiers des opérations de plus de 15 millions d’euros, la direction en place est intéressée aux profits attendus.

Et la "culbute", c’est-à-dire la revente après trois ou quatre ans, s’avère souvent fructueuse. Comme partout en Europe, les fonds profitent d’un contexte de taux d’intérêt faible. "Rien qu’avec l’effet du levier de la dette le rendement atteint mécaniquement 15 % par an", calcule un banquier. Reste que cet "argent facile" donne lieu à des montages financiers de plus en plus audacieux.

A l’avenir, le contexte pourrait se révéler moins favorable. L’année 2006 a profité d’un contexte exceptionnel, "très probablement non récurrent en montant" en France, tempère Barclays.


Au Royaume-Uni, l’activisme des fonds divise politiques et syndicats

Fusions spectaculaires, OPA sauvages et rachats amicaux lancés par les fonds d’investissement (private equity) sont devenus le lot quotidien au Royaume-Uni. L’annonce, mardi 22 mai, de l’alliance entre British Airways et quatre fonds d’investissement, dont l’américain Texas Pacific Group (TPG), pour racheter la compagnie aérienne Iberia témoigne de l’incroyable dynamisme de ces nouveaux acteurs financiers très controversés.

La veille, le numéro trois mondial du disque, EMI, a préféré la proposition de Terra Firma plutôt qu’une fusion incertaine avec Warner Music. Le 26 avril, le pharmacien Alliance Boots est passé sous la coupe de KKR. Ces enseignes s’ajoutent aux noms prestigieux rachetés ces dernières années par ces fonds secrets, à grande majorité privés : AA (dépannage automobile), NCP (parkings), Birds Eyes (surgelés), Coral (jeux de hasard), etc. Une seule opération d’envergure a jusqu’à présent échoué : la tentative, en février, de reprise du distributeur Sainsbury par un consortium dirigé par CVC.

En 2006, le total de leurs investissements au Royaume-Uni s’est élevé à 21,9 milliards de livres (32,1 milliards d’euros).

CODE DE BONNE CONDUITE

Ces fonds, qui collectent de l’argent auprès des investisseurs - institutionnels, grandes fortunes - pour prendre des parts au capital des entreprises afin de les revendre avec une plus-value quelques années plus tard, sont aujourd’hui bourrés de liquidités.

Les banques et les établissements de crédit spécialisés prêtent les yeux fermés à ces investisseurs qui exigent un rendement jusqu’à 20 % des fonds placés. Quant aux gros actionnaires des compagnies rachetées par les sociétés de capital-investissement, ils ne peuvent que se réjouir des restructurations au scalpel et de la création de valeur pour l’actionnaire qui en découlent.

Mais, surtout, le gouvernement travailliste semble voir d’un oeil favorable la tornade d’opérations en tout genre réalisées par le private equity. En particulier, la profession se réjouit de l’arrivée, le 27 juin, de Gordon Brown au 10, Downing Street. L’un des principaux conseillers et amis du futur premier ministre n’est autre que Ronnie Cohen, cofondateur d’Apax Partners, l’une des locomotives de la place.

Mais attention, danger ! Cette boulimie ravive, outre-Manche, la controverse sur le pouvoir occulte de ces institutions. La baudruche des dettes qu’elles accumulent pour financer leurs prises de participation ne met-elle pas en péril la compétitivité des compagnies britanniques ? La gestion à long terme n’est-elle pas sacrifiée sur l’autel du rendement ?

Ces transactions en cascade ont amené les syndicats à lancer une campagne contre ces symboles, à leurs yeux, de la cupidité, en prenant l’exemple d’AA : depuis sa reprise, en 2004, par CVC et Permira, la société de dépannage automobile a perdu un tiers de ses salariés dans le cadre de la compression des coûts. Les syndicats officiels ont été remplacés par une organisation "jaune".

"Si nous continuons comme cela, nous allons devenir la face inacceptable du capitalisme" : l’avertissement est venu de Guy Hands, le petit génie de la City, inquiet de l’exécrable réputation de la profession. A l’écouter, faute d’une plus grande transparence, les régulateurs, britannique comme européen, ne manqueront pas de serrer la vis. Les fonds pourraient être forcés à rendre publics leurs plus intimes secrets, comme le niveau des commissions des associés ou le montant des taxes économisées.

L’appel de M. Hands a été entendu, comme l’atteste la préparation pour l’automne par la British Venture Capital Association, l’organisme professionnel, d’un code de conduite volontaire.

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