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Julien Bouissou | Le Monde le 01.11.2007

En Inde, quelque 60 millions d’enfants produiraient 20 % de la richesse nationale

jeudi 1er novembre 2007 par Julien Bouissou

Les autorités indiennes, en partenariat avec les organisations non gouvernementales (ONG) locales, multiplient les opérations de "sauvetage" d’enfants dans les ateliers textiles de New Delhi, après que l’hebdomadaire britannique The Observer a révélé qu’une dizaine d’entre eux confectionnaient des chemises pour la ligne Gap Kid du géant américain du prêt-à-porter. Lundi 29 et mardi 30 octobre, une vingtaine de mineurs auraient ainsi été secourus.

The Observer du 28 octobre décrit le dur labeur imposé aux enfants. Des journées de travail de 15 heures, sans rémunération ou presque. Ceux arrivés il y a trois ans touchent 25 euros par mois. "Le contremaître m’a expliqué que, comme j’étais en apprentissage, je n’étais pas payé", témoigne l’un d’eux. Un autre fait le récit des violences dont ils sont victimes. "Si l’un d’entre nous pleurait, ils lui tapaient dessus avec un tuyau de caoutchouc. Certains étaient punis avec des chiffons graisseux enfoncés dans la bouche."

Quelques heures après la publication de l’article, le patron de l’atelier, en liberté, condamnait avec véhémence le raid policier qu’il venait de subir : "Leurs parents me les ont envoyés pour qu’ils apprennent un travail. Ils n’ont pas de manger, alors ils doivent travailler. Que peuvent-ils bien faire d’autre ?" Gap a immédiatement annoncé le retrait des chemisiers incriminés du circuit de distribution.

D’après les ONG, 60 millions d’enfants travailleraient illégalement en Inde. Selon les Nations unies, leur travail représenterait 20 % du produit intérieur brut local. Les enfants sont recrutés par des intermédiaires qui sillonnent les villages pauvres des Etats de l’est du pays, pour convaincre les familles d’envoyer les leurs apprendre un métier "à la ville". "Ils reçoivent entre 20 et 30 euros et la promesse que leur progéniture fera fortune. Une fois qu’ils sont partis, les parents n’ont plus de nouvelles", confie Ramesh Gupta, le président de l’une de ces ONG, La Marche mondiale contre le travail des enfants.

La loi contre le travail des enfants, votée en 1986, est peu respectée. Dans la filière textile notamment, les courts délais de livraison et les commandes en flux tendus, imposés par les groupes étrangers, obligent les fournisseurs à sous-traiter une partie de leur production à des ateliers qui échappent à tout contrôle. Rien de surprenant, dès lors, à ce que Gap, malgré ses 90 inspecteurs dans le monde, ait ignoré que des enfants travaillent dans un petit atelier de confection de New Delhi.

Lorsque les ONG identifient des enfants dans des ateliers clandestins, les tentatives de secours échouent du fait de la complexité de la procédure administrative. "Le temps de prévenir le substitut du magistrat, la police et le service de protection des mineurs, et les enfants repérés ont disparu", regrette Bhuwan Ribhu, un avocat qui milite contre le travail des enfants, avant de conclure : "Les ateliers sont clandestins, pas invisibles. Le gouvernement doit simplifier les procédures de secours."

Le ministre du commerce extérieur, Kamal Nath, s’est lui contenté d’indiquer : "les ONG font des efforts croissants pour publier des rapports donnant une mauvaise image de l’Inde. Cela pourrait limiter les importations des pays occidentaux depuis les pays pauvres comme l’Inde." Lundi, la confédération indienne de l’industrie publiait un rapport selon lequel le chiffre d’affaires de la sous-traitance textile dans le pays allait augmenter de 12 % en 2007. En 2008, il atteindrait 25 milliards de dollars (17,3 milliards d’euros).

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