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Eric Favereau – Libération le 1 août 2007

En 2008, se soigner coûtera encore un peu plus cher

mercredi 1er août 2007 par Eric FAVEREAU
La franchise médicale devrait financer la lutte contre le cancer et Alzheimer.

Apparemment, c’est anodin. Et bien modeste. A partir de 2008, à chaque fois que vous achèterez une boîte de médicaments, vous aurez une franchise d’un demi-euro à payer. Pour tout acte paramédical, une franchise de 0,5 euro encore, et celle-ci monte à 2 euros pour chaque recours à un transport sanitaire.

C’est à l’occasion d’un déplacement, hier à Dax, consacré au thème de la prise en charge des maladies liées au vieillissement (lire ci-contre), que Nicolas Sarkozy est entré dans le détail de ce qui risque de devenir la polémique de l’été. En présentant cette instauration inédite de franchises médicales, le Président a certes mis en avant des garanties. « Les personnes les plus modestes seront dispensées, ainsi que les enfants et les femmes enceintes », a-t-il précisé. Souhaitant également que « cette franchise puisse être prise en charge par les assurances complémentaires santé ». Un plafond global de 50 euros sera institué, par an et par patient. Et pour ceux qui mettraient en doute l’intérêt de cette mesure, Nicolas Sarkozy a expliqué que celle-ci devra « permettre de financer la lutte contre le cancer et contre la maladie d’Alzheimer, ainsi que les soins palliatifs ».

Charge. De fait, Nicolas Sarkozy reste sur sa ligne. Lorsqu’il avait annoncé sa volonté d’instaurer les franchises, de nombreuses voix s’étaient élevées, s’inquiétant des conséquences, en particulier pour l’accès aux soins des personnes les moins favorisées. « On nous dit qu’il y aura des mesures d’accompagnement pour les plus pauvres, mais le problème ne concerne pas seulement les plus pauvres, mais ceux qui sont juste au-dessus des seuils, expliquait alors à Libération Bruno Palier, économiste au centre de recherches de Sciences-Po. Ce sont ces fameux 7 % des Français qui ne sont pas à la CMU, mais qui ne sont pas assez aisés pour avoir des mutuelles. Ces gens-là, avec les franchises, vont retarder leur entrée dans le système de soins. Ils vont devoir attendre avant d’aller se faire soigner. Et ce sera catastrophique car ils se feront soigner quand ils seront encore plus malades. »

Martin Hirsch, tout juste nommé haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, s’était montré, lui aussi, critique : « Est-ce que j’approuverai cette mesure ? La réponse est non. » Et il avait suggéré une sorte de « bouclier sanitaire », en limitant, comme cela se fait en Allemagne, la charge incombant au patient à un maximum de 3 % de leurs revenus. Nicolas Sarkozy l’a en partie écouté, e n mettant des garde-fous. Et au passage, il a évité de reprendre son argument de campagne où il s’agissait de « responsabiliser les patients ».

Il n’empêche : les réactions ne se sont pas fait attendre. Hier, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a estimé que « c’était une mesure particulièrement inégalitaire ». Plus politique, Gérard Bapt, député PS de Haute-Garonne, s’est insurgé contre les franchises médicales qui « contrastent avec les milliards d’euros de cadeaux fiscaux qui viennent d’être faits aux plus grosses fortunes dans le paquet fiscal ». Le rapporteur spécial du budget de la Santé, ajoutant : « Présentées comme destinées à financer le développement des soins palliatifs et la prise en charge de la maladie d’Alzheimer, elles étaient en fait prévisibles au regard du déficit aggravé de la Sécu. Mais ces mesures pourront rapporter à peine plus d’un milliard d’euros en année pleine. Elles ne constituent en rien l’amorce des réformes structurelles qu’appelle l’échec de la réforme de la Sécurité sociale votée en 2004. »

« Intéressés ». Enfin, le Collectif interassociatif des usagers de la santé pointe le fait que seuls les patients vont devoir mettre la main à la poche : « Pendant l’été, comme une mauvaise habitude, les projets gouvernementaux se finalisent sans les principaux intéressés. Au départ, la création des fran­chises devait concourir au rétablissement des comptes de la Sécu. Avant qu’elles ne soient justifiées par le plan Alzheimer. Mais, quoi qu’on en dise, il s’est agi de mettre à contribution les malades, et eux seuls. »


Un chantier éclair

Comme nous l’annoncions hier, le plan Alzheimer, présenté comme l’un des chantiers présidentiels, devra être achevé à l’automne. Nicolas Sarkozy a annoncé la nomination du Pr Joël Ménard à la présidence de la commission chargée de le mettre en place.

Ancien directeur général de la Santé, ce professeur de santé publique est une personnalité très reconnue dans le monde des politiques de santé : il a beaucoup travaillé sur les questions d’hypertension artérielle, et a présidé le Haut Comité de santé publique.

L’homme est indépendant, plutôt pragmatique. Il devra rassembler les meilleurs experts, orchestrer leurs travaux et présenter ses propositions le 21 septembre, date de la journée mondiale de lutte contre la maladie d’Alzheimer.

Priorité sera donnée « aux efforts de recherche médicale, à la détection plus précoce de la maladie et à l’amélioration de la prise en charge des patients », a précisé le ministère de la Santé.

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