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Un article de Odile BENYAHIA-KOUIDER paru dans libération lundi 03 octobre 2005

En Allemagne, une grève générale est impensable

lundi 3 octobre 2005 par Odile BENYAHIA-KOUIDER
La législation interdit aux syndicats de mener des actions politiques, mais le mode de concertation commence à être remis en cause.

« Ah ces Français, toujours dans la rue pour un oui ou pour un non ! » Il y a quelques années, une grève générale en France n’aurait certainement été accueillie que par des quolibets de la part des Allemands. Mais ces deux dernières années, sous l’effet des réformes de Gerhard Schröder et de la mondialisation, syndicats et experts syndicaux d’outre-Rhin sont beaucoup plus compréhensifs. Ainsi, Peter Jansen, chercheur spécialisé dans les questions syndicales en Europe, regrette que « cette forme d’expression n’existe pas en Allemagne ». Car la grève « à la française » est « autant une forme de ras-le-bol qu’une soupape de sécurité qui évite que les gens s’intéressent trop vite à la droite extrême ».

Interdiction. En Allemagne, ce type de grève est en effet impensable. La législation allemande interdit aux syndicats de mener des actions politiques, c’est-à-dire de revendiquer contre le gouvernement. Le DGB, la confédération syndicale à laquelle sont affiliés tous les grands syndicats de branche, comme IG Metall pour la métallurgie, ou Ver.di pour les services, peuvent faire part de leur mécontentement à l’encontre de nouvelles lois, mais c’est tout. Ainsi, lorsque le gouvernement Schröder a mis en oeuvre le quatrième volet de sa réforme du marché du travail (Hartz IV), visant à réduire de manière drastique les allocations chômage, les syndicats n’ont pas directement appelé à faire grève. Ce sont des associations ad hoc qui ont organisé les fameuses Montagsdemo, les « manifestations du lundi », qui ont eu lieu tout l’été, principalement dans les grandes villes de l’Est. Résultats : le DGB, jusqu’alors très proche du SPD, s’est retrouvé en porte-à-faux.

Pour la première fois dans son histoire, la confédération n’a pas appelé ses adhérents à voter pour le SPD aux dernières législatives. Une partie des syndicalistes ont opté pour le Linkspartei, regroupement des néocommunistes à l’Est et de déçus du SPD à l’Ouest. A défaut de descendre dans la rue, les syndicats ont exercé une pression sur le Parti social-démocrate de l’intérieur, en passant par l’aile gauche du parti. Peter Jansen n’ose pas imaginer ce qui se passerait en cas de grève générale en Allemagne : « Nous n’avons pas l’habitude de faire des tables rondes pour négocier, sauf dans les entreprises. Cela aboutirait certainement chez nous à un blocage total. »

Pluralisme. Il est pourtant persuadé que les pratiques syndicales sont appelées à évoluer en Allemagne. L’année dernière, il y a eu pour la première fois une grève sauvage chez Opel. Elle a contraint la direction de General Motors à négocier. Jusqu’alors considéré comme très efficace, le système du syndicat unique commence à être remis en cause. « En France, dit Peter Jansen, des syndicalistes ne pourraient pas être impliqués dans des "affaires" sans que les syndicats concurrents montent au créneau. » Autrement dit, le pluralisme syndical est aussi une forme de démocratie.

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